Engagement d’un professeur par le recteur des écoles de Crest le 2 octobre 1515

 

Engagement d’un professeur par le recteur des écoles de Crest le 2 octobre 1515

 

 

Communication de M. Brun-Durand. Extrait Comité des travaux historiques et scientifiques (France). Bulletin du Comité des travaux historiques et scientifiques. Section d’histoire et de philologie. 1892.

L’acte que voici est un document d’un incontestable intérêt, pour l’histoire de l’instruction publique, dans la France en général, aussi bien que pour l’histoire locale ; car indépendamment de ce qu’il permet de se faire une idée de l’importance et de la tendance de l’enseignement pédagogique en France, dans les commencements du XVIe siècle, il nous renseigne, d’une manière utiles sur les obligations et les profits de certains professeurs à cette époque. Il résulte en effet de cet acte que la ville de Crest (1),dont la population ne devait pas être, alors, de plus de trois mille âmes, avait dès 1515, une sorte d’école supérieure ou de collège, dans lequel on s’exerçait tout particulièrement à lire et à commenter les poètes, tous les poètes, — omnes poetoe—y est-il dit, ce qui ne doit vraisemblablement s’entendre que des poètes latins et grecs. Puis, que le directeur de celte école, qui était en même temps son principal et peut-être son seul professeur, était appelé le recteur des écoles de Crest, —Rector.scolarum Criste,— ce qui implique l’existence de plusieurs écoles dans cette ville, et enfin, qu’à la date susdite, cette charge était occupée par le chanoine François Millon M, maître et régent es arts et. bachelier en théologie, qui, ne pouvant suffire à sa , tâché, prit alors, pour le seconder, et, au besoin, le suppléer, comme professeur, un religieux bénédictin ayant lé nom de frère Patient et le titre de. maître d’écoles, — magister scolarum.

Il est dit encore dans cet acte, qui est tout simplement le traité que firent, à cet effet, lesdits chanoine Millon et frère. Patient, que celui-ci devait être complètement aux ordres de l’autre, pour tout ce qui regardait les cours et leçons à faire et, notamment, n’interpréter en classe que des auteurs acceptés par lui; qu’il devait faire toujours son cours d’une manière sérieuse et convenable, même le mâtin des jours fériés et, de plus, faire celui de Millon, en s’inspirant de son esprit, toutes les fois que ce dernier serait absent, malade ou retenu ailleurs par d’autres occupations; enfin, que tout en ne négligeant rien de ce qui pouvait être utile ou avantageux pour les écoliers, il devait toujours se conduire de façon à laisser audit recteur Million l’honneur et le bénéfice des résultats obtenus dans cette école. En retour de quoi, Millon promit audit frère Patient un traitement annuel de quatre vingt florins, petite monnaie (3),par an, à charge par ce dernier, de percevoir lui-même, jusqu’à concurrence de cette somme, la rétribution scolaire d’un certain nombre d’élèves, qui lui seraient spécialement attribués pour cela, et, qui devraient être Crestois ou tout au moins dès diocèses de Valence ou de Die, sans être parents ni amis du Recteur, afin qu’il lui fût facile de les poursuivre, advenant qu’ils ne payassent pas. Étant dit, en outre, que ledit frère Patient ne serait payé que pour le temps pendant lequel il aurait servi, s’il advenait que l’école dut être licenciée pour cause de guerre, de peste ou tout autre, et qu’il pourrait être congédié, sans indemnité, à toute époque de l’année, s’il manquait à ses engagements, comme aussi Millon devrait-il lui procurer un emploi équivalent, s’il: le congédiait sans bonnes; et plausibles raisons.

Ajoutons que cette école, que l’on appelait généralement « la grande escole », ne dépendait pas du chapitre de Crest (4); comme on pourrait le croire, mais bien de la ville, et qu’elle lût vraisemblablement fondée à la suite de la donation que la confrérie du Saint-Esprit fit aux consuls et communauté de Crest, lé 17janvier 1510, d’une maison en la rue de Rochefort « propre à tenir l’escole et estimée six-vingts florins » (5).Que cette maison, pour laquelle les consuls de Crest reconnaissaient devoir au prince de Monaco, seigneur du lieu. Une censé annuelle de « dix sols », le 30 avril 165I (6), est celle qu’occupe actuellement une école laïque de , filles, après avoir servi, cent trente-cinq ans durant, pour une école congréganiste de garçons, et à l’angle de laquelle se voient, sculptées au-dessous d’une niche de la Sainte-Vierge, les armoiries de la ville de Crest avec, la date 1530.Finalement que l’école dirigée par le chanoine François Millon en 1515 avait cent et quelques années plus tard, à sa tête, « messire Jean de Bossey, prébstre habitué de l’église Saint-Sauveur », qui se qualifiait « régent du collège de Crest » en 1618 et. «régent de partie des enfants de Crest » en 1621 (7).

Pacta venerabilium dominorum magistrorum Francisci Millonis et fratris Patientis.

Anno quo supra (millesimo quingentesimo decimo quinto), et die secunda mensis octobris, coram me notario, etc. perspoaliter constituti,

Notes

(1) Chef-lieu de canton de l’arrondissement de Die, ayant actuellement une population d’environ 5.400 âmes.

(2) Deuxième fils d’Etienne Millon, marchand, de Crest, qui testa le 23 mars 1499, léguant à l’église Saint-Sauveur de Crest, dans laquelle était le tombeau ;de sa famille, une rente annuelle d’un florin.

(3) Environ 65ofrancs de nos jours.(en 1892)

(4) Antérieurement à 1790, l’église de Crest, sous le vocable de Saint Sauveur, était en même temps que paroissiale,:le siège d’une collégiale ou chapitre composé d’un prévôt, d’un chantre et de huit chanoines, y compris le curé. Fondé en 1277,par l’évêque Amédée de Roussillon, lors de la réunion des deux évêchés de Valence et de Die, pour servir comme de trait d’union entre le clergé des deux diocèses, ce chapitre avait été réorganisé en 1467.

(5) Inventaire des archives de la Chambre des comptes du Dauphine, v° Crest.

(6)Terrier de Crest.

(7) Actes reçus par Vallantin, notaire à Crest, dont les minutes sont en l’étude de Me Bauthéac.