Jean Schlochow

Jean Schlochow

 

Elisabeth CHAUDET-SCHLOCHOW a rassemblé quelques souvenirs destinés au bulletin de notre Amicale, complétés à l’aide des archives de Gallia par Jacques Dieu.

Elisabeth C-S :  » Le capitaine SCHLOCHOW Jean, né le 3 septembre 1898 à Colmar (Haut Rhin). Quatrième enfant – il y en aura 6 – de Max SCHLOCHOW, professeur de musique, de religion protestante et organiste et de Lina BOTT, fille de pasteur. La famille SCHLOCHOW parle le français malgré l’interdiction qui est faite par les Allemands, l’Alsace étant alors annexée par la Prusse. Mon père apprendra l’allemand, à 6 ans.

Avec ses camarades alsaciens, il tente de saboter les obus tirés vers les troupes françaises, mais c’est bien sûr très risqué. Il obtient une permission pour passer le Habitur, équivalent du baccalauréat.

Incorporé dans l’armée allemande le 14 juillet 1917 à 19 ans, il y terminera la Première guerre mondiale.

En 1919, marqué par la guerre, il ne peut reprendre des études – il avait rêvé d’être médecin – et part pour Paris, où il travaille chez un ami importateur de café.

Le 8 septembre 1927, il épouse Jeanne-Leïla JUNG, née le 9 mars 1901 à Hanoï (Indochine), où son père Eugène JUNG était vice résident de France.

En 1937, ma famille revient habiter Paris. Mon père travaille dans les assurances.
En 1938, SCHLOCHOW Jean est replié volontaire à Aouste sur Sye avec sa famille. Il travaille à une usine de papeterie où il assure la direction commerciale, ma mère est secrétaire dans la même usine. Il déteste les Allemands et ne veut pas retomber sous leur coupe. 

Il s’engage en 1939 comme soldat de 2ème classe.

Il fera la « drôle de guerre » dans la Somme et en Alsace. Quand il revient, il a perdu son emploi, ma mère également. Elle est devenue secrétaire à la mairie d’Aouste sur Sye. « 

Il refuse un poste d’inspecteur du Travail parce qu’il ne veut pas travailler pour le gouvernement de Vichy. Il devient chef de chantier dans l’entreprise Aubert pour la reconstruction du pont de Crest. Là, il prend le poste de nuit et s’arrange pour voler facilement des explosifs dont il a la garde : « Cela pourra toujours servir».

Le 14 juillet 1940, il habille ses 2 fillettes en Alsaciennes au monument aux morts d’Aouste.
Il pense « qu’il y a sûrement des gens qui font quelques chose » jusqu’au jour où il trouve glissé sous sa porte un exemplaire du journal COMBAT. Il pense qu’il faut alors contacter le mouvement et s’y intégrer. Il réfléchit la nuit et décide fermement avec sa femme que désormais s’il y a conflit entre la Résistance et sa famille, c’est toujours la Résistance qui l’emportera.

Elisabeth C-S :  » Je me souviens avoir vu, à cette époque, les premiers journaux clandestins sur la table de la cuisine. Ma mère, à la mairie d’Aouste, fournira par la suite à des réfractaires au STO (Service du Travail Obligatoire) et à des Juifs de fausses cartes d’alimentation. Des « clandestins » viendront également séjourner chez nous, des Juifs, un radio polonais, un colonel Irlandais et autres réfugiés. Ma sœur et moi, avons toujours été au courant des activités résistantes de nos parents. Nous savions tous les noms d’emprunt, les adresses des « boîtes aux lettres », « les noms des amis résistants ». Nous savions que nous devions en parler à personne. C’était certainement imprudent de la part de nos parents, mais je suis heureuse d’avoir partagé tout cela avec eux. Nous avons même distribué des journaux clandestins, je crois que c’était COMBAT, dans notre quartier. Il faut dire que c’était en pleine campagne et que nous ne risquions pas grand-chose ! « 

A Lyon, supposé être un grand centre de résistance, il prend contact avec un ami alsacien, André BRAUN, devenu Président de la Croix Rouge canadienne ; il lui montre le numéro de COMBAT. Son ami prétend n’en rien savoir mais lui propose un rendez-vous pour le soir même dans un café du centre-ville. Là, le soir même, il est mis en relation avec BATESTI, adjoint de Henri FRENAY. Entretien d’où il sort avec la mission d’organiser « COMBAT » dans le Diois, c’était le 18 octobre 1941.

Dans le DIOIS (Drôme), il diffuse le Journal « COMBAT », organise des groupes de propagande et de distribution de journaux. Il perçoit en automne 1942, beaucoup d’attentisme mais tient à ce que dans les usines, il y ait tous les matins un exemplaire du journal à tous les postes de travail.
Il apprend qu’on manque cruellement de munitions dans la région grenobloise où il y a eu des parachutages de mitraillettes sans munitions : il faut donc trouver des munitions de 7,35 long. Il va trouver le colonel X. directeur de la Poudrerie de Valence – qui consent à lui en livrer à condition qu’il vienne en personne, à l‘heure donnée, devant un petit portillon qui s’ouvrira à ce moment-là et qui se refermera aussitôt après le chargement effectué.

En fait, la livraison est retardée par son arrestation au retour de Valence, Jean SCHLOCHOW se fait arrêter à Saillans. C’est le brigadier-chef MOLLE qui l’arrête à bicyclette, ayant subodoré quelque chose de louche dans ses allées et venues. Il a agi de son propre chef ; on la su et vérifié par la suite. Ce brigadier-chef zélé fouille et trouve sur lui un document sur la diffusion de la presse clandestine, un décompte codé des journaux à distribuer :

– DE 60 – BX 40 etc.

Ce qui veut dire : 60 ex. pour DIE ; 40 ex. pour BOURDEAUX

Il est mis en prison pendant 2 jours dans des conditions répugnantes de saleté. SCHLOCHOW Jean arrive, avant son transfert (sous prétexte de rechercher dans le bureau des objets de toilette que sa femme lui a apportés) à piquer dans son portefeuille mis sur une étagère, la carte de visite d’un polonais qui aurait pu mettre sur la piste d’un réseau polonais de Nice. Il l’avale et la mâche avec difficulté.

Le 17 octobre, il est transféré par la gendarmerie à la maison d’arrêt de Valence.
Il prend pour avocat son ami Maître CAHEN, juif alsacien et père de famille nombreuse. Celui-ci lui conseille de changer d’avocat parce qu’il n’a pas l’oreille du Tribunal.

Il ressent de nouveau sa fibre religieuse et appelle non l’aumônier des prisons mais le pasteur d’Aouste (ou Crest) Roger CHAPAL. Entretien sans témoin. Le pasteur Roger CHAPAL pourra avertir à temps les agents du réseau. L’enquête faite auprès des gens aboutira à des témoignages négatifs à Saillans, Vercheny etc…:

« SCHLOCHOW ne s’occupe pas de politique, il recrute seulement des ouvriers pour son pont, il vient se faire rembourser l’argent prêté etc… (enquête de la police mobile).

Son transfert à la prison de Montluc à Lyon est envisagé.

Entre temps, les troupes allemandes envahissent la Zone Sud, le 11 novembre 1942.

Maître CAHEN entreprend des démarches auprès du Procureur pendant 2 jours. Il lui dit que SCHLOCHOW Jean a des amis puissants qui peuvent revenir en place, qu’à la moindre vétille à Valence, SCHLOCHOW Jean sera le 1er fusillé comme otage par les Allemands ; que le procureur sera ce jour-là comptable de sa vie devant les Alliées etc… Le Procureur a sûrement peur durant ces évènements bien incertains. Il ordonne un non-lieu après un fragrant délit ce qui est un modèle du genre…

Le 14 décembre 1942, SCHLOCHOW Jean est libéré.

Il apprend que le gardien-chef qui ne lui avait témoigné aucune sympathie visible avait fait deux choses pour lui :

– dès l’arrivée des Allemands à Valence, il avait écrit comme motif « escroquerie » à côté de son nom sur le tableau des détenus à la place de « menées antinationales » pour éviter qu’il ne soit otage éventuel.

– au départ, il ne signalera la levée d’écrou au préfet qu’avec 2 jours de retard pour lui permettre de prendre du champ avant que le Préfet ne le fasse pister à nouveau.


Elisabeth C-S :  » Nous avions pu le voir une fois pendant son incarcération, et c’est un souvenir qui ne m’a jamais quittée.

C’est donc fin 1942, que mon père est arrivé à Grenoble, sous le nom de Jean-Marie BOULARD, puis du Docteur BARD.

Il y rencontre CHAVANT et CHEVALLET et fonde l’échelon local des M.U.R. ( Mouvement Unis de la Résistance). Les contacts, comme relaté dans les ouvrages sur la Résistance à Grenoble, ont lieu sur un banc du jardin public, seul endroit à peu près sûr. Il a fait entrer dans la Résistance le Commandant NAL Louis, haute figure grenobloise ; il a été jusqu’à cacher des armes sous l’estrade du tribunal. « 

Jean SCHLOCHOW part, pour raison de sécurité, pour un court séjour en Corrèze chez des parents « repliés ».

« Brûlé » dans le DIOIS, il demande à partir à Londres mais COMBAT lui fait valoir « qu’il y a à Londres beaucoup de gens inemployés et qu’il vaut mieux rester en France ».

Il est envoyé à Grenoble par COMBAT sous l’identité du Docteur BARD (assez imprudent, vu restrospectivement, car le DIOIS n’est pas loin de l’Isère).

Jean SCHLOCHOW a plusieurs identités :

– à la Poste restante de Grenoble, il utilise une carte d’identité au nom de Jean-Pierre LEVEL de même que pour sa carte de mutilé à 75% qui lui permet de voyager à bon marché,
– Docteur BARD pour COMBAT.

Il est accueilli à la gare par BISTESI – chef départemental de COMBAT – qui est reconnaissable à sa grande cape, ses cheveux blancs et les lunettes qu’il porte toujours au bout du nez. Hébergé à Saint Martin-le-Vinoux, chez le pasteur AIGER (absent), il mange chez les BISTESI à côté et grelotte chez AIGER où Mme BISTESI lui apporte des bouillotes.
Il est chargé du « ROP », mais les secteurs étant peu cloisonnés, il s’occupera alors du NAP (Noyautage des Administrations Publiques), agent homologué d’un réseau de renseignements et d’évasion des Forces françaises combattantes à compter du 1 octobre 1942 :

– Par ce Nap, il est en contact avec le chef de bureau du préfet de l’Isère qui lui donne enveloppes et papier à en tête de la Préfecture et même le cachet authentique de la Préfecture bien utile et lui transmet le rapport mensuel du Préfet à Vichy sur l’état de l’opinion publique, 24 heures avant de l’envoyer à Vichy. (Il est arrivé qu’il soit lu à la B.B.C. de Londres avant que Vichy ne l’ait reçu).

– Contacts avec la Police : l’alsacien ANQUE assura ses nombreuses liaisons. Pris par les Allemands, il s’échappera en chemise de l’hôpital militaire. (Il deviendra chef de dénazification à Hanovre, en zone britannique pour le compte de l’armée française et arrêtera plus de 800 nazis).
– Ses deux meilleurs agents de liaison seront 2 gardes républicains qui mettent les plis à porter dans leur sacoche.


Elisabeth C-S : « En 1943,ma mère est atteinte d’une pneumonie. Mon père est revenu dans la Drôme pour la soigner et s’occuper de ma sœur et de moi. Nous habitions une vieille maison isolée, sans confort et nous n’avions que nos vélos comme moyen de transport. C’est à ce moment-là qu’à eu lieu ce qu’on a appelé « la Saint –Barthélémy grenobloise ». Une grande partie du réseau a disparu. Je revois mon père pleurant en apprenant le suicide, en prison, de son ami le Docteur VALOIS, qui craignait de parler au cours d’un interrogatoire. Ne pouvant retourner à Grenoble, mon père a été envoyé à Limoges, puis à Niort. Il a été alors nommé par le B.C.R.A. à Londres, chef de la région Ouest du réseau GALLIA. Son pseudonyme devient LYONNET. « 

SCHLOCHOW quitte COMBAT car trop « politisé » et entre au réseau GALLIA en mars 1943, en qualité de chef de mission de 1ère classe avec le grade de capitaine. Il dépend du colonel LANOYERIE, son chef d’état-major et travaille sur le secteur GROLY : Grenoble-Lyon. Il fait surtout du renseignement, cependant, il n’y a pas de cloisonnement au début avec COMBAT puisque le Commandant NAL Louis est à COMBAT puis à GALLIA également (immatriculation G 464).

Lorsque le commandant BLUM Claude et le colonel LANOYERIE sont arrêtés, SCHLOCHOW Jean est muté pour l’Ouest.

Le capitaine SCHLOCHOW arrive à NIORT. Il parle allemand et se fond dans la société niortaise. Protestant, il joue de l’orgue au Temple, y noue des relations. C’est ainsi qu’il entre en contact avec Pierre CHANTELAUZE, un photographe de la rue Saint-Gelais. Cet homme est précieux pour la Résistance. C’est à lui que l’on fait appel pour la fabrication des faux papiers. Il paiera d’ailleurs sa bravoure au prix fort : dénoncé, il sera arrêté et déporté. Le photographe présente le capitaine SCHLOCHOW à Pierre BRUNETEAU, pharmacien du bas de l’avenue de Paris, en effet il cherche à reconstituer la région Ouest du réseau GALLIA. Il lui faut un lieu pour transmettre ses informations par radio et des gens sûrs. Le pharmacien songe à son cousin, un certain SAUVAGET qui travaille au bureau des entrées de l’hôpital de Niort. C’est lui qui présente hélène FAURIAT au capitaine SCHLOCHOW. Hélène , secrétaire à l’hôpital et son mari Marcel acceptent de l’héberger chez eux au 35 rue de la Saint-Symphorien et ils intègrent le réseau GALLIA.

Marcel FAURIAT est devenu l’agent de renseignement 54203 pseudo Manet et sa femme Hélène 54204. lls obtiennent l’accord du directeur du Cadastre, alors implanté avenue de Limoges, pour installer le PC régional dans ses caves. Hélène tape les rapports que le capitaine transmet ensuite par radio à Londres. Jamais plus de trois minutes d’émission pour ne pas éveiller les oreilles allemandes.

Le réseau GALLIA couvre plusieurs départements ainsi que la côte atlantique de l’embouchure de la Garonne au nord de Nantes. A Poitiers, un agent du réseau GALLIA est malheureusement arrêté par la Gestapo. Chez lui, les Allemands découvrent des informations qui vont beaucoup les intéresser…. Le 31 mai 1944, la Gestapo arrête Marcel FAURIAT et Hélène, HAYMARD et par la suite bien d’autres qui seront déportés…

Les Deux-Sèvres : Dans la région 5, son P.C. cental se trouve à Niort dans les caves du Cadastre où chaque mardi, dans la nuit, ils réunissent les renseignements de la semaine avec l’aide d’un employé du cadastre et de sa femme (Monsieur et Madame FAURIAT qui seront déportés – voir bulletin de l’Amicale n° 14). Le poste émetteur est déplacé à vélo de peur des repérages gonio de l’armée allemande. Ils envoient aussi les ordres de marche des troupes allemandes Air, marine et Terre.

Elisabeth C-S :  » C’est à ce moment là, qu’il a connu Marcel et Hélène FAURIAT qui, après l’arrestation de son mari, a pris le temps de prévenir mon père, avant d’être arrêtée elle aussi et déportée, comme son mari, laissant sa petite Colette, âgée de 22 mois, à la garde de ses grands-parents. Tous deux reviendront vivants mais malades. L’amitié qui les liait à mon père n’a jamais faibli, je les ai connus tous les deux et j’ai pour eux une infinie reconnaissance. Je suis heureuse que l’amitié perdure entre Colette et moi. « 

Sa région s’agrandit, il circule beaucoup à Poitiers, notamment où « le pavé est mauvais » à cause de la Kriegsmarine dont l’état-major est rattaché par fil direct à Berlin.

Les hôtels sont constamment vérifiés et passés au peigne fin. Il préfère délibéremment coucher près de la gare de Poitiers au « Soldatenheim » réservé aux Allemands en transit, dans un bâtiment bombardé, réparé sommairement, avec des cloisons de bois à travers lesquelles il entendra de bien précieuses conversations. Il se présente comme un Français travaillant pour les Allemands et pour sa sécurité. Il ne paie pas et se trouve bien au chaud, à même d’apprendre pas mal de choses.
En Charente, à Angoulême, à l’été 1944, le pasteur BENIGNUS, alerté par le capitaine SCHLOCHOW, envoie sa fille prévenir in extrémis – après qu’un traître ait donné les noms des agents du réseau – un officier aviateur qui vient malheureusement d’être arrêté un quart d’heure plus tôt. Il part de la gare voisine en rase campagne, n’osant pas aller chercher sa valise à la consigne car la gare fourmille de soldats allemands.

Vers la fin de la guerre, le capitaine SCHLOCHOW est appelé à Londres sous le nom du capitaine BOULARD, à la demande de SOUSTELLE, qui voudrait renouer avec les services secrets tchèques après la libération de l’Europe. La sœur du capitaine SCHLOCHOW, est agrégée, diplômée de l’Ecole des langues orientales. Avant la guerre, elle était professeur à Prague où elle a épousé la Ministre du Commerce extérieur du cabinet Benès et elle a du se réfugier à Londres, à New-York puis à nouveau à Londres où elle est devenue professeur aux lycées français.
Le capitaine Jean SCHLOCHOW est introduit par Benès auprès de Mgr SCHAMOK, avec lequel il s’entretient « dans la langue littéraire suisse », langue neutre…(et non en allemand ; en fait, c’est la seule langue commune que les deux interlocuteurs pratiquent tous les deux, la conversation en anglais ayant été trop difficile.)

Elisabeth C-S ;  » La vie, pour ma mère, ma sœur et moi, dans cette vieille maison isolée, n’a pas été facile et en juillet 1944, lors de l’attaque du Vercors par les troupes allemandes passant par la vallée de la Drôme, nous avons vécu des moments dramatiques. Nous avions avec nous une Juive roumaine. Nous avons vécu recluses, ne voulant même pas ouvrir un volet pendant une dizaine de jours, puis les voisins sont venus de nuit nous délivrer. En octobre 1944, mon père est venu, en voiture, nous chercher et il nous a emmenées en Corrèze, où mes grands-parents avaient passé la guerre, dans une grande maison avec des réfugiés juifs, russes et alsaciens.
Le frère de mon père, Alfred SCHLOCHOW, entré dans la Résistance, avait fourni les plans du port autonome de Bordeaux où il travaillait. Il a été arrêté, déporté, il est mort en déportation à Buchenwald au printemps 1945.

Début 1945, mon père a été envoyé en mission à Londres, où il pleuvait encore des V2. En revenant, sur le bateau, il a contracté la diphtérie. Soigné à l’hôpital militaire de Limoges, il a failli mourir mais a été guéri par de très fortes doses de sérum antidiphtérique. A notre retour dans la Drôme, en avril 1945, il a été frappé d’une paralysie qui a failli avoir raison de sa vie. Il s’en est remis ; mais a gardé une atteinte rénale provoquant une hypertension qui ne l’a plus quitté.

En 1948, mon père a été envoyé par Matignon en Autriche, à Innsbruck, pour traquer les ex-nazis « planqués ». Nous sommes allés le rejoindre et avons passé une année au Tyrol, zone d’occupation française. Mon père a toujours été très discret sur ses activités durant cette période et n’en a donné que très peu d’informations.

De retour en France, il s’est consacré à l’exportation et fondé le Club des Exportateurs.
A ce titre, et à titre militaire, il a reçu la Croix de la Légion d’honneur en 1957.
Il a pris sa retraite à la fin des années soixante, gardant cependant des activités dans le Club des Exportateurs. Il est mort le 27 janvier 1972, ma mère le 30 juin 1986. Ils sont enterrés au cimetière d’Aouste-sur-Sye.

Ils restent pour moi, tous les deux, un exemple de courage, de dévouement et de rigueur morale, ce qui ne les empêchaient pas d’avoir de l’humour. J’ai transmis à mes cinq enfants et mes neufs petits-enfants leur souvenir et la tendresse que j’ai pour eux.

Elisabeth CHAUDET-CHLOCHOW

Sources : https://www.reseaugallia.org/index.php/2015/09/02/schlochow-jean/