Le canal des Berthalais

Canal des Berthalais

 

 

Sur le territoire de la commune de Mirabel et Blacons (26), le canal des Berthalais est situé sur la rive droite de la Gervanne, affluent de la Drôme.

 

 

Pendant plusieurs siècles, jusqu’en 1986, date de la fermeture du moulinage, ce canal a fourni une force motrice à plusieurs artifices tels que foulons à drap, moulins à blé et à huile de noix, scies à refendre les bois, quatre tours de tourneurs en bois et fer, une meule à aiguiser, usine textile et ensuite une fabrique de soie. A l’origine, le canal des Berthalais servait à l’irrigation des près et des jardins des usagers.

De nombreux propriétaires se sont succédés au cours du temps.

Un extrait de reconnaissance passé le 6 décembre 1584 par Guillaume Faure dit Moncha et Claude Allier tant en leurs noms que de Claude Archinard de Mirabel pour « l’apilage de l’enclauze d’Eygage » qu’ils prennent à la rivière de Gervanne, pour le service de leurs gauchoirs des Berthalais ; ledit droit ci-devant reconnu le 12 décembre 1564 par Guillaume Allier, Jean et Antoine Archinard, Claude Botte et Antoine Moncha.

Un albergement du Roi du 12 décembre 1564 indique aussi l’existence du canal des Berthalais, confirmé par des reconnaissances féodales des 6 décembre 1584, 15 juin 1605 et 6 décembre 1784 ainsi qu’une ordonnance du bureau des finances du Dauphiné et Chambre du Domaine du 30 avril 1757 sur requête déposée le 26 avril 1747 par Moïse Lantheaume, Jean Claude Mazade et Antoine Archinard.

Une reconnaissance passée le 15 juin 1605 par Claude Allier, Claude Archinard et Pierre FAURE dit Moncha en faveur « du ci-devant Roi aussi pour l’apilhage de l’enclauze et Eygage qu’ils prennent à la rivière de Gervanne, pour le service de leurs gauchoirs des Bertalais, mandement de Mirabel  » ; laquelle reconnaissance rappelle celles du 12 décembre 1564 et 6 décembre 1584 ; les extraits de ces deux reconnaissances signées par Guérimand notaire, légalisées par le maire de la commune d’Aouste et par le sous-préfet du 2° (arrondissement) et enregistré à Crest.

Suivant les informations recueillies dans le parcellaire de Mirabel établi entre 1637 et 1639, dès cette époque, il est mentionné l’existence de foulons à draps (ou battoirs) au Barthalais et le béal les alimentant. Les propriétaires, pour la partie du canal les concernant, en étaient Mathieu Faure, Pierre Giraud, Guillaume Allier et Jean Archinard.

Il existait dès avant 1789, et cela depuis plusieurs siècles, plusieurs moulins à draps ou foulons au village des Berthalais alimentés par un unique canal prenant son origine dans les eaux de la Gervanne à plusieurs kilomètres en amont du hameau, et également établi par leur matérialisation sur la carte de Cassini.

Une pétition du 16 prairial an XII (5 juin 1804) des sieurs Lantheaume, Mazade et Archinard mentionne que le canal en question leur appartient « depuis des temps immémoriaux ».

Un document daté du 30 avril 1757 confirme que Jean Claude Mazade était foulonnier et propriétaire d’un gauchoir (ou foulon) aux Barthalais alimenté par une prise d’eau dans la Gervanne.

David Alexandre Garnier avait acquis de Monsieur Antoine Archinard foulonnier et Madeleine Gaudin sa mère veuve de Monsieur François Archinard, la parcelle alors en nature de « maison d’habitation et foulons à draps « ; la vente porte également sur les « eaux servant à faire mouvoir les foulons à draps, en quel volume, sur quelque position qu’elles se trouvent », aux termes d’un acte notarié le 19 mars 1829. Au jour de son décès survenu le 17 juillet 1812, François Archinard était lui-même propriétaire du foulon depuis plus de trente ans comme cela est stipulé dans l’acte de vente. Ce qui établi une possession et une existence du foulon et du canal antérieure à 1789.

Le 19 décembre 1841, Henri Chaleuil devient propriétaire de cette fabrique de soie pour l’avoir acquise de Monsieur David Alexandre Garnier aux termes d’un acte notarié précisant que le bâtiment comprend au rez-de-chaussée des foulons et que la vente porte aussi sur « la chute d’eau qui servait à faire mouvoir les foulons en quel volume et sur quelque position que se trouvent les dites eaux

François Bernard dit Bérard avait acquis le 16 décembre 1853 de Monsieur Barthélémy Fraud agissant tant en son nom que comme liquidateur de l’ancienne maison de commerce « Barthélémy Fraud et Compagnie » négociants à Crest (26400), une fabrique et la parcelle afférente au canal. Barthélémy Fraud avait acquis cette fabrique de soie suivant adjudication publique, tranchée devant le Tribunal Civil de Die (26150) le 17 juin 1844, sur expropriation de Monsieur Henri Chaleuil.

Par acte notarié du 2 novembre 1858, Monsieur François Bernard Durand dit Bérard, vend sa fabrique avec les droits d’eau à Messieurs Milson et Poy

le 28 juin 1873. Jean Pierre Grangeon était propriétaire du canal après l’avoir acquis dans le cadre de la liquidation judiciaire de l’entreprise commerciale « M.M. Milson, Poy et Charles Berry» marchands de soie à Lyon. Il vendit ses droits le 12 mars 1882 à Mr Auguste Emile Rey. M. Grangeon a déclaré  » qu’il vend avec toutes les garanties de droit et sous la franchise expresse de toutes dettes et hypothèques à M. Rey qui accepte : tous les droits sur les eaux qu’il s’était réservé dans le contrat de vente du 12.03.1882 en sorte que dès à présent la scierie et son moteur cesse d’exister et que ledit Rey reste seul le maître absolu de l’eau du canal pour l’affecter entièrement à la mise en mouvement de sa fabrique. Pour ce les vannes au moyen desquelles l’eau était prise par M. Grangeon devront être supprimées et sur l’eau du canal celui-ci n’aura absolument d’autre droit que celui de prendre tous les jours un filet l’eau constant donnant 10 litres à la minute pour l’irrigation de son jardin « .

Le 11 décembre 1957, la société anonyme dénommée « Moulinages Emile Rey à Crest (26400) acquiert par moitié des consorts Henry, Françoise et Emilie Rey et des consorts Emile et Jean Philippe Rey, Geneviève Rey et Lucette Pouhier en suite du décès de leur père Monsieur Joseph Emile REY lui-même léguataire de son père Monsieur Auguste Emile Rey.

Actuellement, l’ancienne usine de moulinages textile et son canal d’alimentation appartiennent exclusivement à Monsieur Jean Louis Jacques Granjon et Mademoiselle Christine Marie Long pour les avoir acquis de la société anonyme dénommée « Moulinages Emile Rey » aux termes d’un acte reçu par notaire le 17 décembre 1988.

Leur souhait est de remettre en eau le canal et ainsi faire rebattre le cœur de cet ancien ensemble industriel. La route est longue mais revoir l’eau couler dans le canal approche!

Le projet de réaménagement de la prise d’eau du canal sur la Gervanne est lancé. A des fins de continuité écologique, il s’accompagnera de la reconstruction du seuil pour être franchissable aux espèces piscicoles locales (truite fario, barbeau méridional, anguille). Il prévoit aussi la consolidation des berges avec plantation d’espèces buissonnantes (reconstitution de la ripisylve).
Une vanne martelière à l’amont de la grille limitera le débit dérivé à la côte normale d’exploitation et permettra la fermeture du canal. Les travaux ont été autorisés par arrêté de la Direction Départementale des Territoires de la Drôme en date du 26 février 2020.