La papeterie Latune à Blacons

Papeterie Latune et Cie

 

De 1818 à 1972, la Papeterie Latune, propriété d’une famille de patrons sociaux protestants,  a fortement marqué l’histoire de la commune de Mirabel et Blacons.

Papeterie Latune en 1913

Pendant des siècles les eaux de la Gervanne ont été utilisées pour l’irrigation des prés et pour les moulins à farine. Au milieu du 18éme siècle, les moulins de Blacons sont accompagnés de foulons et d‘un moulin à papier installé par le florentin Passy (ou Passis). L’installation rustique qui produisait du carton est abandonnée au début du 19éme siècle.

Ancien fonctionnaire royal Joseph Lombard de Vercheny, qui a ajouté à son patronyme Delatune du nom d’une de ses terres, installe à Crest une fabrique de ratines (draps) de laine. Le principal problème que rencontrait cette fabrication était le petit nombre de foulons dans la région de Crest. Aussi les deux fils Paul et Barthélemy de Joseph Lombard-Latune achètent en 1806 la fabrique de papier de Blacons qui, à l’origine, avait été installée par un autre italien, le florentin de Passis, venu de Crest au XVII° siècle.

Et pendant 10 ans les Latune se contentent d’utiliser les foulons.

Mais en 1817 poussés par leurs amis les Canson d’Annonay ils décident de reprendre la fabrication de papier.

 Les Lombard-Latune étaient de ces « maîtres de forge » de la révolution industrielle qui ne négligeaient pas pour autant la politique :Paul-René fut député sous les Cent Jours et maire de Crest de 1820 à 1829.

Abandonnant les vieilles presses à bras et l’antique martinet à triturer les chiffons, il achète des machines à cylindre hollandaises : l’usine de Blacons en a deux en 1829 et 11 en 1852. Elle est d’abord alimentée uniquement par un canal dérivé de la Gervanne, puis pour suppléer la baisse des eaux en été, il installe une machine à vapeur en 1847.

De gauche à droite, Jean Latune, Pierre Latune et Daniel Latune en 1910

Tout au long du siècle la papeterie est citée comme la plus importante du département .Les bâtiments sont situés à l’arrière du village et les ateliers côtoient les logements.

Le chiffon est la seule matière première . Déchiré, chloré, rincé broyé il est mélangé à la colle et devient une pâte à papier qui après avoir été travaillée mécaniquement devient papier.

Ce sont les eaux de la Gervanne et la chute importante du canal des Berthalais qui assurent l’énergie motrice. Pour suppléer à la baisse des eaux en été une machine à vapeur est installée en 1847.

Ce papier est utilisé comme papier à lettres, de dessin, registres…

Il est de grande qualité et a obtenu de nombreuses récompenses. Il est vendu en France et en Algérie.

Couverture de cahier

Extrait de Rapport du jury central sur les produits de l’industrie française exposés en 1834 «  Médaille d’argent.  MM. LATUNE et compagnie à Crest) commune de BIacons (Drôme). Ils ont exposé des papiers dont les qualités ne laissent presque rien à désirer. Ils ont un moteur hydraulique, trois cuves toujours alimentées par trois cylindres, et douzaines de maillets; ils emploient 80. ouvriers logés dans l’établissement, et 10 manœuvres non logés. Ils ont établi récemment un atelier de réglure pour les registres et la musique. Ils avaient reçu la médaille de bronze en 1823 Ils ont maintenant droit à la médaille d’argent ». 

L’entreprise est familiale et à la fin du 19eme siècle aussi bien le personnel de direction que les ouvriers se composent en grande partie de la famille de ceux qui ont assisté à la création de la papeterie. La main d’œuvre féminine y est importante. Grands notables drômois, les Lombard-Latune, manufacturiers crestois producteurs de ratines, gros propriétaires terriens , en bons paternalistes, édifient pour leurs 200 employés des logements, une cantine, une crèche, des jardins, une coopérative, créent une caisse de secours mutuel, une caisse de retraite…

L’énorme bâtisse qui compte 7000 m2 de solides planchers sur huit niveaux, devient alors une des plus importantes papeteries de France, rivalisant avec celles d’Annonay ou d’Angoulême. Elle emploie 89 ouvriers en 1843, 190 (70 hommes et 120 femmes). Pour loger ceux qui vivent à Blacons, on édifie une cité ouvrière à la veille de la Première Guerre Mondiale , tandis que se développent les jardins ouvriers.

En 1898, avec une seule machine, la production annuelle s’élève à 550 tonnes.

Chantier de réparation de la cheminée de la papeterie Latune après l’incendie du 14 septembre 1949. Haute de ses 30 mètres, cette cheminée en briques rouges datant de la fin du XIXe siècle fut détruite de 11 juin 1985, menaçant de s’écrouler.

Il a donc fallu recourir à la main d’œuvre extérieure, et cet apport de population va provoquer un déplacement vers l’ouest de la commune et amorcer l’abandon progressif de Mirabel.

Les Latune ont la volonté d’établir les meilleurs rapports possibles entre patrons, ouvriers et employés .Le logement est assuré, une société de secours mutuel est crée ainsi qu’une caisse de retraite et une assurance contre les accidents du travail .A la fin du 19éme l’entreprise entretient également une école et un asile . Le personnel dispose d’une petite cantine et d’une coopérative d’alimentation . Il n’y a jamais eu de chômage . Les ouvriers très attachés à l’entreprise vivent donc dans une relative aisance et n’ont jamais fait grève .

En 1905 un canal est creusé au départ du ruisseau de Nodon . qui alimente une turbine électrogène et assure l’indépendance énergétique de l’usine qui ne reçoit l’électricité qu’en 1947.

Cette imposante turbine, symbole d’une industrie liée à l’eau, est l’une des cinq turbines qui actionnaient l’ensemble des machines. D’un poids total de 3 tonnes, elle a été extraite du bâtiment situé à droite de la cascade par une équipe de bénévoles et remise en état par la commune. Cette turbine hydraulique servait à entraîner plusieurs machines entrant dans le processus du traitement et de la transformation des chiffons en pâte à papier. La roue mobile entraînée par l’eau pouvait atteindre une vitesse de rotation d’environ 750 tours/minute. L’alimentation en eau était assurée par le canal de dérivation de la Gervanne. La pression obtenue par l’intermédiaire d’une conduite forcée était de 1,5 kg. Cette turbine fut installée dans la seconde moitié du XIX° siècle et fonctionna jusqu’à l’abandon de l’utilisation des chiffons au milieu des années 1950. Elle est le témoignage du passé industriel de la commune au travers des papeteries Latune dont elle a été la principale « ouvrière »

Aux environs des années 30 le chiffon est remplacé par la pâte de bois ce qui supprime une grande partie de la main-d’œuvre. Jusqu’en 1955 le chiffon est encore utilisé pour la fabrication du buvard.

Membres du personnel de la papeterie Latune (en 1960) décorés de la médaille du travail : de gauche à droite, au premier rang : Marie Louise Gontier, Mme André Blache, Mme Adrien Pinet, Léone Breysse ; au second rang : Firmin Cluze, Yvonne Gagnaire, Yvonne Prudhomme, Simone Blache, Adrien Pinet, Gabriel Blache, Louis Gronlier, Jean Latune, Pierre Gourdol, Mme Jules Granon, Annie Brun, Gabriel Raillon, Paul Ferrier ; au troisième rang : Paul Chabu (ou Chabus), Henri Blache, Jules Granon, Henri Gronlier, Emile Beranger, Gabriel Blache.

 Fermée en 1972, la papeterie Latune, qui employait alors encore une soixantaine de personnes, a perdu sa dernière cheminée démolie en 1985. Les locaux achetés par la commune en 1981 avec l’aide du Syndicat d’Aménagement du Val de Drôme. sont transformés en salles communales, en mairie et en logements sociaux.

Papeterie Latune en 1905

En 1830

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