Le charbonnier

Le charbonnier

 

 

Si nous sommes au temps du pétrole, du fuel ou de l’électricité, celui du charbonnier n’est pas si éloigné.

 

 

 

 

Le charbonnier

La fabrication du charbon de bois

La technique des meules au XVIIIe siècle

La technique des meules reste la plus utilisée jusqu’au milieu du XIXe siècle

Article sur la fabrication du charbon de bois

Exploitation d’une charbonnière au XVIII° siècle

Des huttes de charbonniers …

 

 

 

 

Le charbon de bois résulte de la carbonisation, c’est-à-dire de la combustion partielle du bois dans un milieu où la quantité d’oxygène est contrôlée afin que les ingrédients volatils du bois s’échappent, laissant un résidu formé de carbone presque pur. Le charbonnier pratique son métier dans les régions de bois et de forêts, contrairement à d’autres occupations qui ont peu à peu migré vers les villages. On retrouve sa trace dans l’Est, dans le Limousin, en Bretagne et dans bien d’autres régions. Différentes techniques de fabrication du charbon de bois se succèdent au fil des siècles : fosses, meules et fours.

Curieux destin, le voici qui ressurgit en force, dans une utilisation, certes marginale mais valorisée, alors qu’on le croyait enterré, figé à jamais dans l’histoire universelle de l’énergie.

Il s’en est fallu de peu que sa fabrication ne puisse tout simplement plus être imaginée. Les charbonniers, jadis nombreux avant d’être réduits à une poignée de spécialistes, ont failli emporter leurs secrets dans la tombe.

Aujourd’hui, des personnes sont à nouveau intéressées et apprennent les gestes des charbonniers, sans pour autant en connaître toutes les finesses par manque d’expérience.

La fabrication du charbon de bois

 

Dès l’aube de l’humanité, l’homme ayant maîtrisé le feu, il a très vite observé les caractéristiques de la carbonisation du bois.

Dès l’Antiquité, le charbonnier savait qu’il fallait chauffer le bois à une certaine température, pas trop élevée, et en évitant de l’enflammer, car sinon il en résulte des cendres ou un mauvais charbon de bois. Celui-ci s’obtenait en empilant du bois en un tas recouvert d’une couche d’argile, que l’on enflammait. Une partie du bois étant consumée en consommant tout l’oxygène, la chaleur produite transformant le reste du bois en charbon. Parfois, à la place d’une meule on effectuait la combustion dans une fosse.

 Qu’avaient observé les premiers hommes?. Tout d’abord qu’en carbonisant le bois on obtenait une matière très utile: le goudron. Ils avaient également noté le pouvoir calorifique du charbon de bois. Ils avaient compris, sans forcément se l’expliquer, que la différence entre le fait de brûler du bois ou le carboniser résidait dans la présence ou l’absence d’air, plus précisément d’oxygène. C’est pourquoi ils creusaient des fosses dans le sol et y plaçaient le bois à carboniser.

Plus tard, au moment de la révolution industrielle, les charbonniers édifièrent des meules, qui poussèrent comme des champignons dans le Jura et les Préalpes.

En effet les nouveaux besoins en énergie étaient grands, le charbon indigène trop rare pour être bon marché et les moyens de communication inadaptés au transport de la houille.

Produit en forêt, le charbon de bois avait notamment pour avantage sur le bois, de représenter, à valeur énergétique égale, un volume et un poids infiniment inférieurs.

Le 19ème siècle devait constituer le maximum de son développement et de son utilisation

Au XVII°s et jusqu’à la fin du XIX°, les charbonniers fabriquaient déjà le charbon de bois, il était utilisait dans les foyers pour son pouvoir calorifique.

A la fin du XIX°, tout bascula avec le siècle. Le chemin de fer apporta du charbon en quantités industrielles. Avec l’arrivée de l’extraction du charbon des mines de l’Est ou du Nord, l’usage de four en fer pour améliorer les rendements, entraîna petit à petit la fin du charbon de bois et des charbonniers traditionnels. La faible demande qui subsistait fut aisément satisfaite par des importations à des prix extrêmement bas, trop bas; les charbonniers abandonnèrent le métier.

On le vit réapparaître, comme d’autres activités, durant les deux guerres mondiales, mais en 39-45, on dut faire appel à des charbonniers étrangers, des Bergamasques surtout.

Passé maître dans l’art de dominer le feu, le charbonnier, aussi appelé boisserier dans certaines régions, produit du charbon de bois. Sa matière première, le bois, donnera, au terme de plusieurs jours de travail et de surveillance, ce charbon de bois qui servait jadis au chauffage.

Autrefois,  le charbon de bois était rarement utilisé en zone rurale, car le bois de feu et les déchets végétaux étaient des combustibles facilement disponibles.

C’est donc dans l’environnement urbain que les avantages du charbon par rapport au bois étaient les plus évidents.

Dans les pays en voie de développement, le charbon de bois est utilisé depuis des siècles pour la cuisson des aliments, le chauffage domestique et l’artisanat.

Actuellement on ne produit plus de charbon de bois à l’ancienne mais industriellement comme isolant, conducteur, filtre et pour les barbecues.

La hutte des charbonniers qui était leur habitat pendant tout le temps qu’ils passaient dans la forêt.

Historiquement, en Europe, la carbonisation était réalisée par des charbonniers (ou carboniers), directement en forêt au plus près de la ressource en bois. Les lieux où s’établissaient cette activité étaient appelés charbonnières ou carbonneries et après abandon places à charbon ou aires de faulde (dans le Nord).

La fabrication en est décrite dans le Précis illustré de mécanique en 1894 de la manière suivante :

      • « Le charbon de bois provient de la carbonisation du bois, brûlé sans air pendant un certain temps.

      • Cette opération se fait à l’emplacement même où on le coupe, c’est-à-dire dans la forêt, et voici comment :

      • Les morceaux étant de longueur de 0m à 1 mètre environ, on les met debout et inclinés, entassés les uns sur les autres en formant une circonférence dans le plan horizontal de 3m à 6 mètres environ de diamètre, et une demie dans le sens vertical de 2m50 à 3 mètres de haut environ, en laissant un trou de toute la hauteur dans le centre pour y mettre le feu, qui consiste en charbon de bois allumé, puis on le referme totalement et on met une couche de terre ou de gazon sur toute la surface pour éviter les courants d’air. Il brûle dans cette position pendant quinze jours ou trois semaines suivant la qualité du bois, et lorsqu’il est suffisamment brûlé on remet une nouvelle couche de terre sur toute la surface pour l’étouffer complètement et on le laisse refroidir, puis on démonte le tout. Le bois étant assemblé et le feu y étant, il prend le nom de fourneau et demande à être surveillé nuit et jour ».

Le procédé en meule permet d’obtenir entre 17 % et 28 % du poids initial de bois. Le rendement en volume est de 60 % Ce procédé ne permet aucune récupération d’autres produits comme les goudrons. Par le procédé en meule, on peut également carboniser de la tourbe.


Four à charbon de bois

 

Au cours du XIXe siècle apparaîtront des enceintes métalliques de diverses formes. Ces fours sont d’un usage plus facile que les meules. Ils ne fonctionnent pas en vase clos mais sur le même principe que les meules. Certains sont amovibles afin d’être utilisés sur place en forêt. Ils permettent également la récupération des sous-produits comme le goudron ou les gaz.

Les systèmes sont nombreux : appareil Dromart, Moreau, Pierce, etc.

L’appareil Moreau a été mis au point aux environs de 1875 : « il se compose d’une cage en forme de dôme composé de plaques de fortes tôles montées sur un bâti en fonte. La partie supérieure se termine par une cheminée munie d’un couvercle mobile ; la partie inférieure est ouverte et la cage se pose simplement sur une aire préparée comme pour une meule ordinaire ».

Un autre four à charbon de bois

La technique des meules au XVIIIe siècle

 

Au XVIIIe siècle, l’Encyclopédie décrit la technique des meules, procédé comprenant cinq opérations : le dressage des bûches et rondins, l’habillement, l’allumage, la cuisson et le défournement.

Pendant que tous les gens des bois s’affairent, le charbonnier se rend dans ses coupes. Il y taille des charbonnettes de 0,66 m à 1 m de long et de 0,30 m de tour. Les billes de dimension supérieure sont refendues. Il les empile en tas, appelés cordes, dans un coin abrité de la forêt afin qu’elles sèchent. Au XIXe siècle, la corde contient, suivant l’usage, 1 stère, 1,50 stère, 2 stères, 2,74 stères, 3 stères, 3,50 stères et même plus. En mars, quand les autres métiers quittent la forêt, le charbonnier construit une loge, sorte de hutte, qui va l’abriter jusqu’à la mi-novembre.

Il installe aussi sa première meule à l’abri du vent, sur un sol ni trop pierreux, ni trop humide. Avec une pioche et une pelle, il prépare l’aire de travail en aplanissant la surface. Puis il amène les rondins à l’aide d’une large brouette. Pour réaliser la meule, il étale ensuite une couche de copeaux sur la place à « fourneau », puis dresse un piquet en son centre. Du bois sec, facile à enflammer, est disposé au pied de celui-ci. Le charbonnier place les premières charbonnettes en triangle autour du piquet pour former la cheminée, puis il pose les autres verticalement en rangs concentriques sur deux étages. La meule mesure environ 4,5 m de diamètre et 1,5 m de haut. Il faut de 12 à 14 stères de bois pour la constituer. Les essences les plus utilisées sont le charme, le chêne, l’acacia, le hêtre, le noisetier… Les résineux sont évités dans la mesure du possible pour leur moindre rendement. Le charbonnier évite de mélanger diverses essences dans la même meule. L’ensemble est couvert d’un manteau d’environ 15 cm d’épaisseur constitué de mousses, de feuilles et de terre. Tout le temps que durera la cuisson, le charbonnier aura soin de colmater toute brèche qui s’ouvrirait dans cette couverture. Le charbonnier construit généralement plusieurs meules semblables dans la même clairière, mais il ne les allume pas en même temps.

Pour mettre le feu, le charbonnier ôte le piquet central et verse de la braise dans la cheminée ainsi créée et rebouche aussitôt le conduit avec un pieu. Il surveille ensuite la combustion sans flamme qui se fait lentement dans toute la meule pendant 4 jours. La conduite du « fourneau » nécessite une grande maîtrise du feu et du vent dont le charbonnier doit se faire un allié pour éviter une combustion dévastatrice de la meule. La couleur de la fumée indique le terme de la carbonisation. La meule est alors étouffée. L’opération terminée et le charbon de bois refroidi, le charbonnier enlève la couverture. Il retire le charbon de bois à l’aide d’un crochet en fer et utilise un large râteau en fer pour l’étaler.

Le rendement en charbon est d’environ 30 % : plus ou moins 30 m³ pour 100 m³ de bois. La qualité du charbon obtenu dépend de la conduite de la carbonisation et de la nature du bois utilisé. Les bois durs (chêne, hêtre, charme) donnent un charbon dégageant beaucoup de chaleur. Les bois tendres (bouleau, peuplier, tilleul) fournissent un charbon procurant moins de chaleur. Le bois doit posséder un bon degré de séchage. Trop humide, il est lent à s’enflammer et le feu a du mal à se communiquer à l’ensemble du « fourneau », entraînant la perte d’un quart de charbon. Trop sec, il se communique trop facilement et le charbon trop consumé risque d’approcher l’état de « braise », combustible de qualité médiocre.

Le charbonnier place sa production en sacs de 260 litres ou la livre en vrac aux grossistes qui, par terre ou par eau, l’acheminent vers les grandes villes et les ateliers urbains.

Le charbonnier est parfois secondé par des paysans, souvent des manouvriers, qui trouvent là une embauche pour quelques semaines. Leur travail, en équipes, consiste en de pénibles travaux de débardage et en la formation de tas de rondins rassemblés en bordure des chemins.

 

La technique des meules reste la plus utilisée jusqu’au milieu du XIXe siècle

 

Montage d’une meule

Dans une Notice sur le débit des bois de feu, leur mode de vente et les procédés de carbonisation usités en France, rédigée pour l’Exposition universelle de 1878, M. Larzillière, Sous-Inspecteur des Forêts, écrit : « Le seul mode de carbonisation dont l’usage soit général en France est le procédé des meules. Les bois sont empilés, par lits superposés, sur une aire dressée avec soin et appelée faulde, de façon à former un tas, dit meule ou fourneau, ayant la forme d’une calotte sphérique surélevée. La meule est recouverte d’une enveloppe de feuilles sèches et de mousse sur laquelle on dispose, pour empêcher l’accès de l’air, une couverture de terre mélangée de frasil ou frasin, poussier provenant des fourneaux précédemment carbonisés. Cet habillage de la meule reçoit parfois le nom de bougeage.

On met le feu par le haut, au moyen d’une cheminée ménagée au centre, ou, plus rarement, par des canaux réservés dans la masse du bois contre le sol. Le charbonnier dirige l’opération en ouvrant successivement des évents dans les différents points de la couverture.

Le volume des meules est très variable ; dans certains pays de montagnes, il ne comprend que 2 ou 3 stères ; ailleurs, il s’élève jusqu’à 300. On peut, sous ce rapport, distinguer trois types principaux :

      • • les petites meules, contenant en moyenne 8 à 15 stères,
      • • les meules de capacité moyenne, contenant de 35 à 60 stères,
      • • les grandes meules, dont le volume dépasse 100 stères.

Les petites meules sont presque exclusivement employées dans les forêts du bassin de Paris : elles ont même, quelquefois, reçu le nom de fourneaux de Paris. Elles donnent un charbon bien cuit et parfaitement approprié aux usages domestiques ; aussi leur emploi tend à se généraliser depuis que l’industrie métallurgique consomme une moins grande quantité de charbon de bois.

Les meules de capacité moyenne sont surtout en usage dans les départements de l’Est. On s’en sert principalement pour la fabrication du charbon destiné aux forges. Souvent, d’ailleurs, dans une même localité, on emploie l’un ou l’autre des deux procédés, suivant la destination que doit recevoir le charbon.

Les grandes meules sont peu usitées. Les Landes, le Doubs et le Jura sont les seules régions où l’on en fasse l’emploi, encore sont-elles d’introduction toute récente dans le Jura. On n’y comprend pas au-delà de 300 stères.

D’après des relevés faits par des agents forestiers sur tous les points du territoire, le procédé des meules donne, en moyenne :

      • • par stère régulièrement empilé de bois de chêne : 82 kg de charbon
      • • par stère régulièrement empilé de bois de hêtre : 76 kg
      • • par stère régulièrement empilé d’essences mélangées, les bois durs dominant : 73 kg
      • • par stère régulièrement empilé de bois blancs : 55 kg
      • • par stère régulièrement empilé de pin et de mélèze : 58 kg
      • • par stère régulièrement empilé de sapin et d’épicéa : 53 kg

En admettant le chiffre de 425 kilogrammes comme poids du stère de bois durs et celui de 325 kilogrammes comme poids du stère de bois blancs ou de résineux, on voit que cette production répond à un rendement moyen de 17 à 18 %.

Dans des conditions favorables et surtout quand la carbonisation est faite par des ouvriers habiles, le rendement est de beaucoup supérieur : ainsi, par exemple, la Compagnie des forges d’Audincourt, qui consomme et fait confectionner chaque année 300 000 hectolitres de bois, obtient 89 kilogrammes par stère d’essences dures carbonisé en forêt.

Les meules de capacité moyenne donnent en général un rendement supérieur à celui des petites meules, mais la qualité du charbon obtenu étant différente, il est difficile de comparer les deux procédés.

Construction d’une petite charbonnière

Le charbonnier, comme beaucoup d’autres métiers du bois, pratiquait son métier dans les régions de bois et de forêt. Il s’agissait même pour lui d’une obligation, contrairement à d’autres occupations qui ont peu à peu migré vers les villages. On retrouve des traces de charbonniers dans les Ardennes, dans le Limousin, en Bretagne et dans l’est, mais aussi dans d’autres régions françaises.

Il arrivait que le charbonnier débite lui-même son bois, mais le plus souvent c’était le travail du bûcheron. Les branches s’appelaient des charbonnettes. Il s’agissait de branches de charme, d’acacia ou de chêne, à défaut de châtaignier. Le bouleau et le sapin étaient évités dans la mesure du possible pour leur moindre rendement. Le charbonnier ne mélangeait jamais différentes espèces dans la même meule.

Écorçage du bois

 

Tout d’abord, le charbonnier prépare l’aire de travail, en aplanissant la surface avec pioche et pelle. La brouette qui lui permet d’amener le bois sur place est très large pour pouvoir y transporter des bûches de 1 mètre. Le charbonnier étale ensuite une couche de copeaux, plante un poteau de bois et bâtit autour sa meule, sorte de cône constitué de plusieurs couches de bûches d’un même bois. La meule est ensuite recouverte de terre, d’herbe et de mousse, puis le poteau central est ôté et le charbonnier verse dans le trou laissé libre quelques pelletés de braise. Commence alors la lente combustion du bois et la surveillance de la meule, qui vont durer plusieurs jours (et nuits). La couleur de la fumée indique le terme. La meule est alors étouffée ; puis lorsqu’elle est refroidie, le charbonnier retire alors le charbon de bois à l’aide d’un crochet en fer et utilise un large rateau en métal pour l’étaler.

 

Construction d’une charbonnière

Mise à feu de charbonnières

Tri du charbon de bois

La mise en sac est souvent faite par les femmes et les enfants

Chargement du charbon de bois

Transport du charbon de bois

Un article de J.P. Penison sur la fabrication du charbon de bois dans les Ardennes belges (tiré de Charbon de bois dans la forêt d’Ardenne entre les deux guerres).

« Durant des décennies, dans nos forêts, les coups de cognée bien ajustés des bûcherons ont retenti à longueur de journée et les ételles sautaient à bonne cadence. L’entaille assez profonde permet le travail du passe-partout aidé dans sa progression par l’enfoncement de coins en bois dans le trait de sciage lorsque l’arbre est de bon diamètre.

Au moment de la chute de l’arbre, le fracas des branches sur le sol semble être le premier et dernier cri du végétal terrassé par l’homme.

Ici, se termine le travail du bûcheron, il laisse sa place au rolleux qui transporte les bûches sciées en bois d’un mètre jusqu’à l’aire à faude où le bois est rollé (rangé). Pour accomplir sa tâche, le rolleux utilise le plus souvent une brouette ou une schlitte (baya) qui n’est autre qu’une luge de grande dimension qui peut glisser sur un chemin de bois aménagé jusqu’au emplacement des charbonniers.

La brouette, quant à elle , longue de 1,80 m, large de 0,75 m, peut emporter environ un ¼ de stère soit environ 100 kgs. Les deux pieds sont équipés de supports métalliques pour les protéger contre l’usure due au freinage. Elle est très robuste, mais elle exige du rolleux beaucoup de force et d’adresse pour la retenir et l’empêcher de verser dans les descentes, c’est pourquoi, il la soutient grâce à une lanière de cuir attachée aux brancards.

Appelé faudeux dans les Ardennes françaises, fauldeus ou faudreus en Belgique, le fabricant de charbon de bois est un homme de la fôret. C’est lui qui cuit le bois.

Entre les deux guerres, le charbonnier connaît une grande prospérité grâce au gazogène, au fer à repasser, aux chaufferettes, au chauffage domestique, aux chaudronniers, aux ferblantiers, aux maréchaux, aux pharmaciens qui utilisent les propriétés filtrantes et chimiques du charbon de bois.

C’est un personnage de la forêt, attifé de vieux vêtements, coiffé d’un chapeau déformé par le temps et chaussé de sabots.

La poussière du charbon lui offre un teint sombre, éclairé par le seul blanc de l’œil et des dents que l’on entrevoit dans sa barbe hirsute.

Le travail du charbonnier demande une présence constante, qui oblige le faudeux à s’installer dans les bois. Souvent celui-ci construit une hutte avec les moyens mis à sa disposition par la forêt.
Faite de branches, branchages, mousses, fougère , elle est couverte de gadoue. Elle s’intègre si parfaitement au milieu forestier qu’il est difficile de la découvrir. Au fil du temps, cette cabane rudimentaire, se couvre de papier goudronné, puis de tôle et se transforme progressivement en une baraque en planches à toiture de tôles ondulées.

La fabrication du charbon de bois est auréolé d’un mystère, d’un secret que protège le faudreus. Ce secret, il l’a hérité de son père et le transmet seulement à ses enfants.

En merveilleux artisan, le faudreus est un homme heureux, dur et très attachant. Pour ses repas, il se contente de pommes de terre, de haricots secs, etc.

Le gros problème du charbonnier est celui de l’eau potable. les sources ne sont pas toujours près du chantier. L’eau croupit rapidement et devient impropre à la consommation.

Lors de la cuisson de la meule, il lui faut surveiller jour et nuit. La nuit, il veille au loup qui vient rendre visite en faisant un trou dans la meule qui embrasse ainsi le travail de plusieurs jours.

L’aire à faude est une surface circulaire horizontale aménagée par le charbonnier.

Avec une pioche qui coupe comme un rasoir; il élimine la végétation rampante et les jeunes pousses pour dégager le sol et mettre la terre à nu.

Il utilise les outils tels que :

a. – les pelles à pic qui permettent d’enfoncer les braises dans la cheminée de la meule pour mettre le feu.
b. – le râteau à longues dents en bois qui permet de peigner la meule après la cuisson, avant de tirer le charbon
c. – l’arcot qui sert à trier le charbon tiré
d. – le râteau racleur se compose d’une planche fixée perpendiculairement au manche avec lequel, le charbonnier enlève la terre
e. – le panier en osier que le charbonnier utilise pour mettre le charbon en sac.

L’aire à faude est un emplacement horizontal et circulaire de 4 à 6 mètres de diamètre sur lequel le charbonnier construit la meule. L’emplacement est de préférence choisi sur une pente près d’un chemin. Pour des raisons de bonne pyrogénation, il ne faut pas construire une meule au soleil, celui-ci desséchant rapidement la couverture de la meule ce qui favorise le risque de fuite et d’incendie. En général, le charbonnier nivelle trois aires à faude et travaille en série

L’aire à faude préparée, commence la construction de la meule.

Une cheminée centrale est indispensable pour la mise à feu, elle est conçue de manière très simple : – un piquet d’environ 15 cm de diamètre et de 2,50 m de hauteur est planté à faible profondeur au centre de l’aire . On édifie une cage triangulaire autour en croisant morceaux de bois bien droits d’environ 50 cm., la meule terminée on enlève le piquet et la cheminée est ouverte.

La cheminée peut aussi être constitué de trois piquets de faible diamètre plantés en triangle et reliés en eux par des liens en noisetier.

A ce moment, le charbonnier et le rolleux peuvent camper les bûches en tournant et en mettant de côté au fur et à mesure, celles qui sont plus fines et droites pour la finition.

Lorsqu’ils ont utilisé environ la moitié du bois, ils commencent un deuxième lit.
(25 stères pour 4 m de diamètre, 28 stères pour 6 mètres). Le troisième lit est très incliné et donne à la meule une forme hémisphérique.

Pour la finition, ils disposent les bûches réservées et comblent le maximum de trous avec des morceaux de bois. A ce moment le coffrage de la cheminée est enlevé et l’orifice est bouché avec du gazon ou une tôle.L’ensemble est alors recouvert de feuilles, d’herbes, de gazon pour empêcher la terre de s’infiltrer à travers les morceaux de bois. Il s’agit d’une terre légère, préparée lors du nivellement de l’aire à faude. Cette terre est répandue en une couche de 2 à 3 cm, sur la meule, pour la recouvrir entièrement en empêchant tout prise d’air.

Le charbonnier verse dans la cheminée quelques pelletées de braises rouges, qu’il complète avec des piétons et arcias et du petit charbon de bois. Les piétons et arcias sont des charbons mal cuits.

Très rapidement, la fumée s’élève de la meule et à ce moment, notre charbonnier couvre l’orifice d’une tôle qu’il recouvre de terre. Avec la pelle à pic, il perce une dizaine de trous à la base de la meule. Ces trous lui serviront à contrôler la cuisson en l’activant ou la ralentissant.

Une meule qui cuit trop vite brûle beaucoup de bois et donne donc peu de charbon.

Pour que le feu gagne l’ensemble de la meule, il faut recharger la cheminée trois heures après l’allumage, puis encore trois heures après, et ensuite de six heures en six heures jusqu’à l’allumage complet qui se caractérise par le dégagement d’une fumée blanchâtre qui enveloppe entièrement la meule.
A 23 heures et à trois heures, le faudreus se méfie du loup qui vient rendre visite en faisant un trou dans la meule pour la faire brûler. Il s’agit d’une légende qui s’explique par une activité plus intense à ces heures du soir et du matin où l’oxygène afflue et active la cuisson.

Après une journée de cuisson, le faudreus monte sur la meule avec son échelle pour la piétiner.
Il détecte les zones cuites, les zones restées en bois et tasse la couverture. Il déplace le feu en ouvrant de nouveaux trous de pied et en bouchant les autres. Si par contre un zone est en avance, elle risque de prendre feu et de créer une cavité embrasée. Cette cavité appelée chapelle présente un danger pour le charbonnier imprudent qui s’aventure sans échelle sur la meule et risque de tomber dans ce cratère en fusion et risque d’y périr carbonisé.

Après deux jours de cuisson, le charbonnier forme la tête du fourneau en dessinant un col autour de la cheminée. Cette préparation oblige le charbon à s’affaisser régulièrement et les restant du bois à prendre la même inclinaison.

Deux jours plus tard, la meule est cuite. Son volume est réduit, sa forme aplatie.

Si une bosse reste apparente, c’est la preuve qu’une partie du bois n’est pas cuit.

Cette anomalie peut être due à une aire à faude dont la surface est irrégulière ou à un point plus humide ou encore au vent qui active un point plus qu’un autre.

Pour y remédier, il perce des trous à la base de la meule, du côté de cette anomalie pour activer la cuisson.

Avec son échelle, le charbonnier à l’aide du râteau à longues dents bat et peigne la surface de la meule en commençant par le sommet. La terre comble alors les moindres interstices et étouffe le feu. Il tire ainsi le maximum de terre au pied et met la meule à nu. Il trie rapidement cette terre enlevant les morceaux de gazon restants puis de nouveau recouvre la meule de façon uniforme.

Il entame la meule par le nord pour tirer un quartier. Le charbon sorti est roulé dans la terre fine pour étouffer les derniers points de combustion. Ainsi, il va tirer progressivement tout le charbon qui doit sonner pour être de bonne qualité.

Quand le charbon est tiré et bien froid, on le trie et le met en sac.

Les arcias et piétons sont mis de côté pour la mise à feu de la prochaine meule.

La mise en sac (toile de jute grossière) se déroule de la façon suivante, trois piquets dressés en croisettes servent de potence. Le sac suspendu est maintenu ouvert par un cercle de noisetier. Le remplissage s’effectue par le panier en osier (la respe). Le sac est rempli jusqu’à la gueule et terminé par deux couches de charbon longs et croisées qui lui donnent une forme cylindrique jusqu’au dessus. »

Un charbonnier heureux transportant du charbon de bois

Exploitation d’une charbonnière au XVIII° siècle (3 planches)

 

Construction de la meule (Planche 1 extraite de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert de 1751)

Exploitation de la meule (Planche 2 extraite de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert de 1751)

Les outils (Planche 3 extraite de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert de 1751)

Des huttes de charbonniers…

 

 

 

 

 

… en Sologne

Dans le Morvan

Dans l’Yonne

… une autre hutte dans le Berry

Sources :

 

 

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