La légende du « Hollandais volant »

La légende du « Hollandais volant »

 

Le « Hollandais Volant » est le plus célèbre des bateaux, et celui-ci navigue toujours depuis… le XVIIe siècle. Il est condamné à errer en mer éternellement entre le Cap Horn et le Cap de Bonne-Espérance, par la faute de son inconscient capitaine Van Der Straeten !

C’est en 1790 qu’il est fait première fois mention du Hollandais volant dans les récits de voyage de John Mcdonal « Travels in various part of Europe, Asia and Africa during a serie of thirty years and upward« . Mais c’est véritablement en 1821, soit quarante ans plus tard, qu’une version détaillée et rédigée est publiée au sein d’un journal anglais. A l’époque, le terme de hollandais volant désigne le capitaine et non son navire.

Depuis 1821, la légende n’a cessé d’être reprise et réinterprétée par de nombreux artistes. Ainsi, Richard Wagner, dans son opéra le Vaisseau Fantôme de 1843, écrit que le pirate maudit peut trouver une salvation, en étant autorisé à revenir sur Terre tous les 7 ans, et en trouvant une femme capable de se sacrifier pour lui. En 2006, les scénaristes de Pirates des Caraïbes dans Le secret du coffre maudit, reprenne la figure du voltigeur hollandais en le dotant d’une tête de poulpe.

Ce n’est pas la première fois qu’une embarcation est associée à l’image de la mort. Ainsi, déjà, à l’époque des pharaons de l’Egypte Ancienne, il était dit que le Dieu Soleil, le Dieu Ré, traversait le royaume des morts sur sa barque pendant la nuit, pour pouvoir mieux renaître le matin.

Un jour de l’an 1665, le capitaine Van Der Straeten, homme borné et intransigeant, refusait de faire relâche dans un port pour que son équipage puissent se reposer et refaire des vivres. Il fallait à tout prix rattraper le retard du navire. Le capitaine souhaitait traverser le Cap de Bonne-Espérance par tempête, son équipage lui a demandé de patienter, mais le capitaine inflexible refusa. Il chanta des chansons obscènes à la dunette, avant de rentrer dans sa cabine se saouler encore et encore. La tempête était encore pire que ce que l’on pouvait craindre, et l’équipage terrorisé décida de se mutiner. Mais alors que le chef des mutins prenait la barre, le capitaine, totalement ivre, sortit et abattit le mutin avec son pistolet, et prononça le poing levé face au vent mugissant, les terribles paroles :«Je franchirai ce cap, dussé-je naviguer jusqu’à la fin des temps !»

Totalement désespérés, marins et passagers remettent leur sort entre les mains de Dieu. Soudain, une glorieuse lumière transperce les nuages et illumine le gaillard d’avant. Une autre version fait mention qu’un fantôme apparut alors. Le capitaine voulut l’abattre, mais le fantôme prononça sa malédiction, ce à quoi le capitaine répondit : «Amen !».Le capitaine entend alors prononcer son châtiment : il errera sans fin sur une mer déchaînée et la mort adviendra à tous ceux qui apercevront son navire maudit. Du fer incandescent seront sa seule nourriture et du fiel, son unique boisson. Son petit mousse, victime des méfaits de son maître, sera son seul compagnon de voyage, mais il aura des cornes sur le front et un museau de tigre. Sur ces mots, l’apparition s’évanouit, ainsi que l’équipage et les passagers, laissant le capitaine et son mousse à leur terrible destin.
Depuis, perpétuellement pris par un vent de tempête, le bateau erre sur les mers, incapable de trouver le repos… on le nomme le Hollandais Volant.

Certains historiens pensent que cette légende trouve son origine dans les aventures de Bartolomeu Dias (1450 – 1500), le grand navigateur portugais qui découvrit le cap de Bonne-Espérance en 1488.
Son biographe lui attribua tant de qualité… hors du commun qu’il devint un personnage de légende. Il semble toutefois que l’histoire du vaisseau fantôme soit en fait une survivance des anciennes sagas nordiques. L’aventure tragique du capitaine Vandercleken rappelle en effet l’histoire de Stote le Vikings, qui pour avoir volé un anneau divin, est condamnée à périr par le feu, attaché au mât d’un navire laissé à la dérive.

Depuis toujours, les marins se racontent des histoires de vaisseaux fantômes.
Au début du XVIe siècle, l’équipage de deux navires marchands hollandais aperçut le fantôme d’un navire qui s’était abîmé dans le Pacifique.

On connaît aussi la légende allemande du capitaine Felkenberg, qui joua son âme aux dés avec le Diable. Et il perdit. Dans la légende hollandaise, il s’agit du capitaine Straaten, ou encore de Bernard Fokke.

Fokke était célèbre pour la rapidité de ses voyages. Ceux qui enviaient ses qualités de marins prétendaient qu’il avait conclu un pacte avec le Diable, ce que son caractère violent et sa laideur repoussante semblaient confirmer. Aussi le jour où il disparut en mer, le bruit courut que le Diable avait finalement réclamé son dû.

Déformée par la légende, l’histoire du vaisseau fantôme recoupe en partie la réalité. On connaît de nombreux cas de navires abandonnés par leur équipage au cours d’une tempête et retrouvé par la suite, dérivant au gré des vents ou des marées.

Le plus célèbre de ces bateaux errants reste sans nul doute la « Mary-Céleste ». Citons également de cas de « Malborough » disparu en 1890 entre l’Australie et l’Angleterre et retrouvé 20 ans plus tard au large du Chili. On comprend aisément une l’apparition soudaine d’un bateau abandonné surgissant de la brume puisse frapper les esprits et donner naissance à de nouvelles histoires extraordinaires.

Le mythe du vaisseau fantôme a été repris dans de nombreuses œuvres littéraires et musicales. Le poète allemand Heinrich Heine (1797-1856), inspiré le mélodrame de Fitzball soit par une histoire anonyme parue dans « Edimbourgh Magazine » qui  parle d’un vaisseau fantôme
Wagner s’inspira à son tour de l’ouvrage de son compatriote pour composer « Le vaisseau fantôme » . Dans ce célèbre opéra, le capitaine Vanderdecken garde un ultime espoir, celui d’être sauvé par l’amour d’une femme désintéressée.

Toutefois, le vaisseau fantôme est plus qu’une simple légende ou qu’une création littéraire. Comment expliquer en effet qu’il ait été aperçu de si nombreuses fois ?
L’une des apparitions les plus anciennes date de 1702, une histoire ecclésiastique de la Nouvelle-Angleterre composée par le ministre puritain Cotton Malher.

Des rapports font état d’un navire qui apparaît mystérieusement dans les tempêtes.

Le premier témoignage date de 1835 et provient des membres de l’équipage d’un navire britannique qui déclare qu’un jour de tempête, ils ont vu un navire s’approcher du leur, jusqu’à presque le toucher, avant de disparaître.

Beaucoup de témoignages sont dus a des hallucinations ou à l’abus d’alcool. Malgré tout nous possédons certains témoignages qui méritent d’être étudiés. Notamment ceux de George V, et de son frère aîné, le prince Albert Victor. Le futur roi d’Angleterre, George V, alors Duc d’York fut le témoin d’une de ces apparitions le long des côtes australiennes. Alors qu’il prenait le frais sur le pont du HMS Bacchante, il aperçut un halo rougeâtre dans la nuit noire et opaque. Un immense vaisseau apparut et passa devant le bateau, sans aucun bruit… Le lendemain, un des marins de quart cette nuit là, tombait d’un mât et se tuait. Quelques jours plus tard ce fut le tour de l’amiral qui commandait cette flotte. Certains pensèrent à une malédiction provenant du Hollandais Volant

Voici le compte rendu de cet incident :

« 11 juin 1881. A 4 heure ce matin, un vaisseau fantôme nous a coupé la route. Il baignait dans une étrange lumière rouge. Lorsqu’il s’approcha à 180 mètres de nous par bâbord devant, on distingua clairement la mature et les voile d’un brick. Plusieurs marins témoignèrent de la proximité du vaisseau. La vigie du gaillard d’avant, l’officier qui était de garde sur le pont ainsi qu’un midshipman du gaillard d’arrière, tous le virent très clairement. Pourtant, lorsque le midshipman arriva sur le gaillard d’avant, le vaisseau mystérieux avait disparu, bien que la nuit ait été claire et la mer d’huile. Treize personnes en tout l’aperçurent, mais il est impossible d’affirmer qu’il s’agissait bien du vaisseau fantôme de Van Demien. Le Tourmaline et le Cleopatra, qui nous suivaient par tribord, envoyèrent des messages pour savoir si nous avions aperçu l’étrange lumière rouge.

  » A 10 heure 45, le marin qui, le premier qui avait aperçu le vaisseau fantôme tomba du sommet du mât de perroquet et se brisa les os. A 16 heure 45, après la prise de quart, nous avons mis en panne et avons immergé notre marin. C’était l’un des meilleurs manœuvres du navire et sa mort tragique nous a tous bouleversés.  »  

Treize personnes en tout à bord de l’Inconstant, plus un nombre non spécifié de témoins à bord du Tourmaline et de la Cléopatra , ont vu le mystérieux navire. Mais comme le précise lui-même le prince, rien ne permet d’affirmer qu’il s’agissait bien du trop célèbre vaisseau fantôme. Sauf, peut-être, que, comme le veut la légende, la mort suivit de près l’apparition.

En mars 1939, de nombreux baigneurs sur une plage d’Afrique du Sud virent un navire à voile dont la description ressemble fortement à celle d’un brick. Ce dernier apparaît filant sur les flots, toutes voiles dehors alors qu’il n’y avait aucun vent, puis disparaît aussi mystérieusement.

Un autre témoignage inattendu émane de Karl Dönitz, commandant en chef de la flotte allemande et bref successeur d’Hitler. On raconte en effet que Karl Dönitz aurait aperçu le vaisseau fantôme à l’est de Suez et qu’il aurait affirmé qu’il préférerait cent fois affronter toutes les flottes alliées réunies plutôt que de revivre cette expérience.

La dernière apparition a lieu en 1942, pendant la seconde guerre mondiale à Cape Town … Depuis cette date, plus aucune apparition du mystérieux navire n’a été rapportée.

Mais le vaisseau du capitaine Venderdecken n’est pas le seul à hanter les mers. En 1949, on estima à plus de cent le nombre de ces navires errants aperçus au large des côtes nord-est des USA.

Le « Palatine » est sans doute le plus connu de ces  navires. La légende raconte qu’en 1752, au cours d’une violente tempête, le « Palatine » échoua sur les rochers de Block Island. Un passager trouva la mort, brûlé vif lorsque des pêcheurs mirent le feu à l’épave. Depuis lors, le fantôme du navire en flammes a été vu maintes et maintes fois.

Une étrange lumière, il est vrai brille parfois dans la nuit au large de Block Island. Pourtant aucun navire n’a fait naufrage dans cette région en 1752. Quatorze ans plus tôt en revanche, en 1738, la « Princesse Augusta » transportant plus de trois cent réfugiés originaires du Palatinat, sombra au nord de Block Island.

Tout dans ce naufrage rappelle la légende du Palatine, sauf toutefois que la « Princesse Augusta » ne fut pas incendiée. Comment expliqué d’autre part que l’apparition baigne dans une lumière rougeoyante ?

Citons enfin le « Goblin » aperçu plusieurs fois près de Leven, en Cornouailles par les habitants de Porthcurno Cove. Les apparitions de ce navire se produisent toujours près des côtes, parfois même sur les plages ou les falaises

Que penser de toutes ces manifestations mystérieuses ? Fantômes marins et fantômes terrestres participent-ils de la même nature ?

Légende ou pas ? La question reste posée.

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