Un prieur luxurieux victime de filous

Un prieur luxurieux victime de filous

 

En 1775, Dom Perier, l’un des derniers prieurs de Léoncel (Drôme), menait, dit-on une vie licencieuse au lieu de s’occupait de l’abbaye. Il fut victime d’une drôle de mésaventure.

En homme d’esprit et de finance, Dom Perier avait su par ses largesses s’attacher les faveurs de ses supérieurs ainsi que des grands du pays.Si bien que personne ne murmurait ni ne se soulevait contre sa conduite scandaleuse qui faisait grand bruit dans le peuple et chez les autres religieux.

Alors que le couvent de Léoncel était à l’abandon, le prieur du lieu menait  » une vie licencieuse  » à Saint Vincent la Commanderie, où il s’était fait bâtir une maison magnifique et luxueusement meublée. De plus, il dilapidait les biens de l’ordre en achetant des terres et des bâtiments au nom d’un certain Arnoux, de Saint Vincent.

Ayant eu connaissance de la conduite du prieur, deux filous arrivent à Valence en octobre 1775. L’un travesti en moine de Cîteaux, dit s’appeler Dom Sorismond ; l’autre, en officier, porte le nom de Pataut. L’évêque étant absent, ils rencontrent le grand-vicaire et lui présentent une procuration ainsi que des lettres de l’abbé de Cîteaux. Ces documents donnent pouvoir à Dom Sorismond de vérifier la gestion du couvent de Léoncel. Il doit également voir les réparations à faire mais surtout réformer les abus et dresser un procès-verbal sur la vie et la conduite du prieur. Les bandits se sont aussi octroyé le droit de vendre ou bailler les biens de l’abbaye si nécessaire.

Le grand-vicaire tombe dans le panneau et conduit les filous jusqu’à la somptueuse demeure de Dom Perier, à Saint Vincent. Devant le faux représentant de l’Ordre, le prieur prend la fuite, ce qui confirme le bien-fondé de la mission des deux hommes. Accompagnés d’autres religieux, ils montent ensuite à Léoncel. Là, ils se font remettre l’argenterie sous prétexte de la faire marquer à l’insigne de l’Ordre, vendent les denrées qu’ils trouvent et se font payer par quelques fermiers de la montagne.

De retour à Valence, les filous vendent l’avoine du monastère et touchent la valeur de 2000 francs d’avance. Introduits auprès des commerçants par les religieux qui les accompagnent toujours, ils réussissent à emprunter une belle somme d’argent ainsi qu’à faire de gros achats à crédit, promettant de tout régler à leur retour. Enfin, après plusieurs jours de cette aventure costumée, les deux filous-comédiens poussent la farce jusqu’à se faire louer par le grand-vicaire «  une chaise de poste valant au moins 50 louis « . Ils quittent alors Valence à bord de leur superbe équipage, escortés, fort civilement par les religieux jusqu’aux portes de la ville.

On ne revit, bien sûr, ni les deux hommes, ni la chaise de poste, ni l’argent. Lorsque la filouterie fut reconnue, Dom Perier revint de son exil, en pénitence à l’abbaye de Bonlieu ( à côté de Montélimar) et, plein de honte et de repentir, se dépêcha de régler les dettes des faux envoyés de Cîteaux. Il s’installa à Léoncel où il mena – paraît il – une vie très exemplaire et édifiante !

En 1777, après enquête la Commission des réguliers décide la suppression de la communauté monastique de Léoncel dont les trois derniers religieux menaient une vie qui n’avait plus rien de religieuse. Le nouveau prieur écrivit alors un mémoire sur les « raisons de la maintenance et de la conservation de l’abbaye de Léoncel » pour empêcher la dissolution… et arriva à l’éviter…
et même par sa ténacité à faire remonter quelques moines.