Escoulin, la Gervanne et la Drôme

Escoulin, la Gervanne et la Drôme

 

Notre histoire, notre géographie, notre culture et toutes nos traditions demeurent à tout jamais au cœur des « ancêtres » qui comme moi, à 80 ans révolus éprouve un indéfinissable vertige lorsque l’esprit en mal de vagabondage s’évade, impalpable, là haut, côtoyer les constellations scintillantes.

On distingue alors une terre attachante, rayonnante de verdure et striée de lignes bleu-ciel au parcours tremblé, comme l’eut dessiné un enfant aux doigts hésitants. Peu à peu la maîtrise prenait corps et ces lignes bleues cernées de vert furent nos cours d’eau.

Le Génie naissant finissait son modelage.

Il en a peut-être été ainsi allons savoir !

Notre Drôme renferme les plus beaux trésors de la Terre avec ses plaines nourricières, ses sites tourmentés, et ses gorges insondables, éternelles rides sur un visage émacié par bien des millions d’années.

Tant que mes facultés physiques me permettront d’évoluer sur les falaises et dans les prés en fleurs, j’aurai l’impression de vivre une part de leur éternité.

La Drôme est tout un ensemble d’assemblages de contrées, de reliefs, de plateaux, de plaines englobant l’Escoulin et sa Sépie et sa Gervanne, Sa diversité est incomparable. J’ai eu le grand privilège de planer sur tout cet assortiment, mon petit avion, les ailes légères, docilement suivait les plus beaux panoramas de la planète et lorsque celui ci faisait une escapade de l’autre côté du Grand Rhône, alors disparaissait une partie de l’envoûtement issu de notre Vercors infalsifiable.

Peut-être qu’un chauvinisme indécent m’habite face à nos autres voisins qui comme nous sont partie prenante du sol de notre belle France, je suis persuadé du pardon généralisé de tous les lecteurs, car celui qui n’est pas amoureux et respectueux de ses racines est insensible à toute forme de sentiment.

Les médias et la presse ont placé notre voisine Ardèche au premier plan de leur préoccupation promotionnelle. Il est fréquent que des colonnes entières soient consacrées aux mérites cévenols en tout genre allant du tourisme a tout vents et eaux en passant par toutes les qualités gustatives des produits de leur terroir, le tout dominé par l’esprit inventif d’une population particulièrement innovante dans tous les domaines. Bien sûr quelques équivalences sont parfois censées assurer une réciprocité équitable, mais le territoire Drômois offre une telle variété de sujets que des secteurs sont totalement et irrémédiablement oubliés.

Il y a les Gorges de l’Ardèche cela va de soi, mais nous avons nos gorges de la Bourne, les Grands Goulets, Font d’Urle, etc.… Qui peut nier l’immense attraction de pareils sites avec tous les mystères qui s’y rattachent. Bien sûr le Nyonsais avec ses oliveraies retient une certaine attention médiatique, mais la réplique arrive très vite avec les nouvelles productions du Sud Ardèche remises à jour par d’astucieux producteurs plus ou moins bio et avides, cela va de soi d’une grande part de marché. Ici en Gervanne et dans nos campagnes alentours nous avons un picodon de tradition (voir « Le picodon de ma mère »). Mais l’Ardèche offensive, s’évertue à la reproduction de ce « caprice des Dieux ». Les fameuses Caillettes de Chabeuil (les nôtres également que nous dégustons au tuage du cochon), deviennent fatalement l’apanage des charcuteries ardéchoises.

Nos vignobles dispensent des vins réputés, mais il est très souvent fait état de la grande clairvoyance des vignerons ardéchois désirant eux aussi entrer dans le domaine des Grands Crus. Nous ne pouvons que les féliciter de leurs aptitudes à s’attacher les moyens de communication que l’on met généreusement à leur portée.

Nous avons de superbes ruisseaux et rivières, la Drôme, la Gervanne, une partie de la rivière Isère, la Bourne en mitoyenneté avec le département Isère et d’autres encore. Faut-il penser que la promotion et la mise en valeur de ces beaux sites naturels entacheraient celle de la rivière Ardèche ou du ruisseau du Doux pour qui leurs mérites sont diffusés dans toute l’Europe et que nous magnanimes, en bons voisins ne désirons pas écorner. Nous avons de belles stations de ski et Lus la Croix Haute avec sa Jarjatte , cette enclave dans les Hautes Alpes, accessible par la magnifique ligne de chemin de fer Grenoble Gap ne fait jamais la une des journaux. Par contre, dès les premiers flocons à La Croix de Bauzon, en Ardèche, le déchaînement médiatique est à son comble.

La liste n’est pas exhaustive. Il y a l’Ardéchoise aux 11000 participants, les Rallyes de Monte-Carlo et j’en passe ! Je pense que l’imagination Drômoise dans tous les domaines n’est pas moins fertile que celle de nos voisins et que le niveau de perspicacité est égal d’une rive à une autre du Fleuve Dieu le Rhône. Mais il me paraît que les chantres de tous bords glorifient sans contre partie le terroir cévenol. Qu’une telle auréole s’étale sur une portion de notre planète, j’en suis tout de même fier pour notre Douce France.Hélas les châtaignes nous font cruellement défaut. Quelques petites noix rétablissent un faible équilibre.

Il est à noter cependant que notre patrimoine est encore et de loin le plus honoré pour sa grande contribution à ce que notre France reste à jamais la plus « douce », grâce à l’immolation de milliers de ses défenseurs au moment où encore le patriotisme avait une valeur viscérale dans le cœur et le sang des humbles de chez nous.

Peut-être que mon amertume a trouvé en cet article un exutoire. Je ne crois pas que quiconque puisse reprocher l’attachement d’un terrien à son pays et de le magnifier lorsque l’occasion lui en est donnée.

Un ferme espoir cependant subsiste et nul ne peux en douter : celui d’entendre un jour un barde venu du fond des âges clamer les vertus des Dieux en accompagnant Hannibal sur notre terre ancestrale jusqu’ aux confins du Carthage qui l’a enfanté. Là notre revanche éclatera comme une pluie d’étoiles, rien que pour nous.

Gaston Emery

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