Le cheval du Vercors de Barraquand

Le cheval du Vercors de Barraquand

 

Le développement et la notoriété du cheval du Vercors de Barraquand prennent un réel essor à la fin du XIXe siècle sous l’influence d’une famille originaire du Vercors, la famille Barraquand.

Les premiers écrits concernant ce cheval nous viennent de l’abbaye de Léoncel, de Dom Perrier, qui en 1760 réalisa des écrits sur l’abbaye et sa région et notamment sur le Cheval du Vercors. Il écrit :  » Depuis des temps immémoriaux, on avait connu dans les montagnes du Vercors une race de chevaux trapus, rustiques et parfaitement adaptés à la nature du terrain montagneux et accidenté et au rude climat « , ainsi que :  » Expériences faites, les chevaux nés dans le pays, sont vifs, robustes, adroits, déliés, jambes sèches et nettes, pieds sûrs, la selle dure, comme leur constitution qui tient de l’air toujours froid ou frais et d’un pâturage au foin sec et moelleux  » et  » Aux pieds sûrs et aux crins longs, ils sont d’une résistance déconcertante « .

Au XVIIIe siècle, les juments sont plus présentes que les ânes, mules et mulets : tous les échanges hors de la montagne ne se faisant que par les chemins difficiles utilisant les « pas », la rusticité et le pied sûr étaient certainement les critères de premier choix. À Creyers, dans la Drôme, le nombre de chevaux est multiplié par 6 de 1836 à 1921. L’évolution est classique, les chevaux, signe d’aisance remplacent les ânes et les mulets avec le développement des pratiques culturales. Les cultures fourragères permettent petit à petit d’augmenter les effectifs d’animaux durant la saison hivernale. S’ils naissaient en petit nombre, les chevaux montagnards étaient dès lors très réputés

Au cours du XIXe siècle, la naissance du cheval a pris une extension assez forte dans la région montagneuse. En les décrivant, ces animaux faisaient dire aux éleveurs : « ce sont de vrais montagnards ». Ils sont à profil variable, généralement rectiligne. La tête est plutôt petite, l’œil vif, la croupe inclinée et musclée. Les membres sont nets, aux tendons détachés. La taille oscille entre 1 m 45 et 1 m 55. Leur poids est ordinaire entre 450 à 550 kg. La robe est généralement foncée, bai. Les marques blanches de la face sont absentes ou peu étendues, les balzanes rares. D’un tempérament rustique, ils sont sobres n’exigeant pas de nourritures choisies. Élevés « à la dure », ils sont résistants et solides. Ils sont enfin réputés comme bons travailleurs, adroits dans les chemins difficiles et généralement de caractère facile.

A la fin du XIXe siècle, de nombreux éleveurs cédèrent à la tentation d’avoir, comme dans les vallées, de gros chevaux et des vaches à grosse production laitière, au détriment d’un surcoût alimentaire et vétérinaire, Dans le Sud du Vercors, sur Ambel, une série d’hivers rigoureux poussa de nombreuses familles à quitter le pays. De plus, le plateau de Font d’Urle a toujours été réputé pour ses conditions climatiques difficiles : le vent s’engouffre par la porte d’Hurle et il arrive que la neige tombe même en été ! Les animaux à plus forte production ne pouvaient donc plus se contenter du maigre fourrage grossier. Cette déprise agricole appauvrit un peu plus la montagne.

Le développement et la notoriété de ce cheval prennent un réel essor à la fin du XIXe siècle sous l’influence d’une famille originaire du Vercors, la famille Barraquand. Vers 1900, Monsieur Barraquand, fermier sur Ambel, lui, ne voulut pas quitter le pays : il resta convaincu de la nécessité de posséder des animaux adaptés. Trop vieux, ce fût son fils, Jules alors âgé de 14 ans, qui décida de ne pas renoncer et de remonter l’élevage. Quelques pièces d’or permirent au jeune métayer de trouver quelques rares spécimens de chevaux du Vercors dans les montagnes voisines : de petits chevaux, à longue crinière et longue queue, d’une force et d’une résistance déconcertantes. Il trouva six juments qui furent à l’origine de son troupeau en 1894. Il améliora la race en pratiquant une sélection sévère. La concentration de l’élevage permis une rationalisation de la sélection conduisant à une stabilisation et à une homogénéisation des caractéristiques des chevaux en un type bien défini justifiant l’usage de l’appellation « Barraquand ». Vers 1908, il s’assura des pâturages d’hivers et commença la transhumance vers la Crau. L’histoire de ce cheval du Vercors devenant « Barraquand » se caractérise dès lors et pendant près d’un demi siècle par la transhumance des troupeaux allant de 160 à 200 juments poulinières entre la plaine de La Crau, terre de pâturages d’hiver, et les alpages d’estives du Vercors. Le passage de centaine de chevaux marqua des générations sur les chemins entre Arles et le Vercors sur un itinéraire de plus de 200 km. La transhumance fit dès lors partie intégrante du système d’élevage « Barraquand ». Il posséda jusqu’à huit étalons approuvés par les Haras pour satisfaire la monte locale.

Les guerres mondiales sonnèrent un frein à la pérennité de l’élevage. La Première Guerre Mondiale freina la croissance de l’élevage. Avec la paix la prospérité fût de retour et la famille acheta peu à peu toute la montagne, de Léoncel à Font d’Urle (prés de 800 Ha), afin d’assurer la nourriture hivernale. Durant la Seconde Guerre Mondiale, le Vercors et ses environs furent de véritable lieu de massacre. La ferme d’Ambel devint un des premiers foyers de résistance avec une activité importante avant d’être complètement détruite par les Allemands. Les bêtes furent tuées, dispersées ou réquisitionnées. Après sa démobilisation, le fils Frédéric Barraquand reprit l’élevage et le reconstitua laborieusement dans son domaine d’Arles. Ces chevaux étaient alors recherchés pour la petite culture en Vercors et le maraîchage dans le midi, ainsi que pour ses qualités : résistance au travail, régularité au trot, gentillesse, douceur et docilité et ce en dépit de leur jeunesse passée en liberté. L’élevage compte alors 150 chevaux.

Après la Seconde Guerre Mondiale, survinrent ensuite des problèmes de débouchés. Avec la mécanisation, le marché de ce petit cheval polyvalent tend à disparaître. La dernière transhumance eu lieu en 1954. A partir de 1955, l’élevage équin devient déficitaire et les propriétés disparaissent. Frédéric Barraquand dissout l’élevage en 1963. Le rôle que joua la famille Barraquand dans la structuration de l’élevage du Cheval du Vercors restera dans les mémoires. Mais c’est avant tout le territoire et le mode de conduite extensif en troupeau qui ont forgé ce cheval d’avenir.

Quelques éleveurs passionnés dans la Crau puis dans le Vercors, dans les années 90, relancent l’élevage de ces chevaux alors au bord de l’extinction. En 1994, la présence d’un petit élevage est retrouvée chez Monsieur Jean-Louis Barraquand, petit-fils de Jules et neveu de Frédéric. Celui-ci entreprend alors la reconstruction du troupeau de l’élevage familial à partir de trois juments et d’un étalon. Quelques poulinières sont également présentes sur le territoire du Parc du Vercors à la même époque. Puis en 1995, sur le Vercors, une association, soutenue par son Parc Naturel Régional et les Haras Nationaux d’Annecy, créée à son tour une petite dynamique d’élevage. En 1997, l’effectif total est de 51 chevaux dont 3 étalons, 27 poulinières et 21 poulains.

Le 18 juillet 2017, le cheval du Vercors, dit de Barraquand, est devenu la 27e race de chevaux d’origine française officiellement reconnue par le ministère de l’agriculture. Cette race locale de petits chevaux montagnards devrait ainsi trouver un sérieux coup de pouce pour favoriser sa préservation.

La majorité des éleveurs du Cheval du Vercors de Barraquand se situe dans le berceau de la race : dans le Vercors, à cheval sur les départements de la Drôme et de l’Isère, et dans la plaine de la Crau vers Arles. Nombreux sont les éleveurs qui pratiquent un système d’élevage extensif et transhumant, alternant quartiers d’hiver et estives, configurant toujours ainsi un cheval rustique et en mouvement. Proche de la disparition dans les années 1990, le Cheval du Vercors de Barraquand est reparti depuis à la conquête de la Crau et du Vercors, et commence à essaimer dans d’autres régions françaises. Aujourd’hui, une dizaine d’éleveurs œuvrent à la sauvegarde, au développement et à la valorisation de la race.

Aujourd’hui cette race territoriale s’inscrit dans une politique de développement local menée par l’Association pour la Promotion des Agriculteurs du Parc, le Parc Naturel Régional du Vercors et l’Association Cheval du Vercors de Barraquand. Cette dernière a pour objectifs de faire reconnaître la race et fédérer les éleveurs et utilisateurs de ce cheval dans une démarche commune pour une production de qualité et œuvre ainsi à la conservation du patrimoine agricole. Rythmant jadis la vie et les travaux agricoles en montagne, le Cheval du Vercors de Barraquand est avant tout un cheval polyvalent. Cheval économique (polyvalent, frugalité, sain, solide), écologique (mode d’élevage extensif et complémentarité pastorale avec les bovins, valorisation et gestion d’espaces naturels sensibles), authentique et garant de notre patrimoine et d’une réelle biodiversité, le cheval du Vercors de Barraquand a tous les atouts d’un cheval moderne pour un développement durable.

Ce petit cheval, de par son histoire, s’est parfaitement accommodé au milieu de moyenne montagne. Il est adapté aux terrains difficiles tels que la pente, les pelouses d’altitude, les zones à faible rentabilité agricole et au climat rude des Préalpes. Ce mode d’élevage extensif a forgé un cheval à l’identité bien affirmé.

Sources :

    • http://www.cheval-vercors-barraquand.fr

    • https://equipedia.ifce.fr