La construction de l’église actuelle d’Aouste

 

La construction de l’église actuelle d’Aouste

 

  La deuxième partie du XIXe siècle est marquée, en France, par de profonds changements politiques, économiques et techniques. à Aouste, l’utilisation de machines à vapeur dans les papeteries et l’ installation de nouveaux fours à chaux vont transformer l’économie. La création du « chemin de Grande circulation de Saint-Jean-en-Royans à Nyons », la route impériale n°93 (actuelle R.D.93), la voie ferrée, puis l’usage de l’électricité publique vont modifier l’urbanisme et même les mentalités.

A partir de 1857, de nombreux, longs et difficiles débats agitent la commune : Où doit- on construire l’église, la mairie, l’école, la poste, le pont et la voie ferrée ?

Les curés de paroisse ont toujours été témoins et acteurs des transformations des villages. Une copie de registre paroissial d’Aouste (125 pages) (1) et la copie du « décompte général des travaux de construction » (2), ainsi que les archives communales nous fournissent de précieuses informations sur l’édification de l’église. Le registre tenu par l’abbé Ruchon de 1869 à 1906 et ensuite par l’abbé Chodier comporte des remarques, classées par années, sur la vie religieuse à Aouste et sur les communes alentours, mais aussi des remarques sociologiques. En 1862 la population aoustoise est « dite difficile et légère » alors que le curé la trouvera « sympathique, parfaitement chrétienne, généreuse jusqu’au dévouement ». Le texte est parsemé de remarques énergiques sur la politique nationale ou internationale (1870, 1880), les décrets contre les congrégations religieuses (1901, 1905, etc.) ou sur le tremblement de terre de 1901 à Saoû. Des considérations plus générales animent le texte : des remarques sur les luttes à propos des écoles privées de garçons et de filles, et sur « l’instruction gratuite et obligatoire : Folle utopie ! Poignée de poussière jetée aux yeux des populations » ou sur la libre circulation des chemins de fer qui « moyennant une redevance dérisoire » sous « prétexte de favoriser le bien du peuple » sert « les députés et les sénateurs », et l’on apprend aussi la cause supposée de la mort de Gambetta… Il est aussi plaisant de lire les notes sur les pèlerinages à Jérusalem. Nous avons aussi des jugements, acides, sur « les ministres de l’instruction publique et des cultes » alors que, durant la 1re partie du XIXe siècle, le préfet était chargé de nommer et de contrôler, avec l’aide du maire, l’action des curés…(3).

L’église d’ Aouste se trouvait, depuis le début du XVIIIe siècle, vers l’actuelle place de la Poste, en partie sur l’emplacement du temple détruit en 1682 (sur ordre du «  prélat courtisan » Daniel de Cosnac, évêque de Valence) …et à proximité d’une inscription romaine aux dieux mânes ! Durant la Révolution, elle était devenue temple de la Raison avant de retrouver son utilisation normale (3).

L’accord de principe du préfet pour la construction d’une nouvelle église datait de 1843 (4), la réalisation sera un peu plus tardive.

« En 1862, on construisait un nouveau pont sur la Drôme – à la place du pont roman – il fallait créer une avenue pour arriver à la route départementale » ceci nécessitait la destruction de l’église qui était en mauvais état « révélant les conditions de misère et de provisoire, qui, au dix-septième siècle, présidèrent à sa construction, défauts qui doivent être attribués autant à l’ignorance de l’art chrétien qu’à la pénurie du budget municipal…»(5).

De 1862 à 1878, les célébrations catholiques ont lieu dans une remise prêtée par un protestant « du côté de Crest », et ne « pouvant recevoir que 300 à 400 personnes », d’où la nécessité de dire deux messes les dimanches et jours fériés.

Aouste sans église en 1873

Sur cette photo ne figure ni l’ancienne église démolie en 1862 ni l’église actuelle construite en 1878. C’est une remise de M. Tavan, rue de Charencon, qui sert d’église pendant 16 ans.

Un arrêté préfectoral de 1872 autorise les études pour l’édification d’une église. Il y eut de nombreuses et houleuses discussions sur l’implantation de la nouvelle église : cinq emplacements ont été étudiés, vers le cimetière ou au centre du village. La proposition retenue fut de mettre en perspective l’église et le pont, au nord de la rue de l’Allée, mais cette idée impliquait de trop nombreuses expropriations ; finalement, les divers propriétaires des bâtiments situés vers la rue de Surville seront expropriés en 1879… et la perspective peu respectée (4). Une souscription publique de 200 donateurs (le curé a noté les noms et les sommes données par les aoustois ou les personnes extérieures – tous catholiques sauf un protestant – rapporte 27164 francs auxquels s’ajoutent 1200 francs de l’État. La commune, pour permettre l’achèvement de l’église, contractera plusieurs emprunts successifs auprès de la population dont un de 18000 francs d’une durée 17 ans, celui-ci sera remboursé par un impôt spécifique à partir de 1880 (4).

Les étapes de l’acquisition du terrain et de la construction (… des fondations à 5 mètres de profondeur, sur le rocher) sont minutieusement décrites : la population est aussi invitée à participer gratuitement aux travaux, ainsi 89 personnes consacrent « 229 journées et demie employées aux fondations de l’église » (4). L’architecte est Rey de Valence associé à Bossan célèbre architecte lyonnais, et l’on retrouve à Aouste des éléments comme les colonnades qui marquent de nombreux édifices religieux dessinés par Bossan. (Bossan débuta la construction de la basilique d’Ars en 1862, celle de La Louvesc en 1864 et Fourvière commencée en 1872 fut achevée en 1884). Le bâtiment est en forme de croix latine, avec 2 chapelles, la nef a 34 m de longueur sur 13, la voûte est à 12 m, la tribune occupe 25 m². La flèche du clocher est à 22 m du sol, le clocher surplombant un parvis de 6 m² précédé d’un escalier sur 3 côtés. Les chapiteaux sont alternés : inspiration dorique, ionique et corinthienne. « l’architecture de Bossan est jeune et vivante » (7).

Nous disposons de toutes les informations sur les difficultés : la valeur technique des matériaux, la construction et de l’aménagement intérieur de l’édifice . Les murs sont en pierres issues de la carrière de Serre-Mean sur la route de Suze-sur-Crest, les piliers intérieurs, les contreforts sont en pierre de Chomérac, les piliers du clocher sont bâtis en pierre de Saint-Paul, la flèche en pierre d’Arles, les voûtes en briques creuses, les nervures en ciment moulé. Les portes ont été taillées dans des poutres de l’ancienne église de Saint-Michel (Drôme) datant du XVIe siècle. Les colonnes intérieures sont pour le chœur taillées dans le granit de Mâcon et pour les chapelles et le porche dans la pierre de Chomérac. Les colonnes des autels ont été dressées dans le marbre des Alpes Maritimes (pour le maître autel), le marbre de Constantinople (autel de St-Joseph), le marbre des Pyrénées (autel de la Ste-Vierge). Le récapitulatif des quatre devis de construction du bâtiment indique la somme de 61757,41 francs. Les vitraux ont été fabriqués à Lyon par Ganevat, payés par une loterie 2119 francs, ceux du chœur représentent Saint-Paul et les papes Pie IX et Léon XIII. La première cérémonie eut lieu en 1878. Le chemin de croix est composé de grands panneaux en stuc assez remarquables .

La foudre tomba sur le clocher en 1886 ; en 1894, la cloche originelle datant de 1754 chuta dans le clocher le 16 juillet, elle fut remplacée par une cloche fondue dans les ateliers Paccard à Annecy-le-Vieux, celle-ci, à la « suite d’une sonnerie défectueuse » se cassa en 1899 et fut remplacée en décembre par une cloche pesant 1052 kilos et financée par la générosité des paroissiens ; « le bon Dieu le leur rendra » note le chanoine Rouchon. Le coût total de la construction et des divers aménagements intérieurs est de 84 147 francs (1).

Plus tard, en 1987, un « nettoyage complet et réparation » (électricité, chauffage, boiserie, peinture) de l’église fut entrepris et dura plusieurs mois pour un coût total de 468012 francs (en partie payés grâce aux aides municipale et départementale et un emprunt de l’évêché). Il a permis de donner à l’édifice les couleurs pimpantes et harmonieuses que nous pouvons voir aujourd’hui.

· La cure actuelle a été construite de 1913 à 1916, le coût du terrain de M Charnier était de 2000 francs, le coût de la construction  de 12 239 francs. L’entreprise Sibourg a effectué les travaux (6). C’est l’abbé Béroud, curé de 1913 à 1935, qui en a supervisé la construction, (et aussi la construction de la « salle du patronage », salle rénovée en 2000). La rénovation extérieure de la cure a eu lieu en 2010.

René Descours

 

 

 Eglise Notre-Dame, vue côté est

 

Notes:

 

1 – Documents transmis par M. J. Béranger : « recueil de notes concernant l’église d’Aouste »  et « notes concernant la réparation de l’église d’Aouste 1989 ».

2 – Document transmis par L Sacilotto à la mairie d’Aouste : « Décompte général des travaux de construction de l’église paroissiale et du clocher ».

3 – Aouste : archives révolutionnaires et 1L 1.

4 – Archives Communales Aouste MN 24.

5 – Abbé A.Vincent, Aoste, Imprimerie M. Aurel, 1856, réimpression Lacour éditeur, Nîmes,1890.

6 – « Etat financier –nouvelle cure »  document de M. Baudoin.

7 Félix Thieller, « L’œuvre de Pierre Bossan architecte » , imprimerie Eleathière Brassant Montbrison, 1891, archives municipales d’Aouste