Aspects de l’immigration à Aouste 1888-1939

 Aspects de l’immigration à Aouste 1888-1939

 

L’étude des registres des étrangers (décret du 2 octobre 1888), du « Registre spécial mentionnant les visas accordés » et des « Registres d’immatriculation des étrangers » est l’écho à la fois de l’évolution des techniques et des changements politiques nationaux et internationaux. Seuls les travailleurs étrangers sont fichés en mairie : état-civil et nationalité, lieu d’origine ou dernière résidence, situation de famille, métier, document d’identité fourni (généralement la carte d’identité), plus tard les employeurs seront aussi répertoriés. Ces mesures de contrôle renforcent aussi les lois de 1803, créant le « livret ouvrier ».

En 1888, 14 ouvriers sont inscrits au registre, 6 d’origine italienne, 7 d’origine espagnole – leur dernier domicile connu est Cerbère -, 2 d’origine suisse ; leur profession est plâtrier, cordonnier, maçon ou manœuvre pour tous les espagnols qui avaient une « carte d’identité et de circulation ». En 1893, un changement de forme des registres de renseignements est imposé. Les immigrants sont alors cultivateurs, maçons ou plâtriers. En 1895, environ 5% de la population est de nationalité étrangère (Aouste compte 1127 habitants). Trois ans plus tard, on trouve à Aouste un nouveau fabricant de chaises, un cordonnier, une ouvrière en soie. En 1902, vient du canton de Berne, un bachelier en théologie : il sera auxiliaire du pasteur Fallot. En 1903, les Italiens sont taillandiers ou maçons. Rappelons aussi que la réglementation de 1906 (rappelée dans le « livret de travail des enfants ») interdit l’emploi des enfants de moins de 13 ans ; sauf des titulaires du certificat d’études, qui eux peuvent travailler… à partir de 12 ans !

Vers 1913, arrivent des Russes de Varsovie (Pologne russe) comme taillandiers ou rempailleurs de chaises ambulants. Un directeur de papeterie vient d’Italie.

En 1917, la législation sur les travailleurs étrangers change notoirement, le pouvoir des préfets est renforcé. Le « Registre spécial des visas » accordés à partir de 1919, indique une majorité de visas pour les espagnols ; ceux-ci sont des ouvriers des tissages Flachard, de l’usine à chaux Chenu, et un Russe employé quartier de Bellevue (par ailleurs, de nombreux ouvriers sont logés, de façon plus ou moins précaire par leur employeur).

A partir de 1920 la population de nouveaux immigrés augmente avec 22 chefs de famille en 1924, espagnols et italiens.

En 1926 arrivent des Arméniens, des Syriens, des Libanais, des Bulgares, essentiellement des femmes « ouvrières en soie ». La population d’Aouste s’élève, en 1931 à 1419 personnes dont 109 étrangers.

On note, en 1939, une Tchèque chargée de « la surveillance de deux enfants Tchèques réfugiés ».

Les documents traduisent aussi l’évolution des diverses taxes demandées pour l’établissement des cartes d’identités des ressortissants italiens par la préfecture de la Drôme.

On remarque aussi les difficultés de changement de résidence et de changement d’employeurs, difficultés antérieures au décret plus libéral paru au Journal Officiel du 26 novembre 1920. A partir de cette date, la « circulation sera libre sauf dans le cas où la situation politique ou bien celle du marché du travail mettrait le gouvernement dans l’obligation d’interdire certaines régions » (lettre de la préfecture de la Drôme le 16 décembre 1920). Cette liberté est de très courte durée car, en 1925, le préfet de la Drôme veut « réprimer, dans la mesure du possible, les ruptures de contrat auxquelles se livrent les ouvriers étrangers venus dans notre pays grâce à un engagement signé à l’avance ». Certains industriels de la Drôme, comme les moulinages Rey, employaient des « agents recruteurs » dans les pays étrangers, spécialement en Grèce. Or les ouvriers préféraient ensuite travailler en ville où ils étaient mieux payés (1).

 (1) Jean Luc Huart : « Le travail des immigrés dans la Drôme de l’entre deux guerres », Revue Ecarts d’identité, juin 2006

Nota :

1 – Les termes «émigrés, immigrés» ont des emplois différents selon les époques, ainsi, dans les archives communales, un dossier non encore répertorié sur « les guerres européennes 1914-1918 » note, le 9 septembre 1914, la présence de « 19 réfugiés émigrés des Pays envahis : Meurthe et Moselle, Moselle et nord Ardennes ».

 2 – Durant la Seconde Guerre Mondiale, des républicains espagnols fuyant le régime franquiste ont été internés à Crest, certains ont travaillé à Aouste avant d’être déportés en Allemagne. V. Giraudier, J. Sauvageon, H. Mauran, R.Serre : Des indésirables le Groupement des Travailleurs Etrangers de Crest Drôme, p 304 et suivantes, Editions Peuple libre et Notre Temps.

 3 – On pourrait aussi approfondir et actualiser la réflexion grâce à l’ouvrage de Jean Noël Courriol : Les étrangers de l’Europe du Nord Ouest dans le Val de Drôme, Archives Départementales de la Drôme, BH 1418,ANRT 3421. BU 86 GRE 19023.

1942  Groupe de travailleurs espagnols du camp de Crest détachés dans la coupe du bois au secteur du Pas de Lauzens: au second rang, de gauche à droite, Antonio Sanz, X, José Caritg, X.

1942 Des travailleurs espagnols détachés à la coupe du bois au sud d’Aouste sur Sye : debout, vêtu de sombre, José Caritg, à ses pieds Antonio Sanz.

Sources :

archives  communales Aouste :3D1, 3D10, 3D11et 1F3.

– http://www.revues-plurielles.org

A consulter aussi :

  – http://archives.judiciaire.justice.gouv.fr

 – http://barthes.enssib.fr/clio/revues/AHI/pont/html

 – http://www.immigration-90.fr

René Descours