Ces grandes pandémies …

Peste, choléra, grippe espagnole… Ces grandes pandémies
qui ont marqué l’Histoire

 

 

Ayant touché en 1918-1919 entre un tiers et la moitié de la population mondiale, la « grippe espagnole » a tué entre 20, 50, voire 100 millions de personnes, selon les estimations.

 

 

La peste d’Athènes, au Ve siècle avant Jésus-Christ

La peste antonine frappe l’Empire romain

La peste de Justinien affaiblit l’empire romain d’Orient

L’Europe victime de la peste noire au Moyen-Âge

La fièvre jaune sévit à plusieurs reprises

La deuxième pandémie de choléra

La grippe espagnole fait des ravages

La grippe asiatique

La grippe de Hong-Kong

Grippe et moyens de lutter contre ce fléau

 

 

Mais la première pandémie de l’Histoire remonte, elle, au Ve siècle avant Jésus-Christ. Tour d’horizon des grands fléaux sanitaires qui ont frappé l’humanité depuis l’Antiquité, provoquant la mort de millions d’individus.

Une épidémie (du grec epi qui signifie au-dessus, et demos, peuple) est la propagation rapide d’une maladie infectieuse à un grand nombre de personnes, le plus souvent par contagion. Si elle reste contenue dans une zone bien définie du globe, on ne parle pas de pandémie. Concernant les maladies touchant des groupes d’animaux, le terme exact est épizootie. Le mot pandémie (du grec pan, qui signifie tous), lui, s’applique en cas de propagation à la population de tout un continent voire du monde entier. Seule l’OMS peut déclarer une pandémie.

La peste d’Athènes, au Ve siècle avant Jésus-Christ, marque le déclin de l’âge d’or athénien

C’est vraisemblablement la première pandémie répertoriée de l’Histoire. Au Ve siècle avant Jésus-Christ, la civilisation grecque, avec Athènes en tête de proue, est florissante. Entre 430 et 426 ans avant notre ère, une vague de fièvre typhoïde frappe le berceau de la démocratie. Elle aurait emporté un tiers de la population de la cité, qui comptait environ 200 000 habitants.

Rapportée et décrite par Thucydide, la peste d’Athènes aurait touché notamment le grand Périclès. Venue du nord de l’Afrique, d’abord Éthiopie, puis Égypte et Libye, la maladie est apparue à Athènes au moment du siège de la ville par Sparte, lors de la guerre du Péloponnèse. Le fléau marque le début du déclin de l’âge d’or athénien.

La peste antonine frappe l’Empire romain à la fin de l’an 165 ou au début de l’an 166

Il s’agit d’une des premières grandes épidémies bien documentée, et sûrement la première épidémie de variole en Occident. Pendant le règne de Marc-Aurèle, l’Empire romain est en proie à une épidémie redoutable et prolongée, la « peste antonine » ou peste galénique. Elle commence à la fin de l’année 165 ou au début de 166, en Mésopotamie, pendant la campagne parthique de Vérus et gagne Rome en moins d’un an.

La pandémie durera au moins jusqu’à la mort de Marc-Aurèle en 180, et sans doute pendant la première partie du règne de Commode. D’après de récentes estimations, elle aurait considérablement réduit la population romaine, faisant près de 10 millions de morts entre 166 et 189.

La peste de Justinien affaiblit l’empire romain d’Orient, entre les VIe et VIIIe siècles

La peste de Justinien, dite aussi « pestis inguinaria » ou « pestis glandularia » en latin, est la première pandémie connue de peste (les « pestes » précédentes restent incertaines quant à leur nature exacte). Entre les VIe et VIIIe siècle, l’Europe et l’Asie sont en proie à la peste bubonique. La grande puissance du moment est alors l’empire byzantin romain d’Orient avec à sa tête, l’empereur Justinien, l’une des principales figures de l’Antiquité tardive. La pandémie atteint son paroxysme lors de la deuxième partie du VIe siècle. Elle restera cependant présente encore deux cents ans, arrivant par vagues (on en comptera une petite vingtaine). Grégoire de Tours l’appelait la « Maladie des aines », les bubons ayant une propension à se développer sur cette partie de l’anatomie humaine.

Pour certains, cette épidémie est partie d’Égypte. Pour d’autres, elle serait venue d’Asie centrale et aurait été propagée via la Route de la Soie. Quelle que soit son origine exacte, elle a été véhiculée par les premiers échanges commerciaux. Les estimations des victimes varient de 25 à 100 millions de morts. Soit un tiers à la moitié de la population de l’époque. Avec 10 000 morts par jour, Constantinople aurait ainsi perdu, en un été, 40 % de sa population. Au début du fléau, l’Empire romain d’Orient jouissait d’une puissance militaire et économique considérable. Son impact l’affaiblira et l’empêchera de refonder un empire romain unifié.

L’Europe victime de la peste noire au Moyen-Âge, de 1347 à 1353

« La grande peste » du Moyen-Age est restée, en Occident, profondément ancrée dans la mémoire collective. En quelques années, de 1347 à 1353, cette infection bubonique, une bactérie qui se transmet à l’homme via la puce, aurait tué de 25 à 34 millions de personnes dans une Europe en plein essor, démographique, agraire et économique (40 % de la population).

Une fois de plus, les facteurs de propagation sont la guerre puis le commerce. Le foyer serait venu d’Inde ou de Chine. Arrivés sur les bords de la Mer Noire, les cavaliers Mongols auraient amené le bacille avec eux à travers les steppes asiatiques. À Caffa (Théodosie), en Crimée, ils attaquent les Génois, qui ont des comptoirs commerciaux. Constantinople, Messine, Gênes, Venise et en France, Marseille : en un an, les riches cités portuaires du tour du bassin méditerranéens, alors prospères, sont touchées les unes après les autres. C’est à cette époque que fut instaurée la mise en « quarantaine ».

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la peste fera son grand retour et resurgira sur les hauts plateaux chinois. D’Asie, elle se répandra ensuite en Orient, principalement sur le pourtour de la mer Rouge. Les ports seront des cibles de choix, d’où des mises en quarantaine de villes, principalement portuaires, jusqu’au milieu du XXe siècle, comme Marseille en 1902… La dernière en Europe sera mise en place à Ajaccio, en Corse, en 1945.

La fièvre jaune sévit à plusieurs reprises, au XVIIe, XVIIIe et début du XIXe siècle

La fièvre jaune, appelée aussi « vomito negro » (« vomi noir ») ou peste américaine, est une maladie hémorragique virale aiguë transmise par des moustiques infectés. Le terme « jaune » fait référence à la jaunisse présentée par certains patients. Contrairement à l’idée reçue, le mal serait né non pas en Asie (continent qu’il n’a jamais touché), mais dans les régions tropicales des Amériques où une grande épidémie touche le Yucatan au Mexique, en 1648. La fièvre jaune affectera en grand nombre les Européens, mettent un frein à une colonisation qui aurait pu être encore plus rapide.

D’autres vagues suivront à travers le temps. Ainsi à la fin du XVIIIe siècle, la maladie tue 10 % de la population de la ville Philadelphie. En 1821, un bateau parti de Cuba ravage Barcelone, faisant 20 000 morts. Les Français durent souvent faire face à la fièvre jaune qu’ils appelèrent « typhus amaril » quand ils y furent confrontés en Guyane en 1763. Les quelques rescapés de l’épidémie se réfugièrent sur les îles du Diable, devenues pour l’occasion les îles du Salut. La fièvre jaune provoqua également un désastre dans le corps expéditionnaire français envoyé en 1802 à Saint-Domingue pour mater le soulèvement des autochtones conduits par Toussaint Louverture. Selon l’OMS, la fièvre jaune frappe encore à l’heure actuelle, en Amérique du Sud (notamment le Venezuela) et en Afrique subsaharienne (Angola).

La deuxième pandémie de choléra sème la panique en France, en 1832

Vers 1826, le choléra-morbus fait son apparition en Inde, gagne Moscou et la Russie en 1830, y provoquant des émeutes, et de là la Pologne et la Finlande. Ce mal meurtrier et jusque-là inconnu, atteint Berlin en 1831, les îles Britanniques en février 1832 (provoquant également des émeutes) et la France en mars de la même année, semant la panique. À Paris, le premier cas de choléra est attesté le 26 mars 1832. En six mois, l’épidémie de choléra fera plus de 100 000 morts, au premier rang desquels Casimir Périer, le vigilant ministre de l’Intérieur qui avait pris des dispositions de prévention dès la fin 1830.

Arrivée au Québec avec des immigrants irlandais, toujours en 1832, la maladie tue 1 200 personnes à Montréal et 1 000 dans le reste de la province, puis s’étend en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Des passagers la font entrer aux États-Unis par Détroit et New York. La pandémie atteint l’Amérique du Sud en 1833 et perdure jusqu’en 1848, faisant 52 000 victimes en deux ans.

Actuellement, l’OMS estime « à près de 3 millions le nombre de cas et à plus de 95 000 le nombre de décès dus à cette maladie chaque année dans le monde ».

La grippe espagnole fait des ravages, à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918

La pandémie de grippe espagnole, apparue à la fin de la Première guerre mondiale, peut-être dès 1916-1917, aura touché entre un quart et un tiers de la population mondiale. La maladie, responsable de 25 à 100 millions de morts, a marqué l’inconscient collectif au point d’incarner l’essence du fléau épidémique, au même titre que la peste. L’agent infectieux serait né d’une souche humaine et de gènes aviaires. Importée vraisemblablement de Boston par les soldats américains, elle sera surnommée « grippe espagnole » parce que l’Espagne, non concernée par le secret militaire parce que non impliquée dans le conflit mondial, sera la première à la mentionner publiquement.

La pandémie la plus dévastatrice de l’histoire touchera quasiment tout le globe. Malgré un taux de mortalité de « seulement » 2 à 4 %, elle fera des dizaines de millions de morts, dont 165 000 en France. La plupart des victimes mouraient de surinfection bactérienne, qui se déclarait au bout de 4-5 jours et conduisait au décès une dizaine de jours après les premiers symptômes grippaux, en l’absence, à l’époque, d’antibiotiques.

Parmi les victimes célèbres de la terrible maladie, le président américain Woodrow Wilson, le poète français Guillaume Apollinaire et l’écrivain français Edmond Rostand, l’artiste autrichien Egon Scheile ou encore l’économiste et sociologue allemand Marx Weber. Et le grand-père de l’actuel président américain, Donald Trump.

La grippe asiatique : le H2N2 débarque en juin 1956

Un nouveau virus grippal (H2N2) apparaît au Japon et se répand en Asie. Cette pandémie, qui a frappé en deux vagues virulentes, est à l’origine de la mort d’environ 4 millions de personnes. Le virus apparaît dans une province méridionale de la Chine, en février 1957. Il a fallu plusieurs mois avant qu’il n’atteigne l’Amérique (70 000 morts aux Etats-Unis) et l’Europe.

La grippe de Hong-Kong déferle autour du monde de 1968 à 1970

La souche de la grippe asiatique a malheureusement évolué provoquant une nouvelle pandémie meurtrière : la grippe de Hong Kong. Le virus H3N2 se déclare à Hong-Kong. Il traverse d’abord l’Asie puis, fin 68, les États-Unis, et déferle sur l’Europe fin 69, tuant cette fois autour du monde environ million de personnes, selon le bilan de l’OMS. Considérée comme la première pandémie de l’ère moderne, la maladie suscite une forte mobilisation internationale, coordonnée par l’OMS. Dès novembre 1968 des vaccins efficaces sont mis au point.

Source 🙁 Source : Ouest France)

 

 

Grippe et moyens de lutter contre ce fléau

(D’après « Le Petit Journal illustré » paru en 1935)

Loin d’être une maladie moderne, la grippe, sévissant sur les pauvres humains depuis des siècles, reçut toutes sortes de noms plus ou moins euphoniques, et fut un temps combattue en vain par la célèbre thériaque, préparation médicinale comprenant une soixantaine de composés

Les appellations qui au cours des âges furent données à la grippe sont nombreuses. On l’appela successivement tac, horion, dando, grippette, baraquette, petite peste, petit courrier, follette, coquette, grenade, cocote, influenza… sans compter les noms latins que lui donnaient messieurs les médecins : catarrhus febrilis, febris catarrhosa, catarrhus epidemicus, etc. Et tout cela c’était toujours la grippe.

Décrite voici 2400 ans par Hippocrate, cette maudite affection fit semble-t-il son entrée à Paris il y a tout près de sept cents ans. La première mention qu’en fassent les chroniques date de l’année 1239. Le mois de décembre avait été pluvieux et doux, la Seine avait donné beaucoup de brouillard. Tout le monde allait toussant et éternuant par la ville. La maladie faisait tant de ravages que les médecins ne suffisaient pas à la soigner.

Il y avait pourtant alors, dans la capitale, une trentaine de « mires » et huit « miresses ». Car la profession médicale était déjà ouverte aux femmes en ce temps-là. Mais les doctoresses étaient non moins impuissantes que les docteurs à préserver les Parisiens des rigueurs de l’épidémie.

À cette époque, il semble bien que la, grippe n’avait pas de nom. C’est au début du XVe siècle qu’on l’appelle tac ou horion. En 1404, chose curieuse, l’épidémie éclate au printemps. Me Nicolas de Baye, greffier au Parlement, écrit dans son journal qu’à la tin d’avril presque tous les membres du Parlement étaient enrhumés et avaient la fièvre. On toussait tellement que le pauvre greffier se trouvait dans l’impossibilité « d’enregistrer au vrai ».

Dix ans plus tard, nouvelle épidémie de tac. « Le lundi 5 mars, écrit encore Nicolas de Baye, n’a pas esté plaidoyé, ne n’avait aulcun advocat ni procureur, ni parties, par le palais, pour une moulte griève maladie qui généralement couroit Paris, par laquelle la teste et tous les membres doloient et souffroient de moult fort rhume… »

L’épidémie semble avoir été, cette année-là, particulièrement grave. Les audiences du Parlement et du Châtelet furent suspendues ; le clergé dut cesser la célébration des messes chantées. Le Journal d’un bourgeois de Paris rapporte que, pour conjurer le fléau, le chapitre de Notre-Dame ordonna une procession générale.

Bien d’autres épidémies marquèrent dans l’histoire du passé : il y en eut de plus ou moins graves an cours des XVe et XVIe siècles. C’était bien la grippe. Cela commençait généralement par un rhume de cerveau. « Les narines, dit un malade, distilloient sans cesse comme une fontaine. » Et puis on grelottait de fièvre, on éprouvait une grande lassitude dans tous les membres. On avait mal à la tête, et chaque quinte de toux vous faisait dans la poitrine un déchirement.. Tous les mets, prenaient un goût amer. On ne mangeait plus, on ne buvait plus, on ne dormait plus.

Mais les médecins, du moins, n’étaient plus pris au dépourvu comme à l’époque des premières manifestations du tac. Ils avaient des médicaments, un médicament surtout, la thériaque, qui devait rester, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, le remède classique contre la grippe.

Or, la thériaque était l’un des médicaments les plus compliqués en ce temps où l’on trouvait dans la pharmacopée les compositions les plus invraisemblables. Elle ne comprenait pas moins d’une soixantaine de substances différentes, parmi lesquelles figuraient le gingembre, la racine d’aristoloche, le poivre noir, le dictame de Crète, les fruits du persil, l’opium officinal, la mie de pain desséchée, l’oblan, le bitume de Judée, l’opopanax, la myrrhe, l’encens, sans compter une foule de produits tirés des animaux comme du cœur de vipère desséché et des rognons de castor.

Quand on avait pilé ensemble ces ingrédients variés, on passait au tamis la poudre obtenue et on la mélangeait à de la térébenthine. Puis on y ajoutait du vin de grenache et du miel blanc. On formait ainsi une pâte. Mais cette pâte n’était pas employée immédiatement. On la laissait reposer quelques mois, après quoi on la reprenait et on la triturait de nouveau dans un mortier. Alors seulement elle était propre à guérir les pauvres gens atteints de la grippe. Et on la leur prescrivait indifféremment en cataplasmes pour l’usage externe, et en pilules pour l’usage interne. Dix, vingt pilules par jour, suivant la gravité de la maladie. Nos aïeux, pour digérer cette mixture, devaient avoir de fameux estomacs.

Cependant, en dépit de la thériaque, l’épidémie continuait à multiplier ses visites à Paris. Au XVIIe siècle, maints auteurs de Mémoires parlent des ravages que ce rhume obstiné fait par la ville. En 1676. un étranger de passage à Paris au cœur de l’hiver en est incommodé. « Ce mal est si général, dit-il, qu’on l’appelle le mal à la mode. » Ainsi l’épidémie n’a pas encore, à cette époque, acquis le nom qui doit lui rester. Ce n’est qu’un siècle plus tard, en 1776 exactement, qu’elle reçut le nom de « grippe ».

Cette année-là, elle fut d’une singulière violence. C’est parce que la maladie se déclarait subitement, avec l’aspect d’un mal qui vous frappe au passage, qui vous « agrippe » qu’on lui donna le nom de « grippe ». Les médecins ne savaient où donner de la lancette — on saignait beaucoup à cette époque —, et en vain ordonnaient-ils la -classique thériaque, en vain abreuvaient-ils leurs malades des sirops les plus variés, le mal ne cédait pas.

C’est un changement de temps qui triompha de la maladie. Le froid arriva tout à coup. Il gela à dix degrés au-dessous de zéro, la Seine fut prise, et la grippe disparut brusquement comme elle était venue. Chose curieuse, l’épidémie n’avait pas altéré la bonne humeur de Paris. On chansonna la grippe sur tous les tons. Il se trouva même un auteur facétieux pour la mettre en vaudeville. Cet auteur soutenait cette thèse, pour le moins originale, que la grippe n’était pas du tout causée par le mauvais air, mais bien plutôt par les mauvais auteurs dont les pièces attaquaient le cerveau et y causaient des migraines et des rhumes.

C’est à cette époque qu’on s’avisa de donner à la maladie toutes sortes de petits noms de fantaisie, qu’on l’appela la « coquette » ou la « grenade », la « baraquette » ou la « follette ». Le Journal de médecine, de chirurgie et de pharmacie de 1780 s’insurge contre cette manie de donner à la grippe des noms « qu’on croit plaisants, mais qui ne sont que ridicules, et qui, au lieu de désigner la maladie, en éloignent jusqu’à l’idée ». Quant au nom d’ « influenza », il fut appliqué pour la première fois à la grippe en Italie, lors d’une épidémie très violente qui eut lieu en 1775.

On a essayé de découvrir, si l’on peut dire, la patrie primitive de ces sortes d’épidémies. D’où vient la grippe ? Elle naît tantôt sur un point de l’Europe, tantôt sur un autre. Parfois, elle apparaît en même temps dans des régions fort éloignées les unes des autres. Les vieilles chroniques signalent notamment que la grande épidémie de 1580 éclata à la fois en Hollande et en Espagne. Elle fit périr neuf mille personnes rien qu’à Rome, et dépeupla plusieurs contrées de l’Europe. Mais il est possible que cette grippe ait été plutôt une de ces contagions pestilentielles contre lesquelles nos aïeux étaient totalement désarmés. Ces sortes d’épidémies faisaient de tels ravages, tuaient tant de monde que, souvent, dans les villes, les cercueils manquaient et que l’on devait creuser de grandes fosses où l’on jetait les victimes par douzaines.

Une série d’enquêtes sur la grippe à travers les âges, menée par un médecin, montra qu’en général la marche des épidémies allait du nord vers le midi et de l’est vers l’ouest. C’est le cas de toutes les épidémies de grippe du XVIIIe siècle qui, nées soit en Russie, en Pologne ou en Saxe, gagnèrent l’Allemagne, la Suisse, la Hollande, puis l’Angleterre, la France, l’Espagne et l’Italie. La grande contagion de 1837 avait commencé en Suède et au Danemark. De là, elle envahit Londres, puis Paris.

C’était une rude tâche que celle d’un médecin aux époques où régnaient les épidémies.. Aussi, les praticiens, dès le XVIIesiècle, avaient-ils imaginé certaines précautions de nature à les préserver des contagions. Ils s’enfermaient la tête dans une sorte de cagoule avec de petites fenêtres rondes en cristal à l’endroit des yeux et un long nez, en forme de bec d’oiseau, dont la cavité était remplie de parfums. De cette façon, l’air extérieur n’arrivait à l’odorat qu’imprégné de la senteur des drogues enfermées dans ce bec.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.