Aouste sur Sye autrefois …

Aouste sur Sye autrefois…

 

 

Parmi les villes secondaires du Bas-Dauphiné, on remarque « Aoste », connue, dans les temps de la domination romaine, sous le nom d’Augusta Vocontiorum, et dont il ne resta plus, après les ravages du cinquième siècle, que des ruines. Aouste fut une étape postale (Mansio Augusta) sous le règne d’Auguste.

Augusta fut prise par les Wisigoths en 412, les Lombards vers 536, les Sarrasins en 729, en 839 par les Normands et en 924 par les Hongrois.

Située entre le Rhône et les Alpes, Aouste a été, de l’Antiquité au 17ème siècle, une étape et une place forte importante. Carrefour sur la Route de l’Étain, la cité était connue des Grecs. Arrosée par la Drôme et la Sye, appuyée au contrefort du Vercors, Celle-ci est mentionnée dans divers documents, sur la route de « Dia à Valence »

L’existence d’Aoste, dans la première période du Moyen Âge, est environnée de ténèbres. Un membre de la puissante famille des Arnaud concéda, le 11 août 1146, cette ville avec plusieurs autres, à Hugues II, évêque de Die. Frédéric Ier, empereur d’Allemagne, confirma cet acte de concession en 1157, en même temps qu’il céda à l’évêque sa souveraineté entière sur Die. En 1227, la cité dépend de l’Évêque de Valence qui lui accorde diverses libertés et exemptions, octroyant ainsi certains droits communaux, les Juifs jouent aussi un rôle important dans la cité. Les évêques de Die et les seigneurs du Diois et du Valentinois, dont les fiefs étaient enclavés les uns dans les autres, ayant eu des démêlés entre eux, les habitants d’Aoste et d’autres villes voisines en profitèrent pour faire reconnaître leurs franchises et privilèges, sous la juridiction de l’évêque de Valence qui, sanctionnée par la victoire, s’exerça sans obstacle à Aoste pendant quelques années. Plus tard la ville sera assiégée et prise par Aymard de Poitiers, en 1277. La même année, Aoste devient une étape importante pour les transhumances entre Arles et Léoncel. Les annales d’Aoste, aux quatorzième et quinzième siècles, nous la montrent fortifiant ses institutions municipales, développant dans son sein l’agriculture et le commerce, et se préparant un avenir florissant, par l’allégement des charges publiques, par une paix profonde et par la satisfaction de tous les besoins sociaux. La communauté d’Aoste avait pour code administratif des usages, de vieilles coutumes, des franchises et des chartes. Un châtelain, assisté de deux consuls, présidait aux affaires du mandement, aux assemblées des notables, à la police et à la garde du bourg. Les délits et les infractions étaient réprimés par les arrêts d’une petite cour de justice, fonctionnant au nom du seigneur haut justicier. Tel fut, jusqu’au règne de Louis XI, le régime municipal d’Aoste et des autres petites villes ressortissant comme elle de la juridiction de l’évêque de Valence ; tel fut notamment celui d’Allex, bourg situé entre Crest et Livron, où le consulat n’apparut qu’au seizième siècle, mais dont le châtelain existait dans des temps plus reculés. Ce magistrat, nommé par le chapitre de Saint-Apollinaire, percevait les revenus féodaux, veillait à la garde du lieu, commandait la milice, et servait d’intermédiaire le seigneur et les vassaux.  L’évêque de Valence avait d’ailleurs, dans toutes les terres relevant de sa directe, la justice haute, moyenne et basse. De petites cours de justice, établies dans chacun de ses fiefs, connaissaient du plus petit délit, jusqu’aux crimes dont la punition entraînait la peine capitale ; mais leurs décisions sujettes à un appel, par devant le juge épiscopal Valence

 Aux 14e et 15e siècles, la cité sera reconstruite et un couvent de bénédictins s’installe au quartier Saint-Pierre En 1492, le canal de Gervanne est déjà utilisé par les artisans – deux canaux avaient été bâtis à l’époque gallo romaine, le canal Aouste-Crest sera construit à partir de 1507-, d’ autres canaux seront ensuite mis en service par les moulinages. Au début du 16ème siècle la cité est prospère, la dîme est supprimée en 1550 ; mais Aouste devient une étape militaire sur « le Grand Chemin » (vers l’Italie), jusqu’en 1815, les habitants doivent entretenir les régiments de passage (« L’ustensile »).
Pendant les guerres de religions, Aouste passe aux mains des Montbrun, en 1573, le Prince d’Auvergne reprend la place et contraint les habitants à participer au siège de Crest : « Viendrez ou brulerez », en 1587, la ville tombe aux mains de Lesdiguières. Avant le siège de Privas, Louis XIII ordonne la destruction des fortifications d’Aouste. C’est le comte de Sault qui en sera chargé, son action est qualifiée en 1625 de « Sac d’Aoste », celui-ci sera suivi de deux visites de Richelieu en 1629, l’hôpital sera agrandit puis… la peste frappera durement la ville ! En 1683, avant la révocation de l’Edit de Nantes, le temple d’Aoste sera détruit, et une église bâtie sur son emplacement !

La cité perdra ensuite son intérêt économique jusqu’au 19e siècle.

En 1918, Aouste devient Aouste sur Sye, conséquence de la guerre et pour éviter la confusion fréquente avec Aouste dans les Ardennes.

Encore des traces visibles du passé … et de nouveaux indices du passé

 

 

Les antiquités gallo-romaines d’Aouste

 

Epitaphe à Aouste du début du 1er siècle en latin :
« A Celsa fille de Buccacus Tertius Hector à son épouse »

 

Quartier Saint Alban, au sud d’ Aouste, un autel au-dessus du bassin d’une fontaine, élevé à Jupiter,
orné d’une figure de la foudre à l’endroit touché
Par le tonnerre ; les lieux frappés par la foudre
étaient considérés comme sacré.
Détail de l’inscription en latin incomplète :
« I O M M. I. S E R V (IDVI Optimo Maximo,
M.Iulius Servatus) »
(A Jupiter très bon très grand par Marcus Julius Servatus)

 

Plaque de marbre avec épitaphe à Gaius Julius
Successus, découverte dans un champ et conservée
Au musée de Die.

 

 

Plaque de marbre blanc (haut.18 cm, larg. 18 cm, épais. 4 cm)
gravée sur deux faces, conservée au musée de Die. Sur la face A :
« ici reposent en paix Rodanicus de bonne mémoire… »
et sur la face B: « sous cette épitaphe repose en paix Ferrola, de bonne mémoire qui a vécu … années ».

Le texte A paraît antérieur au texte B, VIe siècle.

 


Sur une tablette conservée au musée Calvet d’Avignon,
l’extrait d’une inscription en latin : « Au nom du Christ,
ici repose Ampélius, fidèle serviteur de Dieu et
Singénia, qui ont vécu dans l’affection conjugale et la
tendresse, 70 ans (?) environ, et sont demeurés tout ce
temps dans la paix du Seigneur.Telle fut la pureté de leur vie que durant plus de 20 ans, l’épouse étrangère à son mari, persista dans l’observance d’une continuelle chasteté. Ampélius de vénérable mémoire, est mort le 16 des calendes de décembre (16 novembre), sous le consulat de Festus et Marcianus. Singénia, de bon souvenir, a trépassé le 6 des calendes de janvier (25 décembre) l’année après le consulat de Victor (472?) »

 

 

Autel anépigraphe carré avec sculpture d’un cerf

 Sesterce à l’effigie d’Antonin le Pieux (86-161)
Empereur romain de 138 à 161

Le mausolée mesurait 6 mètres de haut. Il est daté du début de notre ère. Ces éléments se trouvaient à l’origine au dessus du village actuel, à proximité de la voie romaine. Voici la traduction des inscriptions retrouvée : « Dionysus fils très pieux »«  Cnaeus Julius a fait de son vivant »

Vestige du pont romain datant du Bas Empire

Quelques personnalités aoustoises

R.P. Dom Aymon d’Aost ou d’Aoust (né en ? à Aouste), en Valentinois, au diocèse de Die, était profès de la Grande Chartreuse (de 1313 à 1329), décédé en 1330.

François-Xavier Bruno, général français né en 1755 à Grenoble, chef de brigade en 1794, décédé à Aouste-sur-Sye en 1829.

François Morin (de Louvigné ou de Louvigni) né à Aouste-sur-Sye en 1769, enrôlé volontaire en 1784, a participé aux campagnes napoléoniennes, a été maintenu à son commandement lors de la Restauration, nommé maire de Toulon en 1818, décédé en 1819. Il avait épousé Marie-Josèphe Charmoy.

Fabre des Essarts : une des grandes familles aoustoises du XIXe siècle dont Léonce-Eugène Fabre des Essarts (né en 1848 à Aouste, mort en 1917) : occultiste, poète symboliste et théoricien de la Gnose et du Christianisme Ésotérique, Marie Auguste Fabre des Essarts (1795-1850), évêque de Blois et Melchior des Essarts (1829-1871) félibre, neveu du précédent.

François Bernard Charmoy, conseiller d’état de l’empereur de Russie, professeur de persan et de turc, correspondant des sociétés asiatiques de Paris et de Londres, auteur de nombreuses études publiées à Saint-Pétersbourg, est né à Soultz en 1793, décédé à Aouste-sur-Sye en 1868 (il est ultérieurement évoqué).

Maurice Burrus (1882-1959), industriel alsacien (franco-suisse), député du Haut Rhin défenseur des forêts, philatéliste mondialement connu. Passionné d’archéologie, il devint mécène de Vaison-la-Romaine. Propriétaire de la forêt de Saoû de 1924 à 1959, il a contribué à l’alimentation en eau potable d’Aouste-sur-Sye… en échange d’un panier de cerises !

Marc Boegner, (1881-1970) fut pasteur à la paroisse de Aouste-sur-Sye de 1905 à 1911, théologien du XXe siècle, président du conseil national de l’Église réformée de France (1938-1950) et de la Fédération protestante de France (1929-1961), essayiste français et académicien (1962), initiateur du christianisme social français. . Il est honoré comme « Juste parmi les nations » en 1988. Il succède à son oncle Tommy Fallot (1844-1904) lui aussi pasteur protestant à Aouste.

Charles Chapoutat (1898-1973) : résistant, responsable d’une compagnie de FFI, organisa les « combats des Grands Chenaux » dans la vallée de la Drôme, le 21 Juillet 1944, vers Aouste-sur-Sye, Cobonne, Mirabel-et-Blacons, ceci afin de ralentir la progression de troupes nazies au moment de l’attaque du Vercors. La compagnie Chapoutat participa aussi aux combats de la Libération.

José de Huescar : né à Albacete (Espagne) en 1938, décédé à Aouste-sur-Sye en 2007, journaliste et dessinateur pour Rintintin, la vie du rail, le Hérisson, Pif gadget, Le Livre de la Jungle, Rahan, professeur aux beaux arts; son œuvre est réunie dans une fondation à Huescar, en Andalousie.

Lawrence Hogben : né le 14 avril 1916 en Nouvelle-Zélande, officier instructeur de la marine royale de Nouvelle-Zélande, météorologue au service de la Royal Navy et des USA lors du débarquement en Normandie en juin 1944, décoré de la « Distinguised Cross Service » pour sa bravoure dans la bataille de l’Arctique (mer de Barents), participa au bombardement de Gènes, à l’invasion de l’Afrique du Nord et à la destruction du cuirassé Bismark, obtint la citoyenneté française, est aussi docteur en théologie. Il s’est retiré à Aouste-sur-Sye où il est décédé le 20 Janvier 2015,

Emile Loubet (1838-19229) : député de la Drôme, ministre, sénateur, président de la république de 1899 à 1906. Il a souvent séjourné dans la résidence de ses amis Girardon (actuellement résidence Blanchelaine). Il avait coutume d’échanger en occitan (patois) avec ses amis drômois alors que l’emploi de cette langue par les enfants était interdit dans les écoles.

Plan du village d’Aouste sur Sye en 1811

 

 

 

Les maisons en hauteur

 

 

Fernand Benoit, archiviste paléographe, archéologue et historien (1892-1969), explique que « son originalité consiste à placer les bêtes en bas, les hommes au-dessus ». Effectivement ce type d’habitation, qui se retrouve essentiellement dans un village, superpose sous un même toit, suivant une tradition méditerranéenne, le logement des humains à celui des bêtes. La maison en hauteur se subdivise en une étable-remise au rez-de-chaussée, un logement sur un ou deux étages, un grenier dans les combles. Elle était le type de maison réservée aux paysans villageois qui n’avaient que peu de bétail à loger, étant impossible dans un local aussi exigu de faire tenir des chevaux et un attelage.

Elle se retrouve aujourd’hui dans nombre de massifs montagneux ou plateaux de la Provence occidentale.

Ces maisons datent pour la plupart du XVIe siècle, période où les guerres de religion imposèrent de se retrancher derrière les fortifications du village. Celles-ci finies, il y eut un mouvement de sortie pour établir dans la périphérie de l’agglomération des « maisons à terre », plus aptes à recevoir des bâtiments annexes.

En effet, ce type d’habitation, regroupant gens et bêtes dans un village, ne pouvait que rester figé, toute extension lui étant interdite sauf en hauteur. Leur architecture est donc caractéristique : une façade étroite à une ou deux fenêtres, et une élévation ne pouvant dépasser quatre à cinq étages, grenier compris avec sa poulie extérieure pour hisser le fourrage. Actuellement, les seules transformations possibles – ces maisons ayant perdu leur statut agricole – sont d’installer un garage au rez-de-chaussée et de créer de nouvelles chambres au grenier. Pour celles qui ont été restaurées avec goût, on accède toujours à l’étage d’habitation par un escalier accolé à la façade

Façades des maisons formant fortification.

La présence de terrasse ou balcon était une constante. La terrasse servait, en priorité, au séchage des fruits et légumes suspendus à un fil de fer. Elle était appelée « trehla » quand elle accueillait une treille qui recouvrait une pergola rustique. Quand elle formait loggia, des colonnettes soutenant un auvent recouvert de tuiles, elle était nommée galaria ou souleria.

Maisons à treille

Passage entre des maisons en hauteur

Les passages sous voûte

 

 

 Plan du centre-bourg avec la situation des passages sous voûte

Les habitations sur voûte

 

 

Ce genre de construction est le dernier témoin des constructions de type médiéval qui surplombaient autrefois la rue. Il remonte à l’époque où la ville close, ne parvenant pas à contenir sa population, avait eu recours à ce moyen pour étendre son domaine habitable, à l’image de Paris et d’autres villes qui construisaient sur leurs ponts.

Des constructions similaires sont encore visibles au fil des rues du vieux village. Certaines ont disparues au XIX° siècle, victimes de transformations ou d’aménagements.

Le chasse-roue

 

 

Un chasse-roue, appelé aussi chasse-moyeux, est une pièce métallique ou en pierre située au pied d’une porte cochère ou d’un mur et qui est destinée à empêcher les roues de détériorer le mur. On le désigne également par boute-roue ou bouteroue et il a parfois pour synonyme garde-grève (garde-heurt en Normandie).

Les chasse-roues se sont développés depuis l’Antiquité pendant toute l’époque des transports avec des voitures ou charrettes à cheval.

La conduite de ces véhicules était parfois délicate pour un cocher malhabile ou avec des chevaux rétifs. De plus, les roues et notamment leur moyeu dépassait à l’extérieur du véhicule. Le risque était donc élevé que la roue ou son moyeu heurte et dégrade les montants d’une porte cochère ou le coin d’un mur. Au Moyen Âge, les chasse-roues sont généralement des murets aménagés à la base du parapet d’un pont ou des bornes demi-circulaires appelées bornillon.

Le chasse-roue remettait « dans le droit chemin » le véhicule… moyennant une forte secousse pour les passagers !

De très nombreux exemplaires ont été implantés dans le cadre du style haussmannien, par exemple à Paris.

Ce sont des pièces le plus souvent métalliques en forme d’arc, de boule, de cônes ou de motif décoratif original. Il existe aussi des modèles en pierre dure, avec une forme inclinée pour rabattre les roues vers l’intérieur.

Autres localisations de chasse-roues, généralement en pierre de forme inclinée ou conique :

    • Entrée des portes de fermes, franchies par des lourds chariots chargés de foin par exemple.

    • Angles de mur à l’intersection de deux rues (avant l’implantation des trottoirs). Dans ce cas, ils étaient souvent dans la même pierre que le mur et en constituaient en quelque sorte un prolongement.

    • Virages de routes campagnardes ou le long de parapets de ponts.

    • Virages en montée. Dans ce dernier cas, ils permettaient aussi au cocher d’arrêter le véhicule pour laisser souffler les chevaux.

Les chasse-roues en pierre étaient souvent cerclés d’un anneau métallique pour diminuer l’usure.

En ville, les chasse-roues sont devenus obsolètes depuis longtemps. Mais construits sous forme d’un arceau en métal plein ou en pierre, ils sont difficiles à détruire ou gardés pour leur intérêt historique.

 

Un autre ouvrage caractéristique d’angle de mur : les « pisse-pas-là ». Ces ouvrages sont destinés à préserver les angles des murs de l’urine des passants. Il en existe différents modèles plus ou moins efficaces.

L’impôt sur les portes et fenêtres

 

 

L’impôt sur les portes et fenêtres ou impôt sur les fenêtres est un type d’impôt basé sur le nombre des fenêtres et/ou des portes des bâtiments. En France, l’impôt sur les portes et fenêtres a été mis en place par le Directoire, pendant la Révolution, le 4 frimaire an VII (24 novembre 1798), et supprimé en 1926..

Cet impôt fait partie des « quatre vieilles » contributions directes, avec la contribution foncière, la mobilière, et la contribution des patentes, toutes trois établies par l’assemblée constituante de 1789. Son assiette était établie sur le nombre et la taille des portes et fenêtres. Il ne touchait ainsi que les propriétaires, et introduisait une sorte de proportionnalité, les plus aisés payant également plus d’impôts. Sa création fut accompagnée de celle d’un autre impôt du même type, l’impôt sur les parcs et jardins

Il ne touchait pas les ouvertures des bâtiments à vocation agricole, ni les ouvertures destinées à aérer les caves (soupiraux) ou pratiquées dans les toits (lucarnes, vasistas). Les bâtiments publics n’étaient pas imposés non plus.

Cet impôt fut accusé de pousser à la construction de logements insalubres, avec de très petites ouvertures, donc sombres et mal aérés, et il conduisit à la condamnation de nombreuses ouvertures, ainsi qu’à la destruction, par les propriétaires eux-mêmes, des meneaux qui partageaient certaines fenêtres en quatre, ce qui augmentait substantiellement l’impôt. Étaient aussi construites des fausses-fenêtres, sans ouverture pour échapper à l’impôt, avec parfois des dessins en trompe-l’œil.

Dans le système censitaire de la monarchie de Charles X, le cens était calculé essentiellement sur la foncière, pour favoriser un corps électoral de grands propriétaires. En 1830, peu avant la révolution de juillet, une nouvelle restriction supprime totalement la patente et l’impôt sur les portes et fenêtres du calcul du cens, privant d’accès au vote la bourgeoisie urbaine.

Dans l’entre-deux-guerres, comme il conduisait à une double taxation avec l’impôt sur le foncier bâti, qu’il était d’un faible rapport (60 millions de francs français par an à sa suppression), il faisait l’objet de dispenses pendant 10 ans pour les habitats sociaux (H.B.M) depuis le début du siècle, et sous l’influence des hygiénistes, sa suppression fut obtenue en 1926.

Dominique Ramel, dit Ramel de Nogaret, député de l’Aude et ministre des Finances du Directoire, remet à plat le système fiscal hérité de la Révolution.

Après la « banqueroute des deux tiers », il instaure le 24 novembre 1798 un nouvel impôt sur les portes et fenêtres, qui a l’avantage de pouvoir être établi depuis la rue par les agents du fisc sans contestation possible. Il fait référence à un précédent britannique et mieux encore à l’ostiarum, un impôt créé par Jules César !

Croyant à une mesure temporaire, le gouvernement français réhabilite à cette occasion le nom ancien d’impôt au lieu du nom plus convenable de « contribution » introduit par l’Assemblée Constituante dix ans plus tôt. Dans les faits, le nouvel impôt ne sera aboli que par le Cartel des gauches, en 1926.

Très impopulaire en France comme en Angleterre et dans les pays européens où les armées révolutionnaires vont l’introduire, l’impôt sur les portes et fenêtres a pour effet de réduire le nombre d’ouvertures dans les habitations, au détriment de la santé publique. À Londres, une hausse de cet impôt en 1820 a pour conséquence le développement du rachitisme, aussitôt qualifié de « mal anglais ». Autre conséquence dommageable : les fenêtres à meneaux héritées de la Renaissance sont détruites en masse car, pour les agents du fisc, elles équivalent à quatre fenêtres !

Loi sur l’impôt sur les portes et fenêtres

 

 

Le 24 novembre 1798 (4 frimaire an VII), le gouvernement français créa une sorte d’impôt sur les signes extérieurs de richesse. La décision se présentait ainsi :

Article premier : Il y aura pour l’an VII une contribution réglée de la manière suivante :

Article 2 : Cette contribution est établie sur les portes et fenêtres donnant sur les rues, cours ou jardins des bâtiments et usines, sur tout le territoire de la République, et dans les proportions ci-après.

Article 3 : Les portes et fenêtres, dans les communes au-dessous de cinq mille âmes, payeront 0 fr 20; de cinq à dix mille, 0 fr 25 ; de dix à vingt-cinq mille, 0 fr 30; de vingt-cinq à cinquante mille, 0 fr 40; de cinquante à cent mille, 0 fr 50; de cent mille et au-dessus, 0 fr 60. Les portes-cochères et celles de magasins, de marchands en gros, commissionnaires et courtiers, payeront double contribution.

Article 4 : Dans les communes au-dessus de dix mille âmes, les fenêtres des troisième, quatrième et cinquième étages et au-dessus ne payeront que 0 fr 25.

Article 5 : Ne sont pas soumises à la contribution établie par la présente les portes et fenêtres servant à éclairer ou aérer les granges, bergeries, étables, greniers, caves et autres locaux non destinés à l’habitation des hommes, ainsi que toutes les ouvertures du comble ou toitures des maisons habitées.

Ne sont pas également soumises à ladite contribution les portes et fenêtres des bâtiments employés à un service public civil, militaire ou d’instruction, ou aux hospices.

Néanmoins, si lesdits bâtiments sont occupés en partie par des citoyens auxquels la République ne doit point de logement d’après les lois existantes, lesdits citoyens seront soumis à ladite contribution, à concurrence des parties desdits bâtiments qu’ils occuperont.

Article 6 : Les municipalités seront tenues, dans les dix jours de la réception de la présente loi, de faire, ou de faire faire par des commissaires, l’état des portes et fenêtres sujettes à l’imposition.

Une fenêtre obstruée rue des moulins