La faux, la faucille et la faucheuse

La faux, la faucille et la faucheuse

 

 

Avant l’apparition des premiers engins mécanisés à la fin du XIXe siècle la faux (ou faulx) était le seul outil pour tondre, faire les foins et faucher les céréales.

La faux a été aussi l’arme du paysan, celle qu’il brandissait, avec la fourche, lors des jacqueries et des révolutions.

Très ancienne, la faux fit probablement son apparition dans le monde romain, vers 500 av. J.C, la plus ancienne lame de faux, datant du troisième siècle avant notre ère, a été retrouvée en France à Chevilly dans le Loiret. On observe l’utilisation timide de cet instrument agricole aux XIVe et XVe siècles chez les Chartreux.Elle était alors exclusivement utilisée pour couper l’herbe et ne servira à la récolte des céréales que vers le XVIe siècle.

Avant cette période, c’est le règne sans partage de la faucille, outil beaucoup plus ancien dont on trouve des traces dès le néolithique. Du fait de son efficacité, la faux a progressivement remplacé la faucille au cours des siècles. On dit que la faux est cinq fois plus rapide que sa petite sœur et qu’elle évite à son utilisateur une position courbée extrêmement fatigante. Son prix d’achat élevé explique sans doute son implantation tardive surtout dans les petites exploitations qui constituaient la majorité des fermes d’autrefois. Ce bel outil a été utilisé dans nos campagnes jusque dans les années 50 mais garde encore dans l’inconscient collectif une place symbolique importante.

L’utilisation de la faux est permise dans les champs à céréales alors qu’auparavant seule la faucille était autorisée car elle tranchée haut et permettait ainsi aux indigents de récupérer le chaume comme la coutume l’exigeait. Ainsi le département du Tarn refuse obstinément d’utiliser la faux ! En 1844 le comice agricole de Castres se prononce contre la faux ! En Saône et Loire on utilise la faux qu’à partir de 1870 !

Traditionnellement, la faux est constituée d’un long manche en bois (entre 1,40 m et 2 m) muni de deux poignées (une à l’extrémité et l’autre à mi-hauteur) et d’une lame recourbée et affûtée mesurant entre 60 et 90 cm.

Le berceau de la fabrication industrielle de la faux est sans aucun doute le Tyrol. La naissance de cette fabrication remonterait à la fin du XVIIIe siècle.

Son usage a fortement régressé depuis l’apparition des faucheuses mécaniques puis des moissonneuses-batteuses.

Utilisation

 

En agriculture

Le fauchage requiert un apprentissage spécifique. Le faucheur reste droit pendant la fauche. Il fait face à la coulée qu’il va faucher. La lame repose au sol, la pointe à la droite du faucheur et donc le manche un peu en retrait derrière lui. Il effectue un mouvement latéral des deux bras pour amener l’herbe fauchée à gauche de son passage. Il repousse la faux au point de départ de la nouvelle coupe, la lame s’appuyant toujours sur le sol et fait un petit pas de la largeur d’herbe fauchée. La largeur d’herbe fauchée est la même pendant tout le mouvement. Progressivement se forme un tas rectiligne parallèle à l’avancée du faucheur, c’est l’andain.

Au combat

La faux fut utilisée par des paysans armés et des soldats aux moyens réduits. Elle est en usage principalement entre le XIIIe siècle et XVe siècle. La faux utilisée comme arme au combat et son usage a fait notamment l’objet d’un chapitre du traité De arte athletica publié en 1542 par Paulus Hector Mair. La faux de guerre est un dérivé de la faux agricole.

Entretien de la faux

 

aiguisage

Le faucheur doit fréquemment aiguiser sa lame (toutes les quinze ou trente minutes suivant la résistance des végétaux coupés et la qualité de la lame), grâce à une pierre à aiguiser humide. Cette opération répare les plus fines atteintes au tranchant de la lame et, comme tout aiguisage, enlève une petite partie de métal (ébavurage). La pierre est une pierre à eau. Elle est soit une pierre naturelle (des tailleurs en produisent encore dans les Pyrénées), soit une pierre artificielle. La pierre est rangée dans un étui à pierre à faux, appelé coffin en français ( l’appellation varie selon la région), qui est traditionnellement porté à la ceinture. Le coffin est fait en zinc, dans une corne ou en bois. La petite quantité d’eau au fond mouille la pierre à chaque mouvement du faucheur.


Pierre à aiguiser

         

                        métallique                                                            en corne

                                                                        Des coffins

                                                                   En bois

Battage

De temps en temps (environ douze heures de fauche) le faucheur doit « battre » sa faux. Pour cela il sépare la lame du manche. Ensuite, avec un marteau sans angle marqué, il tapote le tranchant de la lame posée sur une enclumette. Le tranchant de la lame est placé au milieu de la tête de l’enclumette. Le faucheur évite de taper trop souvent au même endroit sinon le tranchant n’est plus rectiligne, de plus s’il devient trop fin il peut se fendre. Bien qu’ennuyeux ces défauts disparaissent après quelques aiguisages. Cette opération est en fait un forgeage à froid destiné à affiner le tranchant, réparer les micro-fissures, combler les trous laissés par les éclats de métal partis, ainsi qu’à orienter les grains d’acier dans le meilleur sens pour la coupe. Cette opération modèle le métal sans en enlever. Le battage est fini quand le tranchant de la lame plie sous la pression de l’ongle. Il est toujours suivi d’un nouvel aiguisage à la pierre.

Outils d’entretien

 

L’enclumette de faucheur

 

 

Une enclumette est une petite enclume portative. Le faucheur pose sa faux sur l’enclumette pour la battre. Il en existe plusieurs types :

      • la tête peut être cylindrique ou sphérique,
      • l’enclumette peut-être fichée dans :
        • un billot; le batteur s’assoit sur un tabouret.
        • à l’extrémité d’un banc.
        • le sol : le faucheur bat assis par terre. Cette enclumette particulière est adaptée au faucheur en déplacement. Les particularités de ce type d’enclumette sont :
          • un croisillon au milieu. Il repose sur le sol quand l’enclumette est en place et l’empêche de s’enfoncer au cours du battage.

          • une excroissance entre la tête et le croisillon. Le faucheur la martèle pour ficher l’enclumette dans le sol sans abîmer la tête. En cas d’absence le faucheur martèle le croisillon.

Outils apparentés

 

    • le javelier : Autre(s) appellation(s) : fauchon, faux à doigts, faux à rastell, faux à étripe, faux à râteau, faux armée, faux composée, javeleur, javeleuse, râtelier. »

    • la faucille sert à débroussailler les endroits difficilement accessibles aux tondeuses. Avant la généralisation de la faux, on utilisait une faucille de grandes dimensions appelée volant.

    • le faucard (ou faucardeuse) est une faux à long manche, manœuvrée à la main ou adaptée à un bateau muni d’un moteur, et qui sert à faucher les herbes des rivières et des marais.

    • la faucette ou coupe-ronce sert à couper aisément les ronces et les repousses d’arbustes.

    • le croissant, gouillard ou fauchon servent à élaguer de petites branches hautes ou à débroussailler des talus. Ils se distinguent de la faux par une lame plus courte et plus large.

    • la serpette ou la machette servent à élaguer des branches, couper des repousses, des ronces…

 

 

La faucille

 

Moisson à la faucille

La faucille est l’ancêtre de la faux qui, dès le XVIIIe siècle, tente de s’imposer aux moissonneurs, notamment en Occident. Toutefois, la faucille étant plus accessible à l’achat que la faux, elle reste un instrument de débroussaillage privilégié jusqu’au XXe siècle, tout du moins dans les exploitations agricoles de moindre importance.

Au fil du temps, la faucille s’est quelque peu transformée pour devenir de plus en plus légère et donc plus maniable, et pour s’adapter aux différents travaux de jardinage. Elle a cependant toujours conservé sa lame en demi-cercle indispensable pour trancher les tiges des céréales et de bien d’autres végétaux.

Une faucille est donc constituée d’un manche en bois plus ou moins long, selon son type, et d’une lame (ou taillant) demi-circulaire en acier forgé (en silex à l’époque de la Préhistoire) généralement lisse, bien tranchante. Cette lame mesure plus ou moins 45 cm, une longueur utile pour offrir une grande capacité de coupe.

Contrairement à la faux qui nécessite l’usage des deux mains, la faucille s’utilise d’une seule main.

La faucille primitive apparaît au Paléolithique supérieur (-20 000 à -10 000). Au Paléolithique et au Néolithique, la faucille était constituée d’une longue lame de silex, ou d’un « manche incurvé qui porte, fixées dans une gouttière, une série de lamelles de pierre ».

Les premiers agriculteurs inventent un instrument taillé dans du bois ou de l’os, composé de plusieurs lames de silex insérées et collées avec de la résine dans la courbure d’une branche. Cette forme demi-circulaire, pratique pour grouper les tiges de céréales puis les trancher en manœuvrant la lame vers soi, sera pérennisée pour la fabrication des outils façonnés en bronze puis en fer. Le blé était scié selon un geste précis : une main rassemblait un ensemble d’épis tandis que l’autre sciait au-dessous.

Dans les civilisations agraires la faucille s’impose souvent comme symbole de la moisson et de la terre nourricière. L’iconographie antique et médiévale est riche de cette prédominance dans l’outillage rural.

A partir du XVIIIe siècle ; cet outil va progressivement décliner en Occident au profit de la faux. Cette dernière, déjà connue pour couper le foin, est sans conteste plus expéditive pour les moissons, notamment lorsqu’elle est armée d’un râteau à javeler.

Cependant plusieurs facteurs vont faire perdurer l’usage de la faucille jusqu’au XXe siècle. Beaucoup moins onéreuse que la faux, l’instrument se maintient dans les petites exploitations ainsi que dans les contrées où la main d’œuvre est suffisamment abondante et bon marché, d’autant que l’on peut en confier le maniement aux femmes, aux enfants et aux vieillards. On privilégie également la faucille dans les champs médiocrement aplanis, où le bon faucheur refusera de casser le taillant de sa faux ou de sa sape. Enfin, la théorie agronomique reproche à la faux de secouer trop violemment les grains, pouvant causer une perte jusqu’au trentième de la récolte, restera, comme la mémoire des disettes, tenacement ancrée dans les esprits. En 1922, alors que les faucheuses et les moissonneuses se perfectionnent depuis plusieurs décennies, le Larousse Agricole indique en décrivant cet outil, que « lorsqu’il s’agit de couper des plantes dont les graines mûres tombent aisément, telles que le colza, on maintient encore son usage ».

On ne peut oublier un type de faucille : le volant. Cet outil se manie différemment car sa lame, plus grande et plus épaisse, est rarement posée mais le plus souvent projetée sur les tiges.

un volant

Il existait jadis de nombreux modèles de faucilles. Les lames, pouvant être coudées et renforcées par une côte, varient par leur longueur, largeur, épaisseur, ouverture de l’angle. Certaines sont spécialement conçues par le taillandier pour les betteraves, les fèves, le maïs, la bruyère, les roseaux, le pastel des teinturiers, et bien d’autres plantes qui par leur nature dicteront les caractéristiques de chaque outil. Cette diversité artisanale puis industrielle s’est estompée dans le deuxième quart du XXe siècle du fait de la mécanisation agricole.

Voici les découvertes de faucilles les plus remarquables :

    • En Mésopotamie, les premières faucilles sont en terre cuite.

    • Durant l’Egypte des pharaons, le plus grand nombre d’exemplaires a été retrouvé durant les dynasties Hyksos. Des faucilles en bois avec des lames en silex fixées avec de la résine furent placées dans les tombes pour l’au-delà, dès les premières dynasties. Dans la tombe de Toutankhamon, un tel objet a été retrouvé, d’un format réduit, en bois doré, orné de ses cartouches royaux indiquant sa date de naissance et ses noms de trône. La lame et les dents sont en verre de couleur.

    • En 1911, Antoine Héron de Villefosse découvrit, dans l’île de Chypre, d’une faucille en bronze ayant la forme d’une corne de bouquetin de 91 cm.

    • A Ougarit, en 1931, une équipe de fouille française a trouvé de nombreuses faucilles en silex, en décalage avec l’époque, car les faucilles en bronze existaient bien avant la création de la ville.

    • En Hongrie, à Szegvar, une statue de dieu à la faucille, vieille de 6000 ans, a fait l’objet d’une émission de timbres.

    • En 1937, à Myon, dans le Doubs, certaines ont été trouvées entièrement en pierre polie.

    • Datées de la fin de l’âge du bronze, 500 faucilles quasiment neuves ont été trouvées à Briod, dans le Jura. Ce dépôt, ainsi que d’autres en Europe, plus hétéroclites, témoignent d’un commerce important sur les objets en bronze, avec une activité de recyclage des objets métalliques usés.

 

 

Du blé à l’herbe la faucille perd ses dents et se fait plus légère. Rarement employée pour la fenaison si ce n’est sur de faibles étendues. Sa lame unie se bat comme celle de la faux, sur une enclumette, et s’aiguise avec une pierre.

 

 

 

 

 

Et puis apparut la faucheuse mécanique a supplanté les faucheurs et faucheuses en période de moisson, rendant la coupe des céréales et des foins énormément plus rapide et bien moins fatigante.

L’invention de la faucheuse mécanique pendant la seconde moitié du XIXème siècle a facilité la moisson. En 1822 l’Américain Jememiah Bailey fait brevetée la première faucheuse mécanique et en 1834 Cyrus McCormick obtient le brevet de la moissonneuse mécanique.

Développée dans la seconde moitié du XIXe siècle, immédiatement après la révolution industrielle, ses mécanismes sont devenus encore plus particulièrement élaborés, tout en visant une largeur de coupe toujours augmentée.

La complexité des rouages, le nombre de parties mobiles, mais aussi le mouvement et la tension des courroies entravant la fiabilité de ce matériel, la machine étant restée fréquemment inaccessible pour les exploitants les plus pauvres (ménagers, ayant déjà bien du mal à posséder un cheval) à cause de son prix, sa diffusion et son emploi systématique n’ont pas été aussi rapides qu’on peut l’imaginer un siècle plus tard.

Pourtant, les progrès permirent différentes améliorations. La simple « faucheuse  » fut supplantée progressivement, par exemple, par  » la faucheuse-lieuse « , quelquefois nommée  » moissonneuse-lieuse « .

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