La mécanisation agricole

Mécanisation agricole

 

 

Les XIXe et XXe siècles voient une mutation profonde des savoir-faire et outils de l’agriculture, avec l’émergence croissante de la mécanisation et de la motorisation qui permettent une augmentation de la productivité.

Le machinisme agricole et l’utilisation nouvelle des engrais ont profondément transformé à la fois le travail des hommes et leur mode de vie.

Plus puissantes, les machines remplacent peu à peu la force animale et humaine, aussi bien dans les travaux des champs que dans l’élevage. Cette force mécanique est le fait de diverses inventions, notamment celle du moteur à vapeur de l’écossais James Watt en 1769.

Cependant, l’adoption des machines n’est pas uniforme. De par leur coût et leur complexité, certains agriculteurs en sont encore dépourvus au milieu du XXe siècle. De plus, elles équipent avant-tout les pays déjà industrialisés tels que les États-Unis ou l’Europe occidentale.

Parmi les inventions les plus remarquables du XIXe siècle, l’écossais Patrick Bell imagine la première faucheuse. Elle est construite en 1829 par l’américain Cyrus Mac Cormick qui se lance ensuite dans la fabrication de la première moissonneuse-batteuse en 1834, ainsi que des javeleuses, des lieuses et des tracteurs.

Perçu comme la machine indispensable dans le milieu agricole, le tracteur ne cesse de se perfectionner, notamment en intégrant à son mécanisme le moteur à combustion interne, inventé en 1876. Les tracteurs facilitent le travail des agriculteurs, en tirant des outils de plus en plus lourds ou bien en s’adaptant aux terrains. Il en existe différentes sortes : les enjambeurs sont par exemple utilisés pour la culture des vignes, hautes et étroites.

Les Etats-Unis disposant de vastes espaces où prédominaient les céréales (maïs et blé) les agriculteurs américains s’engagèrent dès 1850, dans la voie de la mécanisation et de la motorisation de l’agriculture industrielle. Les semoirs, les batteuses, les faucheuses, les faneuses puis les faucheuses-lieuses tractés par des animaux et guidés par les hommes font leur apparition pour faciliter le travail des agriculteurs. Cependant, le machinisme n’a réellement progressé que lorsque le fer, qui est le matériau par excellence du XIXe siècle, a remplacé le bois.

Depuis les débuts de l’agriculture, l’homme était obligé de récolter le blé à la faucille. Constructeur de machine agricoles à Chicago, Cyrus Mac Cormick dépose le brevet de sa machine en 1834. Fils d’un fermier de Virginie, il amène dans les champs paternels en 1833 une étrange machine traînée par deux chevaux : les roues impriment à une scie un mouvement alternatif par l’intermédiaire d’une courroie. Les tiges de blé tranchées, puis rabattues sont rejetées sur un emplacement spécial. Le champ est fauché avec une précision et une rapidité stupéfiantes. A l’Exposition de Londres de 1851, la moissonneuse Mac Cormick reçoit la consécration.

Depuis les débuts de l’agriculture, le blé était battu au fléau, sur des aires de battage. La batteuse apparaît dans le dernier quart du XIXe siècle. La vitesse du travail accrue permettait de débiter jusqu’à 400 hectolitres de blé par jour. Néanmoins  le bon fonctionnement de la machine nécessitait un personnel nombreux.

Dans le développement du machinisme agricole, la motorisation est une véritable révolution. On ne disposait jusqu’ici que de la force des hommes et de la force des animaux. Les moteurs utilisés en agriculture ont suivi l’évolution technique générale de ce domaine et la motorisation a d’abord été tentée, à partir des premières locomotives à vapeur qui symbolisent la révolution industrielle. C’est 1833-1834, aux Etats-Unis que fut lancée dans les champs la première locomobile. Elle est destinée à tirer les outils agricoles (batteuses, moissonneuses, charrues) à la place des chevaux sur des territoires particulièrement vastes limitant également le coût de la main d’œuvre. Après l’Exposition Universelle de Londres en1851, les locomobiles ont fait leur apparition dans l’industrie européenne. Auparavant, deux constructeurs de Nantes, Renaud et Lodtz avaient déjà, construit des machines à vapeur portatives pour le battage des grains. Cependant, la France est en retard. En 1866, le secrétaire d’un comice agricole de Seine–et–Marne écrivait : « Il existe encore en France, j’ose à peine l’avouer, des contrées où les seuls instruments de culture en usage sont la bêche, la charrue et la faucille ». L’utilisation de la locomotive commence à se répandre après la seconde guerre mondiale qui a vu mourir plus d’un million d’hommes. Cependant, seul un agriculteur aisé pouvait acquérir un tel équipement. Il pouvait alors la louer aux autres pour un temps fixe ou bien se charger à forfait du travail requis. La vapeur continua d’être utilisée jusqu’en 1930.

Entre-temps, une autre technologie voit le jour, celle du moteur à essence qui engendra, en 1892, le premier tracteur, tel qu’on l’appréhende aujourd’hui, même si sa forme et sa puissance n’ont rien à voir avec les machines actuelles. Présenté aux Etats-Unis par la Société Case, il apparaît en France au concours agricole de 1894. Son usage se répand dans les campagnes à partir des années 1920. Cependant à toutes les époques, les tracteurs français ont eu du mal à s’imposer. Nous sommes habitués à des noms de marques étrangères : Massey Harris, Fergusson, International Harvester, John Deere, etc. L’après la guerre voit sa quasi-généralisation comme celle de la moissonneuse-batteuse qui permet à elle seule et sur le terrain, le fauchage, le battage, le vannage et la mise en sac des céréales. Les grains seront envoyés directement vers les silos sans qu’on soit obligé d’entreposer dans les granges.

La mécanisation de l’agriculture s’est développée tardivement en France. C’est seulement, en effet, à partir de 1900 que le phénomène prend une certaine ampleur. Si une enquête réalisée en 1929 permet de mettre en évidence une utilisation quasi-généralisée de la moissonneuse-lieuse, des faucheuses à barre de coupe et des charrues et brabants, le tracteur reste discret avec un nombre de 27.000 unités.

Il faudra attendre 1954 pour voir véritablement se développer la motorisation de l’agriculture grâce au plan Marshall.

En 1980, la phase de premier équipement est pratiquement terminée sur l’ensemble du territoire.

Ainsi la modernisation de l’agriculture et le développement de ses performances n’ont pu se faire que grâce à l’essor de la mécanisation, aux dépens de l’utilisation des animaux. Au total, il y avait quelque 5 millions de bêtes de travail en 1950 et moins de 150.000 tracteurs pour 33,5 millions d’hectares de surface agricole utilisée ; en 1990, les animaux avaient disparu et, aujourd’hui, moins de 1,5 million de tracteurs suffisant largement pour entretenir 30 millions d’hectares. Les chevaux, mulets et ânes ont connu l’évolution à la baisse la plus spectaculaire. On en comptabilisait 2,2 millions en 1950 ; vingt ans plus tard, il en restait moins de 500.000 et on en compte aujourd’hui 340.000. Cette évolution s’explique par l’abandon du bétail de trait. En 1950, les chevaux étaient sans doute très proches de 2 millions -la présence d’un cheval dans une exploitation étant très liée aux travaux agricoles- ramenés à 300.000 en 1970 et 13.000 environ en 1988. L’agriculture utilisait également les bovins comme  » source d’énergie « . Evalués à 2,6 millions en 1950, les bovins de travail – des bœufs et des vaches – n’étaient plus que 35.000 vingt ans après et ont disparu aujourd’hui.

La puissance des tracteurs, outre leur nombre, est plus élevée : les engins de plus de 54 chevaux ont été multipliés par dix entre 1970 et 1990, alors que ceux de moins de 35 chevaux étaient divisés par près de quatre. L’effort de modernisation de l’agriculture française est encore plus net si l’on calcule le nombre de tracteurs pour 100 hectares de surface agricole utilisée : moins d’un engin en 1955 contre presque cinq en 1990.

Source : Agreste – Statistiques agricoles

La France du XIXe siècle n’est pas en reste quant à cet élan modernisateur et voit fleurir de nombreuses inventions, qui font parfois l’objet de brevets. C’est le cas des « sondes trayeuses » ou des « fourches à betteraves », machines créées par Antoine Savary, directeur d’un atelier de mécanique générale dans le Nord.

À partir du XXe siècle, la mécanisation du monde agricole entraîne la création d’une industrie spécialisée avec de grandes entreprises telles John Deere, Massey-Fergusson, Case IH, Ford ou encore Renault. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, cette dernière reconvertit ainsi ses chaînes de production de chars afin de construire des tracteurs… raison pour laquelle ils sont à chenille !

L’élevage n’échappe pas non plus au changement avec la mécanisation de la traite des animaux.

L’anglais William David crée en 1830 la première sonde trayeuse. Cette machine  permet de traire, sur un temps réduit, plusieurs vaches simultanément, et d’augmenter le nombre de têtes au sein d’un troupeau.

  Au cours des deux derniers siècles, les machines ont pris toujours plus de place, sans se substituer pour autant à l’homme. La récolte des fruits à la main continue par exemple à être privilégiée dans de nombreuses exploitations et plus encore pour les vendanges. Ainsi, forces mécanique et humaine coexistent et s’allient dans le travail de la terre.

Si depuis les prémices de l’agriculture, les hommes ont essayé différentes méthodes pour tenter de fertiliser les sols (utilisation de limons, de fumier…), c’est à la fin du XIXe siècle que les premiers engrais chimiques font leur apparition, issus de la reconversion de la poudre à canon. Le baron Justus von Liebig (1803 – 1873), chimiste allemand découvre la faculté du salpêtre (ou nitrate) d’accélérer l’accroissement des plantes. De nos jours, pour faire face à une consommation alimentaire de plus en plus forte et une augmentation rapide de la population les engrais ont du se perfectionner pour permettre un fort rendement.

Sources

    • https://www.senat.fr/rap/l98-129/l98-12921.html
    • https://webmuseo.com/ws/musees-regioncentre/app/collection/expo/319
    • https://archives-nationales-travail.culture.gouv.fr/Decouvrir/Documents-du-mois/La-mecanisation-agricole