Etablissement de la  » Petite Poste  » dans Paris

Etablissement de la  » Petite Poste  » dans Paris

 

Au XIVe siècle, l’Université de Paris avait en charge un système de messageries qui assuraient le transport des voyageurs, des paquets et des correspondances. Ces dernières étaient souvent portées par des « petits messagers » que les vieilles chartes qualifient de nuntii volantes.

Les premiers titres relatifs à ces messageries primitives datent de 1296 et de 1315 : ce sont ceux par lesquels Philippe IV le Bel (1285-1314) et Louis X le Hutin (1314-1316) confirment le privilège de l’Université. Si défectueux, si lent, si dangereux même que pût être ce genre de communication, il suffisait jusqu’à un certain point aux besoins de l’époque.

Il reçut, par la seule force des choses, bien des améliorations successives, et était même devenu une source de produits importants pour l’Université lorsque Louis XI (1461-1483), voulant réunir et ramasser dans sa main toutes les forces dispersées — par la guerre de Cent Ans qui avait pris un terme avec la défaite anglaise de Castillon en 1453 — de la royauté, créa définitivement les postes, par l’édit de Luxies en date du 19 juin 1464. Un grand-maître, nommé par le roi, eut sous sa direction des maîtres coureurs royaux ayant à peu près les attributions des maîtres de poste. Le service était fait par deux cent trente courriers. Toute cette administration nouvelle était aux gages du roi, qui, pour subvenir à ces frais considérables, frappa la nation d’un impôt de 3 millions de livres.

Dans le principe, les courriers ne portaient que les lettres du roi ; mais, autant par tolérance que par nécessité, de spécialement royal qu’il était, ce service ne tarda pas à devenir administratif, sous l’expresse réserve que les lettres avaient été lues et ne contenaient rien qui pût porter préjudice à l’autorité royale. Nominalement réservées au roi, les postes pendant longtemps (jusqu’en 1630) ne servirent qu’à ses officiers, à ses ambassadeurs en pays étrangers, à ses délégués dans les provinces, ou à des particuliers, voyageurs de distinction, qui obtenaient l’autorisation d’en faire usage. Le reste de la nation employait les nuntii volantes de l’Université, qui transportaient non seulement les correspondances, mais aussi les voyageurs et les défrayaient en route, à prix convenu.

Plus tard, Henri III, pressé par des besoins d’argent, refusa de reconnaître à l’Université le droit de messageries, à moins qu’elle ne prît et payât licence. La vieille institution regimba ; jalouse de ses privilèges, elle défendit celui-ci à outrance, et n’en fut pas moins condamnée à de fortes amendes, que Henri IV, qui voulait se mettre bien avec tout le monde, lui fit restituer en 1597. Sully, qui fut un homme universel, s’occupa spécialement des postes, dont il semble avoir deviné la future importance. Le nombre des relais est considérablement augmenté sous son ministère, les chevaux de poste sont soustraits aux réquisitions, déclarés objets du domaine royal, et, comme tels, marqués d’un H couronné et de la fleur de lis.

Un édit du 3 août 1602 introduit de nouvelles améliorations ; des relais sont placés jusque sur les chemins de traverse, chaque ville est autorisée à posséder un dépôt de chevaux de louage, et toute l’administration des postes est confiée à la direction d’un contrôleur-général, qui, pour prix de son monopole, verse au trésor une somme de 97 800 livres. C’est de là que date l’origine de la ferme des postes.

Richelieu, comme tous les centralisateurs, s’intéresse vivement aux postes, qui étaient pour lui un moyen d’influence et d’investigation. Dès 1627 (26 octobre), il établit le premier tarif régulier qui frappe les lettres, dont la taxation avait été jusqu’alors trop laissée à l’arbitraire des commis ; en 1629, il enjoint aux gouverneurs des provinces de n’envoyer d’exprès que dans les cas absolument urgents et d’user habituellement de la poste ; en 1630 enfin, il divise la France en vingt zones postales obéissant chacune à un administrateur particulier qui correspondait avec le surintendant général siégeant à Paris, et ordonne que dorénavant les particuliers soient tenus d’expédier leurs lettres par la poste royale ; en même temps il crée six offices spéciaux pour les correspondances avec l’étranger. De ce jour, les postes deviennent réellement un service public.

L’Université réclama encore, plaida, et ne fut déboutée de ses prétentions qu’en 1677, par un arrêt du conseil du roi qui mit fin à cet interminable procès pendant devant le parlement. En 1672, l’office des postes est remplacé par la ferme générale des postes, accordée à Lazare Patin pour la somme de 1 200 000 livres. Les départs des courriers de Paris pour la province n’avaient lieu que deux fois par semaine, et en 1720 il fallait trois jours pour aller de Paris à Rouen. On allait en coche, par eau, on allait en carrosse, on allait à cheval, on allait à pied, on allait comme on pouvait pour franchir trente lieues, et chaque soir on s’arrêtait pour faire la  » nuictée  » dans l’auberge choisie par le conducteur.

Cependant, malgré tant d’améliorations successives, Paris n’avait point de poste particulière : elle communiquait avec la province, avec l’étranger, mais elle ne communiquait pas avec elle-même. Les lettres y étaient portées par les « petits laquais », par les commissionnaires ; nulle administration spéciale ne se chargeait de les recevoir et de les distribuer.

Avis public du 24 mai 1760 annonçant que le service de la Petite Poste commencera le 9 juin 1760

Jusqu’en 1760 la poste n’avait fait le transport des lettres que de ville à ville : impossible d´écrire à l´intérieur de la capitale, impossible de faire porter un pli, du moins officiellement, d´un quartier à un autre. Un particulier, M. Claude Humbert Piarron de Chamousset (1717-1773), maître de la Chambre des comptes, obtint, par lettres patentes du 5 mars 1758, l’autorisation de se charger de la distribution dans Paris des lettres de la ville pour la ville. Un premier essai de ce genre, tenté en 1653 par M. Renouard de Villayer ( Ordonnance de Louis XIV du 17 juin 1653 ), n’avait pas réussi, a l’inverse de la petite poste de Londres (la « Penny Poste ») qui fondée en 1683 par Dockwray, avait eu un plein succès. Si l’on en croit Loret (Gazette rimée, 16 août 1653), un essai fut tenté qui ne réussit pas ; les « boëstes » placées aux carrefours principaux et dans les rues les plus fréquentées n’eurent pas grand succès : on s’amusait à les remplir d’immondices, à y faire entrer des souris qui rongeaient les lettres. Furetière en parle avec sévérité et menaces dans le Roman bourgeois. Ce service de distribution du courrier de ville a la ville était certainement trop « révolutionnaire » pour l’époque !.

En 1760, Piarron de Chamousset, dans son « Plan d’administration de la Poste de Paris » officialise l’organisation de la Petite Poste de Paris, un établissement régulier pour l’échange de sa correspondance urbaine qui commença à fonctionner le 9 juin 1760, — date effective de la mise en service, bien qu’un prospectus du temps l’annonçait pour le 1er juin —. La première année d’exploitation rapporta 50000 livres à l’inventeur.

Il crée ainsi 9 bureaux à qui il attribue les lettres A, B, C, D, E, F, G, H et J. Un service spécialisé pour la banlieue se voit doté de la lettre K, et le bureau B a une extension avec la lettre L. Ces 11 bureaux se voient dotés de facteurs qui font la distribution 3 fois par jours à l’intérieur de Paris, et relevaient le courrier jusqu’à 9 fois par jour. Les usagers pouvaient remettre leurs missives de 3 façons : aux facteurs chargés de la levée des boites à qui l’on a confié le montant du port des lettres remises, aux bureaux de postes ou a l’un des nombreux guichets répartis entre chaque quartiers et tenus par des boutiquiers et appelés « boitiers ». Pour la première fois, c’est l’expéditeur qui paye la taxe, de 2 sols pour Paris intra-muros, 3 sols pour Paris-banlieue et 6 sols pour la remise à la grande Poste. A l’inverse de la Grande Poste, ou les lettres étaient reçus en Port Du (Le Port Payé était alors une exception) la Petite Poste n’acceptait que les lettres en Port Payé .

Piarron de Chamousset ne jouit pas longtemps de son privilège : il en fut dépossédé au bout de peu d’années (1763), moyennant une rente viagère de 25000 livres.

Ce fut la poste à un sou d’abord, puis la poste à deux sous, plus communément la petite poste, qui fut annexée par les services de la poste royale en 1780, mais qui resta indépendante jusqu’en 1791, époque où elle se fondit dans la direction générale des postes.

Un bureau de la Petite Poste de Paris, un matin, au moment du classement du courrier.

Vingt ans après la concession, la petite poste de Paris occupait 117 facteurs,9 bureaux et 395 boîtes de quartier.

En 1780, la petite poste de Paris et les établissements semblables qui avaient été formés dans les grandes villes de province ( Bordeaux, Lyon, Nantes, Rouen, Nancy, Strasbourg, Marseille et Lille ) furent réunis à la grande poste. On révoqua, en même temps, tous les privilèges qui avaient été concédés à des particuliers pour l’exploitation de ces établissements.

En 1786, la petite Poste de Paris employait 124 facteurs urbains, 11 de banlieue, 16 porte-sacs, 35 surnuméraires, alors qu’a sa création, il n’avait été prévu que 144 employés.

Source : la « Revue des deux mondes », paru en 1867