Le bagne de Toulon

Le bagne de Toulon

 

Il y a plus de 260 ans… s’ouvrait à Toulon une nouvelle page du système pénitentiaire français : le bagne. Héritier des galères en 1748 dont il prolonge les peines, le bagne portuaire de Toulon ne disparaîtra qu’en 1873, longtemps après ses équivalents de Brest (1858) et de Rochefort (1852).

Ces 125 années de présence au cœur de la cité ont laissé une empreinte forte au sein de l’arsenal, marquant à jamais les esprits et la mémoire collective toulonnaise.

Le bagne de Toulon fut le premier bagne français créé en 1748, il pouvait accueillir plus de 4000 forçats. Ce fut le plus grand, et aussi le plus longtemps ouvert, de 1748 à 1873. Brest suivit en 1750. En 1768 on inaugura celui de Rochefort, puis celui du Havre, de Cherbourg, de Lorient et de Nice qui fermèrent leurs portes à la Révolution.

A partir du Moyen Âge, le rôle de la galère, dont l’utilisation remonte à l’antiquité, est double : militaire, pendant les périodes de guerre, et commercial pour le transport de produits onéreux ou de riches voyageurs. Avec le temps, les difficultés à garnir les bancs de nage, jusqu’alors occupés par les bonevoglies (rameurs engagés volontairement sur une galère et non enchaînés), obligent les capitaines à trouver d’autres moyens de recrutement. Ils ont, successivement, recours aux esclaves, aux travailleurs saisonniers puis, avec l’autorisation de Charles VII, aux personnes oiseuses ou vagabondes enrôlées de force. Ces  » volontaires  » seront, par la suite, directement recrutés dans les prisons avant d’être rejoints par les condamnés à mort ou à divers châtiments.

La peine des galères, prononcée seulement en temps de guerre, apparaît, en tant que condamnation, vers le début du XVIe siècle. D’abord non répressive, elle le deviendra quelques années plus tard. C’est donc en ramant sur les galères du roi que, jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, les condamnés aux travaux forcés accomplissaient leur peine.

Elle est une sorte de peine capitale tant la mortalité y est importante mais aussi une peine corporelle en raison de son lot de supplices tels le port des chaînes et des entraves, le fouet en place publique, le marquage au fer rouge et, parfois même, la mutilation du nez et l’ablation des oreilles. Elle peut être soit à temps, pour des durées de 3 à 10 ans, soit à perpétuité. De fait, malgré les rappels de l’ordonnance royale de 1580 faisant défense à tous les capitaines de galères… de retenir ceux qui y seront conduits outre le temps porté par les arrêts ou sentences de condamnation, le roi soutient la Marine, accordant peu de libération aux galériens en fin de peine.

Destinée à pourvoir les besoins en rameurs de la marine royale, la peine des galères satisfait également l’Etat en le débarrassant d’individus jugés dangereux. Toutefois, tous ne sont pas envoyés en mer. Les femmes, les vieillards, les malades, les fous sont placés dans les quartiers de force dépendants des hôpitaux et dans les maisons du roi. Le nombre croissant de prisonniers causait alors un sureffectif important qu’il était difficile d’endiguer sans construire de nouvelles prisons. C’est ainsi que la galère devient, pour des raisons économiques, un lieu de détention où la société déverse les individus dont elle cherche à se débarrasser.

Les galères de France, ayant à leur tête un Général des galères indépendant de l’Amiral de France et servies par un corps spécial, eurent dès l’origine leur base à Marseille ; c’est à Marseille que se trouvèrent jusqu’au milieu du XVIIIe siècle toutes les installations du bagne.

Henri IV, à qui le port de Toulon a été très fidèle lors des troubles de la Ligue, crée véritablement le port militaire, englobant dans une muraille bastionnée (dès 1594) la ville et ses huit faubourgs. Deux grands forts bastionnés complètent le tout, et Henri IV jette les assises de deux grands môles de 700 pas chacun. L’arsenal est aménagé, de même que des chantiers de construction navale et la vieille darse d’une superficie de 15 ha construite entre 1589 et 1640. Le roi Henri IV transféra à Toulon l’escadre de galères, basée jusque-là à Fréjus. Dès son arrivée au pouvoir, Richelieu relance la construction des galères. Au début de 1624, les galères sont transférées de Marseille à Toulon pour pouvoir mieux combattre les barbaresques qui menacent les îles d’Hyères. Après un bref retour à Marseille, les galères repartent à Toulon car une épidémie de peste ravage Marseille en 1649.

Sous Louis XIV, Colbert, ministre de la marine, décida, que le commerce sera donné à Marseille et que Toulon deviendra un port de guerre. L’ingénieur Sébastien Le Prestre de Vauban construite entre 1679 et 1685 la Darse Neuve de 20 hectares. Ainsi, Toulon devient le port d’attache des galères royales. Colbert entreprend de reconstruire la flotte royale à l’image de son roi en la dotant d’un corps de galères important et prestigieux et, pour résoudre le problème du manque de rameurs, en assure le recrutement en faisant pression sur les magistrats :  » Sa majesté désirant rétablir le corps de ses galères et en fortifier la chiourme par tous les moyens, son intention est que vous teniez la main à ce que votre compagnie y condamne le plus grand nombre de coupables qu’il se pourra, et que l’on convertisse même la peine de mort en celle des galères « . On condamna à trois, six, neuf, vingt ans ou à perpétuité. Mais, même des hommes condamnés à temps n’étaient pas libérés après avoir purgé leur peine. Cette méthode radicale permit, ainsi, de désengorger les prisons et de répondre aux besoins maritimes. La longue période de paix suivant le règne de Louis XIV et les difficultés financières de l’Etat, ne lui permettant pas d’entretenir convenablement les équipages et la chiourme, entraînent une réduction de la flotte, maintenue pour recevoir les condamnés que les tribunaux continuent de lui envoyer.

Le 27 septembre 1748, Louis XV publie une ordonnance qui, sans supprimer les galères, organise autrement la gestion des condamnés. Les galériens sont destinés, à l’exception de ceux sélectionnés pour la rame, aux travaux de fatigues des arsenaux.

Louis XV décréta la suppression du Corps des Galères et le rattachement de celles-ci à la Marine Royale. C’est le 27 septembre 1748 que Louis XV ordonna que la peine des galères serait substituée par celle des fers. C’était la fin des galères. Comme Toulon était le port d’attache, on y construit la même année le premier bagne . Le nom vient de l’italien bagno, le nom d’une ancienne prison d’esclaves. On logea les forçats sur les anciennes galères démâtées, les bagnes flottants,puis il fallut procéder à des installations à terre.Toulon devint ainsi la base des galères qui quittèrent définitivement Marseille, dont le bagne fut supprimé.

Avec l’avènement de la marine à voile les rameurs n’étant plus nécessaires, les galères sont transformées en bagnes flottants. De plus, lorsque l’on commença à utiliser des canons, les galères ne pouvant être armées qu’en poupe et proue ne furent plus utilisées. A la fin du XVIIIe siècle, on ne construisit plus de galères mais on continuait à envoyer des forçats à Toulon.

Il fallu alors ouvrir des bagnes et des travaux forcés sédentaires. La nouveauté du bagne est d’être un établissement à terre dans lequel on enferme les galériens. Les bagnards furent d’abord logés à bord d’anciens vaisseaux désarmés qui portèrent le nom de bagnes flottants. Ensuite seules les peines de moins de cinq ans dormaient à bord de ces navires. Ils dormaient à même le sol. Mais en raison des travaux forcés, du manque de nourriture et d’hygiène, des maladies et des épidémies, les bagnards avaient une mortalité très élevée. Mais aussi compte tenu de l’augmentation des détenus, il fut alors décidé d’en loger une partie à terre dans des cachots ou des salles dites de force et de créer un hôpital du bagne en 1797.

L’arrivée au bagne

Depuis la France entière, ils rejoignaient Toulon par convois à pied – le voyage durait environ trente jours – et parfois par voie fluviale sur le Rhône. Les forçats arrivaient enchaînés par le cou – la  » chenaïdo  » en provençal -. en groupes de 24, les cordons, sur des haquets. Le 9 décembre 1836, Louis-Philippe ordonna que les forçats seraient transportés vers les bagnes dans des fourgons cellulaires, et de ne plus être exposés aux regards de la foule. La même ordonnance porta la suppression des fers et des boulets. Dès 1837 on utilisa des voitures cellulaires, des charrettes composées d’une douzaine de niches dans lesquelles ils demeuraient assis et entravés, que l’on a appelé la chaîne volante. Les cellules étaient si étroites qu’il fallait porter les condamnés dont les membres étaient ankylosés pour les en sortir.

Dès leur arrivée dans l’arsenal, par la porte de Castigneau, on leur retirait leur collier de fer, leurs cheveux étaient coupés de façon asymétrique pour les condamnés à temps et rasés avec des raies pour les condamnés à perpétuité.

Ils étaient habillés d’un pantalon beige-jaune, d’une chemise blanche, d’une casaque (veste) rouge garance, d’une paire de sabots ou de chaussures ferrées à lacets et sans bas, et coiffés d’un bonnet phrygien de couleur verte pour les perpétuités, rouge pour les condamnés à temps, violet pour les meilleurs éléments et brun, pour la casaque également, pour les condamnés militaires. Ce bonnet fut abandonné pendant la Rrévolution en raison de sa similitude avec le bonnet phrygien. Il sera repris plus tard. Les récidivistes portaient une manche jaune. Une plaquette de fer-blanc, porté sur la casaque, le gilet et le bonnet, portait le matricule du condamné. Ceux qui travaillaient dehors recevaient aussi une une vareuse de laine grise. Sous l’Ancien Régime les condamnés étaient marqués, sur la chair, au fer rouge des lettres GAL pour galériens.

Ensuite, on enchaînait,  » accouplait  » , les forçats deux à deux, toujours un ancien à un nouveau venu. Pour ça, on rivait une manille autour de la jambe droite du forçat. À la manille de 1,5 kg, on rivait une chaîne de neuf maillons d’environ 16 centimètres et lourde de sept à onze kilos, qu’on fixait à la ceinture du forçat. On réunissait les deux chaînes par trois anneaux de fer, appelés  » organeaux « . Deux forçats ainsi accouplés étaient appelés  » chevaliers de la guirlande « . Les détenus les plus durs étaient même enchaînés par quatre. Un forçat, qui montrait bonne conduite, pouvait, après quatre ans, être mis à la  » chaîne brisée « , aussi appelé la  » demie chaîne « . On rompait les organeaux, le forçat ne gardait que la moitié de la chaîne, c’est-à-dire neuf maillons. Quand même, on l’enchaînait pendant la nuit. Chaque matin et chaque soir, les bagnards devaient tendre leur jambe au  » rondier « , qui frappa les fers avec un marteau. Par le son qu’ils faisaient, il savait, si une lime avait mordu le fer. Comme punitions supplémentaires il y avait le port d’un boulet au pied et la bastonnade à coups de corde.

Malgré une discipline rigoureuse le régime n’était qu’un demi enfer vis-à-vis de celui qui régnait sur les galères. Les bagnards, au contraire des galériens, ne travaillaient jamais nus et dormaient à l’abri des intempéries.

Les repas se composaient de pain noir, de légumes secs (soupe de fèves) – d’où le nom de « gourgane » (en provençal : fèves) qu’ils donnaient à leurs gardes-chiourme -, de biscuits de mer souvent avariés, de peu de viande  et de vin (pour les travailleurs uniquement). Leur ordinaire pouvait améliorer pour certains quand ils percevaient de l’argent de leur travail ou de la vente des petits objets qu’ils vendaient au bazar du bagne. Leur ration, en amélioration constante depuis le règne de Louis XVI, comportait 900g de pain, 120g de légumes secs, 5g d’huile d’olive, soit un régime pour travailleurs de force.

La vie du bagnard

De galériens, les rameurs devinrent bientôt des travailleurs de force du port – les forçats – on les employait , pour la plupart, à des travaux les plus pénibles : Sur le port, dans l’arsenal, dans la corderie ou dans les carrières de pierres.

Lorsqu’ils arrivaient au bagne, tous étaient affectés aux travaux de « grande fatigue » souvent dangereux : construction de bâtiments dans l’arsenal mais aussi à l’extérieur, lestage de navires, à l’armement et au désarmement des navires, à l’embarquement et au triage des boulets, au changement des mâtures, pompage et curage des bassins, à la mise à l’eau et au halage à terre des vaisseaux ou dans les carrières. Dans l’arsenal, ils participaient notamment à la fabrication des cordages dans le bâtiment nommé la  » corderie « , aux fourgons, dans les ateliers de serrurerie. A l’extérieur, ils participèrent notamment à la construction de l’hôpital de Saint-Mandrier, et de la grande jetée de la rade. Une lettre sur la casaque indiquait le lieu de travail. Au bout de quatre ans, si le condamné avait fait preuve de bonne conduite, il pouvait être détaché de son compagnon d’infortune et affecté aux travaux de « petite fatigue » : infirmerie, écriture, cuisine, jardinage, rangement, nettoyages, petits travaux. Elle était rétribuée : 5 centimes par jour. Selon leur ancien métier, certains pouvaient travailler à l’extérieur du bagne. Il y eut ainsi en ville des domestiques-bagnards, aides aux commerçants et même des dentistes-bagnards. Des remises de peine étaient accordées à ceux qui, en prenant des risques, accomplissaient certaines tâches périlleuses. Les forçats furent employés à toutes sortes de travaux. Certains étaient maîtres d’hôtel, valets de chambre, commis en ville, place très enviée… En 1865 une épidémie de choléra fait rage à la Seyne sur mer. Pour inhumer les corps et désinfecter les maisons, on fait appel aux forçats du bagne. Les rares survivants seront graciés. Il était d’usage, en particulier, de confier l’enlèvement de la dernière cale retenant le navire sur sa rampe de lancement à un condamné. S’il n’était pas assez rapide pour se réfugier dans le trou d’évitement, il était broyé. S’il réussissait, il était gracié. Certains forçats avaient des emplois spéciaux. Ainsi le  » payol  » s’occupait moyennant finance de la correspondance des illettrés. Le  » fricotier  » était aide cuisinier. Le  » garde bidon  » allumait les lanternes…

La nuit, les condamnés logeaient dans des lieux différents. Les peines de moins de cinq ans dormaient sur des navires désarmés, les bagnes flottants, à même le sol, leur chaîne attachée à une barre. Les forçats couchaient sur des grands bancs de bois, au bout desquels se trouvaient des anneaux de fer, où un les enchaîna pendant la nuit. On n’accorda des couvertures ou des matelas aux forçats de bonne conduite. Les peines de plus de cinq ans dormaient à terre dans une salle de force sur un « tollard », un long banc en planches, et ceux qui avaient eu une bonne conduite bénéficiaient dans la  » salle des éprouvés « , d’un petit matelas d’herbage. La  » salle des indociles  » était destinée aux fortes têtes qui étaient liés à une double chaîne, de jour comme de nuit, avec interdiction de travailler pendant trois ans. Les salles n’étaient chauffés que pendant les plus froids mois de l’hiver.

Le matin au coup du canon de l’arsenal répondait la cloche du bagne : (Quart d’œil). Les forçats se levaient l’hiver à six heures, l’été à cinq heures, les travaux commençaient une heure plus tard. Après le passage du  » rondier « , le commissaire de la marine, maître absolu du bagne, répartissait les corvées. Pour les travaux en extérieur on affectait un garde chiourme pour cinq  » couples « . Ils travaillaient l’hiver jusqu’à huit heures, l’été jusqu’à neuf heures. Ils travaillaient jusqu’à douze heures ; à douze heures, ils retournaient dans leur salle pour y manger. Ils reprenaient le travail à une heure. Le soir les bagnards avaient droit à un moment de repos qu’ils mettaient à profit pour fabriquer de petits objets qui se vendaient au bazar du bagne, ce qui leur permettait d’améliorer l’ordinaire. Le dimanche on se reposait en écoutant la lecture du règlement.

Les lois du bagne étaient strictes. Victor Hugo les résume pendant sa deuxième visite au bagne de Toulon ainsi : Rébellion, meurtre sur un camarade ou tout autre, coups à un supérieur (depuis l’argousin jusqu’à l’amiral, depuis le mendiant jusqu’au pair de France) : la mort – Évasion ou la tentative, coups à un camarde, injures à un supérieur, vol au-dessus de cinq francs etc. : 3 ans de prolongation de peine ou trois ans de double chaîne – Jurer, chanter, refus d’obéir, refus de travail, ne pas se découvrir devant un supérieur (c’est-à-dire devant quiconque passe) etc. : Cachot ou la bastonnade. (Victor Hugo, Choses vues, Toulon, 1839). Mettre un forçat à la double chaîne, signifiait enchaîner le forçat dans une salle séparé, la salle de la double chaîne, au bout de sa banc avec une chaîne, qui pesa double de la chaîne normale. Le forçat ne sortait jamais, avant qu’il n’ait purgé sa punition. Le cachot était une cellule étroite, longue de deux mètres, contenant un banc de bois, un seau et une cruche, sans fenêtre, excepté un guichet dans la porte. La bastonnade était appliquée devant toute la chiourme. Elle s’appliquait sur les épaules nues du condamné couché à plat ventre, torse nu, sur le coursier ou « banc de justice ». Quatre forçats devaient le tenir par les bras et les jambes pour l’empêcher de se combattre. Un cinquième devait appliquer la bastonnade, quinze à soixante coups, avec une « garcette », un cordage goudronné terminé par un nœud. Après la bastonnade, le condamné passait de fois en fois quelque temps à l’hôpital, suite aux blessures. Une autre punition disciplinaire était le boulet au pied.

La peine de mort était appliquée pour le meurtre du compagnon de chaîne ou pour coups à surveillant. Le coupable était guillotiné sur le quai du grand Rang devant tout le bagne, genoux en terre et bonnet à la main. Le condamné s’avançait au bras de l’aumônier suivi de son cercueil porté par les pénitents. Pour les délits mineurs on donnait la bastonnade, peine somme toute très douce par apport à l’époque du bon roi Henry où l’on coupait les oreilles, le nez, la langue, …

Par la réforme de code pénal de 1791, Louis XVI remplace la peine des galères par celle des fers permettant l’emploi des condamnés à des travaux forcés au profit de l’Etat. Il poursuit les réformes des prisons par la création de catégories selon la nature du crime commis et la durée de la peine et prend des mesures humanitaires comme la libération de récidivistes non renvoyés à la fin de leur peine et l’attribution d’un salaire aux forçats pour les encourager au travail.

En 1810, le Code pénal impérial français entra en vigueur . Il comporta aussi deux articles concernant le bagne. L’article 22 ordonna :  » Quiconque aura été condamné à l’une des peines des travaux forcés à perpétuité, des travaux forcés à temps ou de la réclusion, avant de subir sa peine, demeurera une heure exposé au regards du peuple sur la place publique. Au-dessus de sa tête sera placé un écriteau portant, en caractère gros et lisibles, ses noms, sa profession, son domicile, sa peine et la cause de sa condamnation.  » Aussi ordonna-t-il, que tout condamné sera, après l’exposition, flétri sur l’épaule droite, selon la nature de sa condamnation : TF pour travaux forcés ou TFP pour travaux forcés à perpétuité.

En 1830 fut créé un véritable corps de garde-chiourme. Cette appellation venait de l’ancienne chiourme des galères dont la population des bagnes était issue.

Le 12 avril 1848 , le gouvernement provisoire abolit la peine de l’exposition publique et de la flétrissure.

L’état sanitaire n’était guère brillant, de sorte que, dès le début, on avait dû se préoccuper de loger les malades à terre et d’aménager un hôpital du bagne. Celui-ci fut installé en 1777 dans les casemates du rempart Sud-Est de la Darse Vauban, où des constructions supplémentaires furent édifiées, adossées au rempart. Puis l’hôpital se transporta en 1797 dans un immense bâtiment de 200 mètres de long, orienté Nord-Sud, construit en 1783 le long du quai Ouest de la Vieille Darse, appelé Grand Rang. Le bâtiment fut construit par les bagnards eux-mêmes selon les plans des architectes Perdiguer et Maucord. Ce bâtiment avait un vaste rez-de-chaussée voûté à trois travées ; l’hôpital occupa le 1er étage. Deux tours d’angle carrées à toit pyramidal le terminaient au Nord et au Sud ; dans celle du Nord fut installée la Chapelle des Forçats. Le reste du bâtiment était occupé par les Services Administratifs.

Quant aux forçats valides, on les avait logés là où se trouvait antérieurement l’hôpital ; mais en 1814, ils furent installés dans un bâtiment Est-Ouest de 115 mètres de long, perpendiculaire à l’hôpital, bâti en 1783 sur le quai Sud-Ouest de la Vieille Darse, entre la Chaîne Vieille de la passe et le Grand Rang. Près de là se trouvait amarré un navire dit « Amiral » qui gardait la passe et tirait le coup de canon du matin et du soir.

Avant 1709, l’effectif de galériens dépassait 10 000 hommes. La grande famine, au cours des hivers 1709 et 1710, sonna le glas des galères ; 3200 forçats moururent de privations et de froid. L’administration libéra alors plus de 2000 personnes (pour la plupart des soldats déserteurs) pour ne pas avoir à les nourrir. Dés 1720, la flotte des galères était réduite à 15 bâtiments devenus sans grande utilité stratégique. Leur maintien n’était justifié que par l’arrivée régulière des 500 condamnés annuels.

En 1748 le bagne de Toulon comptait 2000 bagnards. Avec le développement des bagnes napoléoniens, le nombre de forçats passe de 4 000, en 1795, à 16 000 à la fin du Premier Empire, avant de connaître, avec la chute de Napoléon, une forte baisse de la population de détenus et la fermeture des bagnes étrangers.

En 1836 le bagne de Toulon comptait 4305 détenus, 1193 condamnés à perpétuité, 174 à plus de vingt ans, 382 entre seize et vingt ans, 387 entre onze et quinze ans, 1469 entre cinq et dix ans et 700 à moins de cinq ans.

Plus de 100 000 galériens et bagnards passeront par le bagne de Toulon. On pouvait y dénombrer plus de 3000 détenus sur une même période, leur nombre ayant même été de 4305 en 1836.

La fin du bagne

Les bagnes métropolitains restèrent en usage jusqu’au milieu du XIXe siècle. A cette époque il y avait plus de 6000 forçats (ils étaient encore 11 000 en 1846 ).

Après bien des années de ce régime on s’avisa soudain que la présence de forçats dans les ports était de nature à corrompre les marins et les ouvriers contraints de travailler en contact avec eux. Ils prenaient le travail aux ouvriers honnêtes. Avec la surpopulation dans les bagnes, du danger vis-à-vis de la population, et l’apparition de nouvelles machines, et jugés peu rentables.

Louis Napoléon, suite aux événements de 1848 et à son coup d’état de 1851, met en place les bagnes coloniaux, les premières déportations de prisonniers politiques et les transportations vers l’Algérie ou Cayenne.Ainsi, malgré les échecs de colonisation officielle de l’expédition de Kourou de 1763 (décès de 10 000 personnes sur 16 000), et de celle décidée par l’Assemblée législative envoyant des prêtres réfractaires et des individus dénoncés pour leur manque de civisme, la Guyane devient terre de déportations sous tous les régimes et jusque sous le Second Empire. En même temps que s’effectuent les déportations, l’idée de transportation commence à germer, c’est-à-dire de déplacer vers les colonies les forçats des bagnes de Toulon, Brest et Rochefort. Louis Napoléon décida de fermer les bagnes sur le territoire national et de les transférer dans certaines colonies. C’est ainsi que le 30 mai 1854 fut votée la loi dite de déportation qui décidait le transfert aux colonies des individus punis du travail forcé. Pour autant les bagnes métropolitains demeurèrent en activité. La suppression des bagnes ne fut effective que le jour où les bagnes de Cayenne et de Nouméa furent prêts à recevoir tous les condamnés. On commença la déportation des forçats pour la Guyane française , le 27 mars 1852 avec 298 condamnés extraits des bagnes de Rochefort et de Brest .

Comme il avait été le premier à être ouvert, le bagne de Toulon sera le dernier à fermer en 1873. C’est le vice-Amiral Jauréguiberry, Préfet Maritime, qui annoncera le 23 décembre 1873 le départ des derniers forçats.

A la fin du bagne en 1873, les différents bâtiments furent répartis entres différents services militaires comme le centre d’études de la marine et l’Artillerie de côte, etc… Quasiment détruits en 1943 et 1944 suite aux bombardements, ils furent rasés. Seul ne subsiste aujourd’hui qu’un bâtiment appuyé sur un fragment de l’ancien rempart sud-est de la Darse Vauban, conservé à titre de souvenir ; ce bâtiment est utilisé comme restaurant pour le personnel de l’Arsenal.

Les évasions

Tout était mis en œuvre pour empêcher les évasions : coupes de cheveux insolites, vêtements aux couleurs vives, chaînes et manilles. Pourtant, les tentatives étaient courantes. Dès que l’une d’elles était signalée, le bâtiment amiral chargé de la police du port hissait le drapeau jaune et tirait au canon pour avertir la population. Des récompenses étaient offertes à ceux qui feraient arrêter l’évadé. Les bagnards repris, en plus de la bastonnade, encouraient trois ans de peine supplémentaire s’ils étaient condamnés à temps et trois ans de double chaîne pour les condamnés à perpétuité. Les évadés repris encouraient trois années de peine supplémentaire s’ils étaient condamnés à temps et de trois ans de double chaîne pour les condamnés à perpétuité.

Des détenus célèbres furent emprisonnés au bagne de Toulon dont le célèbre Eugène-François Vidocq en 1799, après s’être évadé du bagne de Brest. Vidocq propose en 1806 ses services comme indicateur à la police de Paris et se retrouve en 1811 à la tête de la brigade de sûreté. Aussi l’imposteur Coignard, connu aussi sous le nom de Pontis comte de Sainte-Hélène, il mourra au bagne de Toulon. Plusieurs personnages imaginés passèrent quelques années à Toulon : Le plus connu d’entre eux est sans doute Jean Valjean , du roman Les Misérables de Victor Hugo. De plus, il y eut Vautrin, du livre Le Père Goriot ( Honoré de Balzac ), Gaspard Caderousse et Benedetto / Andrea Cavalcanti , tous deux du roman Le Comte de Monte-Cristo, d’ Alexandre Dumas père .

Sources :

      • https://fr.wikipedia.org/wiki/Bagne_de_Toulon
      • http://www.netmarine.net/forces/operatio/toulon/bagne.htm
      • https://www.cgnorvillois.org/bagnes.html