Jugement à Romans en 1580 suite au Carnaval de Romans

Jugement à Romans en 1580 suite au Carnaval de Romans

 

 

En 1580, le carnaval de Romans se transforma en fête sanglante : les notables de la cité dauphinoise, inspirés par le juge Guérin, décident d’éliminer ceux du parti populaire qui avaient créé depuis quelques mois dans la ville une situation révolutionnaire.

Les principaux acteurs sont jugés pour infidélité au roi, révolte, et collusion avec l’ennemi c’est à dire les protestants. Malgré le plaidoyer de leur avocat, François Charvieux, gendre du juge Guérin, les principaux meneurs sont condamnés à la pendaison (Paumier étant mort on de déterre pour qui subisse sa peine), d’autres sont condamnés à des peines de galère, à la « flétrissure publique », à des amendes… Des biens sont confisqués et vont bientôt s’ajouter aux titres de propriétés de Guérin et de ses semblables.

14 février 1580.  » Le dimanche avant carême on fit à Romans, en signe de réjouissance, deux royaumes, l’un par les amis de Jean Serve, dit Paumier, capitaine de la ville et général de la ligue, l’autre par des gens du peuple ; ce qui donna lieu à des branles et mascarades, durant lesquelles ces derniers disaient que les aisés de la ville s’étaient enrichis aux dépens des pauvres guignants ; qu’il fallait leur faire restituer, etc. Plusieurs notables bourgeois et marchands se sentirent piqués et résolurent de se venger. Dans ce but, ils firent le lundi à l’hôtel de ville un troisième royaume, dans lequel ils attirèrent des gens riches, et même le capitaine Laroche, cordier, qui fut roi de ce royaume. On se réunit le soir : après souper on commença le bal, le peuple y accourut. Alors les hommes des deux factions sortent tous armés et chargent les uns contre les autres ; plusieurs sont massacrés, et le capitaine Paumier, étant descendu devant sa porte pour s’informer de ce qui se passait, fut tué d’un coup de pistolet. Le désordre dura trois jours, pendant lesquels les portes de la ville restèrent fermées. Ensuite les Romanais, d’accord avec la noblesse des environs, firent des courses dans la campagne, tuant les paysans « comme pourceaux « .

17 février.  » Après ce que M. le juge ayant remontré ce qui est advenu ces jours passés sur les desseins, conspirations et entreprises du capitaine Paumier et autres ses complices, qui avoient voulu attenter sur les gens d’honneur de la ville, conspirer la mort et massacre d’ iceulx, et, pour ce faire, se seroient mis en devoir de faire entrer des villageois en bon nombre pour favoriser leur entreprise, il est conclu par l’assemblée que les portes de la ville seront murées, excepté celles de Jacquemart et du Pont, pour obvier à toute surprise, et, pour plus de sûreté, les complices dudit feu Paumier et les conspirateurs d’une si condamnable entreprise seront désarmés et resserrés le plus promptement qu’on pourra. « 

27 février. Une commission d’enquête du parlement escortée de trois compagnies de soldats arrive à Romans.

10 mars. La commission du parlement établie à Romans siégea en cour criminelle du 10 mars au 24 avril. Elle jugea 89 accusés et prononça les condamnations suivantes : 44 à la peine de mort, parmi lesquels 10 furent exécutés, 1, décédé, à la flétrissure de sa mémoire, 4 à dix années de galères, I à la fustigation, 7 acquittés, 61 contumaces à être appréhendés au corps. En outre, tous furent condamnés à diverses amendes et à la confiscation de leurs biens au profit du roi. »

Extraits du jugement

«  La cour a déclaré et déclare lesd. Guillaume Robert, dict Brunat, Geoffroy Fleur, accusés, atteints et concaincus de crime de lèze-majesté, pour réparation et punition duquel les a condemnés à estre deslivrés entre les mains de l’exécuteur de la haute justice, qui les fera traîner sur une claye par les carrefours et rues accoutumées de ceste ville de Romans, despuis les prisons où ils sont détenus jusques en la grand’place, et illec en deux potences, à ces fins dressées, estre pendus et estranglés, où leurs corps demeureront vingt-quatre heures, et passé led. temps, le corps dud. Brunat mis en une potence hors la porte de Clérieu, et le corps dud. Fleur en une aultre potence hors la porte de Jacquemart, pour y demeurer jusques à ce que les corps soient consumés ; ordonne qu’avant l’exécution réelle de mort yceulx Brunat et Fleur seront plus amplement enquis, par questions et tortures, sur leurs complices et fauteurs. Et, pour le regard dud. Jean Serve, dict le Paulmier, lad. cour le déclare avoir esté crimineux de lèze-majesté et chef de séditieux et. rebelles, pour réparation duquel crime a condamné la mémoire dud. Serve, ordonne que son corps sera déterré et pendu par les pieds ès fourches patibulaires de ceste ville de Romans, et en cas où led. corps ne pourroit estre retrouvé, sera exécuté en effigie en lad. place. La cour déclare Jean Morat, dit Ragousse, laboureur, Antoine Fresne, dit Pain-blanc, boulanger, et Mathelin des Mures, potier, convaincus du crime de lèze-majesté et les condamne à être pendus sur la grande place de Romans et chacun à 160 écus d’amende. Fait le 29 mars 1580.

Vu par la cour les informations sur l’assassinat commis en la personne de Claude Montanil d’Hauterives, condamne Claude Buisson, meunier, à la peine de la roue et à 350 écus d’amende. Publié de 14 avril. Condamne Pierre Girard, dit Dourier, laboureur, Benoît Pales, dit Montmiral, meunier de Curson, à être pendus sur la grande place de Romans et leurs têtes portées à Veaunes, pour y être mises sur des poteaux au-devant de l’église. »

Dans les villes et campagnes des alentours, les « insurgés » résistent plus longtemps mais ils sont mal armés, moins aguerris, dépourvus d’unité et de « programme commun » et peu à peu, un par un ils sont matés dans un bain de sang … avant l’automne 1580, le Dauphiné est  » pacifié  » à l’exception de quelques enclaves montagnardes tenues par les protestants.