La succession de Louis XIV

La succession de Louis XIV

 

Le roi Louis XIV meurt le 1er septembre 1715 aux alentours de 8 h 15 d’une gangrène sénile,. Elle signe non seulement la mort et la fin d’un règne personnel de 54 ans, mais surtout un changement de main, avec la lutte de succession qui s’ensuivit au Parlement de Paris, au profit de son neveu Philippe d’Orléans nommé régent du royaume.

Au lendemain du décès, dans la chambre du roi, le corps est transporté dans l’antichambre de l’Œil-de-bœuf du château de Versailles pour être autopsié, triparti (séparation du corps, du cœur et des entrailles) puis embaumé avant d’être enfermé dans un double cercueil, de plomb et de chêne. Le troisième jour, le cercueil est exposé pour une semaine dans une pièce plus grande, le salon de Mercure du Grand Appartement pour y recevoir les honneurs.

Le convoi funèbre quitte Versailles le 8 septembre 1715 à 19 heures pour arriver le lendemain à la basilique Saint-Denis. Le rituel veut qu’il se déroule la nuit mais selon une légende tenace, ce cortège funèbre se serait fait en catimini afin d’éviter qu’il ne soit l’objet de railleries de la part de la population. En réalité, le cortège est formé de plus de mille personnes, dont huit cents à cheval et portant un flambeau de cire blanche. Rapidement des libelles clandestins se diffusent, rappelant que Louis XIV est avant tout « le grand roi des impôts », tel « Le grand Louis est trépassé / Et les médecins ont trouvé / De sang qu’il n’avait qu’une livre. / Hélas, que j’en suis étonné, / Car il nous avait bien sucés ».

La messe de funérailles y est prononcée le 23 octobre par le cardinal de Rohan alors que des cérémonies sont aussi organisées ailleurs en France et à l’étranger.

On trouve dans l’éphéméride du mois d’août de l’Almanach royal de 1715, une mention manuscrite qui relate les circonstances des derniers jours du roi : Mort de Louis XIV. « On crut le Roy mort dez le Lundy 25 (en réalité soit du dimanche 25 août, soit du lundi 26 août.) . Il se porta mieux un jour ou deux quoyque sans esperance. Il est mort après avoir beaucoup souffert et avec une grande patience le Dimanche 1r sept a 8 h. du matin M. le Duc d’Orléans alla au Parlt [Parlement] et fut declaré Regent le 2. septe »

La succession au trône de France est ouverte. Mais qui sera le futur roi de France au vue des héritiers possibles de Louis XIV – six légitimes et seize ou dix huit enfants naturels dont huit seront légitimés – ?

Tout d’abord ses enfants légitimes, Louis XIV eut six enfants avec son épouse légitime, Marie-Thérèse d’Autriche (1638-1683) :

      1. Louis de France, fils de France, le Grand Dauphin (1er novembre 1661 – 14 avril 1711)

      2. Anne-Elisabeth de France, fille de France (18 novembre 1662 – 30 décembre 1662)

      3. Marie-Anne de France, fille de France (16 novembre 1664 – 26 décembre 1664)

      4. Marie-Thérèse de France, fille de France, la Petite Madame (2 janvier 1667 – 1er mars 1672)

      5. Philippe-Charles de France, fils de France, duc d’Anjou (5 août 1668 – 10 juillet 1671)

      6. Louis-François de France, fils de France, duc d’Anjou (14 juin 1672- 4 novembre 1672)

Seul le premier atteignit l’âge adulte. Il eut lui-même trois enfants :

      1.   Louis (6 août 1682 † 19 février 1712), duc de Bourgogne ;

2. Philippe (19 décembre 1683 † 9 juillet 1746), duc d’Anjou, puis roi d’Espagne sous le nom de Philippe V ;

3. Charles (31 juillet 1686 † 5 mai 1714), duc de Berry.

Louis XV (1710-1774), qui devait succéder à Louis XIV, n’était que le troisième fils du duc de Bourgogne, le deuxième, Louis de France (1707-1712), titré duc de Bretagne, étant mort quelques jours après son père. Il était donc l’arrière-petit-fils de Louis XIV.

Ensuite viennent ses enfants naturels. Louis XIV a eu 16 à 18 enfants naturels (dits autrefois bâtards) connus, dont huit furent légitimés et six atteignirent l’âge adulte. Il eut pour politique de les marier dans les branches latérales de la maison de Bourbon : Bourbon-Condé, Bourbon-Conti, Orléans, non sans susciter de vives résistances des intéressés. L’objectif poursuivi était non seulement d’assurer aux bâtards une position satisfaisante à la cour, mais surtout d’abaisser les branches cadettes, ce qui fut la politique constante d’un monarque qui n’avait jamais oublié les leçons de la Fronde.

Cette politique devait toutefois faire la fortune de la maison d’Orléans. En effet, aucun des neuf enfants du duc du Maine n’ayant eu de postérité, c’est le duc de Chartres, futur Philippe-Égalité, qui recueillit, par son mariage avec Adélaïde de Penthièvre, fille du duc de Penthièvre, fils unique du comte de Toulouse, l’héritage colossal des légitimés.

    • De N… (fille d’un jardinier de Versailles) (Mémoires de Saint-Simon)

        1. N… (née vers 1660)

    • De Louise Françoise de La Baume Le Blanc, duchesse de La Vallière : 5 enfants dont seuls les 2 derniers atteindront l’âge adulte et seront légitimés :

        1. Charles (né le 19 novembre 1663, mort fin 1665).

        2. Philippe (né le 7 janvier 1665, mort fin juillet 1666).

        3. Louis (né le 27 décembre 1665, mort jeune).

        4. Marie-Anne de Bourbon, dite « la première Mademoiselle de Blois » (2 octobre 1666 – 3 mai 1739), légitimée (13 avril 1667), mariée (16 janvier 1680) à Louis Armand Ier de Bourbon-Conti.

        5. Louis de Bourbon, comte de Vermandois (3 octobre 1667 – 18 novembre 1683), légitimé (février 1669).

    • De Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart, marquise de Montespan : 8 enfants dont 6 légitimés et 4 atteignirent l’âge adulte :

        1. N…, de sexe masculin (né et mort en 1669)

        2. Louise-Françoise (mars 1669 – 23 février 1672)

        3. Louis Auguste de Bourbon, duc du Maine (31 mars 1670 – 14 mai 1736), légitimé (20 décembre 1673), marié le 19 mars 1692 avec Louise-Bénédicte de Bourbon. De cette union sont issus sept enfants, tous sans postérité.

        4. Louis César de Bourbon, comte de Vexin (20 juin 1672 – 10 janvier 1683), légitimé (20 décembre 1673).

        5. Louise Françoise de Bourbon, « Mademoiselle de Nantes » (1er juin 1673 – 16 juin 1743), légitimée (20 décembre 1673), mariée le 24 juillet 1685 à Louis III de Bourbon-Condé, duc de Bourbon, 6e prince de Condé. De cette union sont nés neuf enfants.

        6. Louise Marie Anne de Bourbon, « Mademoiselle de Tours » (18 novembre 1674 – 15 septembre 1681), légitimée (janvier 1676).

        7. Françoise-Marie de Bourbon, dite « la seconde Mademoiselle de Blois » (4 mai 1677 – 1er février 1749), légitimée (novembre 1681), mariée (18 février 1692) à Philippe, duc d’Orléans, futur Régent de France.

        8. Louis-Alexandre, comte de Toulouse (6 juin 1678 – 1er décembre 1737)

      • De Claude de Vin des Œillets, femme de chambre de Mme de Montespan :

        1. Louise de Maisonblanche (v.1676 – 1718), fille non reconnue par Louis XIV. Élevée par sa mère à Paris, on la maria (1696) à Bertrand de Prez de La Queue, un capitaine de cavalerie. De cette union sont nés onze enfants. Deux de ses filles seront élevées à Saint-Cyr.

    • De Marie Angélique de Scorailles, duchesse de Fontanges :

        1. N…. (mort jeune en 1681).

    • Et peut-être, d’une mère noire inconnue, la métisse Louise Marie Thérèse

     ┌── par Marie-Thérèse d'Autriche (1638-1683)
     │    └──> Louis de France (1661–1711)[2]   
     │           │  ┌──> Louis de France (1682–1712), duc de Bourgogne
     │           │  │     │
     │           │  │     └──> Louis de France (1704-1705)
     │           │  │     └──> Louis de France (1707-1712)
     │           │  │     └──> Louis XV de France (1710-1774)
     │           │  │
     │           └──+──> Philippe de France, duc d'Anjou (1683-1746), roi d'Espagne   
     │              │
     │              └──> Charles de France (1686-1714), duc de Berry, marié avec Marie-Louise-Élisabeth d'Orléans
     │
┌──> Louis XIV (1638–1715)
│    │
│    │             ┌──> Louis-Auguste de Bourbon, duc du Maine (1670-1736).Légitimé en 1673
│    │             │    
│    │    ┌────────+──> Louis-Alexandre de Bourbon, comte de Toulouse (1678-1737)
│    │    │        │ 
│    │    │        └──> Autres enfants dont Mademoiselle de Blois
│    │    │
│    └─ par Madame de Montespan
|
│
└──> Philippe d'Orléans (1640-1701)─> Philippe d'Orléans (1674-1723) (Régent)

Philippe d’Orléans

Louis Auguste, duc du Maine

Maintenant, il convient de régler la succession. Lorsqu’il rédige son testament le 2 août 1714, Louis XIV est un homme malade, éprouvé et inquiet. Âgé de près de 76 ans, il tient les rênes du royaume de France depuis plus de soixante et onze ans.

Depuis trois ans, la continuité dynastique basée sur la primogéniture masculine en ligne directe et légitime est mise à l’épreuve par une série de drames familiaux : la « fauchaison de la Maison de France » (François Bluche). Le 14 avril 1711, Monseigneur le Dauphin de France, fils du roi né en 1661, est emporté par la petite vérole. Le 18 février 1712, le duc de Bourgogne, fils aîné de Monseigneur et petit-fils de Louis XIV, né en 1682, succombe à une épidémie de rougeole. Le duc de Bretagne (1707-1712), son fils aîné, et donc arrière-petit-fils de Louis XIV, meurt de la même maladie le 8 mars suivant. Dans l’ordre successoral, le fils cadet du duc de Bourgogne, Louis de France, arrière-petit-fils de Louis XIV, né le 15 février 1710, devient le nouveau dauphin, le quatrième en moins d’un an !

L’enjeu du testament consiste à établir les modalités de transmission du pouvoir, ce qui est visible dès le début du texte : « Ceci est notre déposition et ordonnance de dernière volonté pour la tutelle du Dauphin notre arrière-petit-fils et pour le conseil de Régence que nous voulons être établi après notre décès pendant la minorité du roi. »

Le lendemain de la mort de Louis XIV, il est fait lecture de son testament (rédigé le 2 août 1714 ); – un premier codicille date du 13 avril 1715 et un second du 23 août – en séance solennelle devant la grand chambre du Parlement de Paris en présence de toutes les Cours souveraines, les princes du sang et les ducs et pairs. Les prétendants à la Régence, princes du sang et fils légitimés vont savoir quelles étaient les volontés du roi pour sa succession au pouvoir, le nouveau roi n’ayant que cinq ans.

Le testament du 2 août 1714 et les deux codicilles, documents qui l’amendent (13 avril et 23 août 1715), sont tous de la main du roi. Le testament est scellé par sept cachets et mis en dépôt au palais du Parlement jusqu’à la mort du roi et l’ouverture de la succession. Les deux codicilles qui complètent le testament olographe ne sont pas cachetés. Le registre du Parlement décrit le dossier : « Il était en six feuillets entièrement écrits au recto et au verso et en un 7e et dernier feuillet aussi entièrement écrit au recto et un plus de la moitié écrit au verso. »

Première page du testament de 1714 de Louis XIV

Pendant près d’un siècle et demi, cet ensemble documentaire connaît de nombreux avatars. Au cours du XVIIIe siècle, il reste probablement dans le giron de la Maison d’Orléans. Durant la Révolution française, le texte est détenu par le commissaire du département de la Maison du roi, Charles-Gilbert de La Chapelle (1755-1794). En 1921, un héritier de cette famille cherche à s’en séparer. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, la même famille fuit outre-Manche, où le testament est conservé quelques années. Après la guerre, le dossier revient en France, avant d’être vendu à un collectionneur. Le 6 mars 1948, la veuve de celui-ci le verse aux Archives nationales. Depuis, il est conservé dans la célèbre armoire de fer, au cœur des Grands Dépôts.

Le roi Louis XIV voulait évincer le duc d’Orléans. Les dispositions testamentaires permettent au Roi-Soleil d’organiser la régence. Son arrière-petit-fils devient le nouveau souverain. S’il vient à disparaître, un édit de juillet 1714 intègre dans l’ordre de succession les bâtards nés de la relation adultérine du roi avec la marquise de Montespan : Louis-Auguste, duc du Maine (1670-1736) et Louis-Alexandre, comte de Toulouse (1678-1737). Ce texte est enregistré par le Parlement le 2 août 1714, mais il est contraire aux lois fondamentales du royaume reconnaissant pour seuls héritiers les enfants issus d’un mariage légitime. Le même jour, le roi entame la rédaction de son testament. Il précise que son action est animée par la quête du bonheur de son peuple, afin d’éviter les « maux dont notre royaume pourrait être troublé », probablement en référence à la Fronde pendant sa propre minorité. Le duc du Maine, bâtard légitimé, exercerait la régence en l’attente de la majorité du jeune roi (13 ans révolus), alors que le rôle du duc Philippe d’Orléans (1674-1723), neveu de Louis XIV ayant une mauvaise réputation, se restreint à la charge honorifique de président du conseil de Régence. En réalité, il s’agit du plus proche parent légitime en ligne collatérale, donc du régent de droit.

Dans le premier codicille, Louis XIV désigne le maréchal-duc de Villeroy (1644-1730) à la fonction de gouverneur du Dauphin. Le 23 août 1715, alité et pressé par la maladie, le souverain prend d’ultimes dispositions, avec une graphie grossière qui révèle son état de faiblesse. Ce second codicille désigne Fleury (1653-1743), évêque de Fréjus, précepteur du Dauphin, et le père Le Tellier (1643-1719), son confesseur. Le même jour, il confie au duc du Maine la présidence de la revue de la gendarmerie royale, masquant à peine sa préférence et ses intentions pour la suite.

Le roi Louis XIV pose son héritage ainsi :

    • À son arrière-petit-fils : le trône, suivant les lois du royaume. Celui-ci devient Louis XV.

    • Au duc du Maine, son fils, bâtard légitimé : l’éducation et la garde de l’enfant royal, ce qui signifie dans les faits la possibilité d’imposer la volonté du duc du Maine aux parlements par le biais du lit de justice.

    • Au duc d’Orléans, son neveu : la charge de « président du conseil de régence », conseil statuant collégialement.

Une lutte d’influence débute alors entre le duc du Maine et le duc d’Orléans pour obtenir le titre de Régent de la part des parlementaires.

Le 2 septembre 1715, le testament est ouvert lors d’une séance inaugurale au parlement de Paris. Philippe d’Orléans prend la parole et évoque la confiance accordée par Louis XIV sur son lit de mort. En vertu des lois coutumières du royaume, plusieurs clauses testamentaires sont cassées. Les gens du roi considèrent qu’il faut « s’attacher plutôt à l’esprit qu’à la lettre ». Le testament est partiellement cassé à la suite d’une alliance nouée, avant la mort du roi, entre les parlementaires de Paris et Philippe d’Orléans, celui-ci promettant tout simplement de réintroduire les parlementaires dans les sphères du pouvoir royal s’ils le soutiennent face au duc du Maine. Les parlementaires déclarent le duc d’Orléans régent de France, tandis que le duc de Bourbon (1670-1736) obtient le titre de chef du conseil de Régence. Le duc du Maine est finalement mis à l’écart, recevant seulement la surintendance de l’Éducation du roi.

C’est donc Philippe d’Orléans qui est proclamé régent du royaume et détenteur effectif du pouvoir durant la minorité du jeune Louis XV, au détriment du duc du Maine qui ne peut rien faire face à cette alliance.

La seconde étape de l’alliance prend forme le 15 septembre 1715 : Philippe d’Orléans restitue au Parlement de Paris son droit de remontrance. De plus, le 1er octobre 1715, un système de polysynodie est accepté, les ministres du roi étant remplacés par plusieurs Conseils auxquels haute noblesse, parlementaires et hauts notables ont accès.

Sources

    • https://fr.m.wikipedia.org/wiki/
    • https://histoire-image.org/fr/etudes/testament-louis-xiv