Le colporteur

Le colporteur

 

Nombre de commerçants n’avaient pas pignon sur rue : il s’agissait des colporteurs qui promenaient leur stock sur le dos et criaient les mérites de leurs marchandises pour attirer le chaland.

 

 

 

 

Définition du colporteur selon l’Encyclopédie de Diderot en 1751

Extrait de Tableaux de Paris de Louis-Sébastien Mercier, 1783

Le colportage

L’image du colporteur

Dans la hotte des colporteurs

Le diseur de prières

Les « Caïffa », colporteurs de café

 

 

 

 

Le colporteur est un vendeur ambulant transportant avec lui ses marchandises par les villes et villages. Cette profession a quasiment disparu dans les pays occidentaux, ou du moins s’est-elle transformée et a évolué, mais reste bien présente dans les pays en voie de développement.

Les colporteurs ou porte-balles, étaient autrefois assez nombreux, certains voyageaient à leur gré, au hasard des saisons, d’autres, au contraire, paraissaient avoir un itinéraire assez précis, ils passaient certaines fois deux fois l’an, au printemps et à l’automne. Les colporteurs étaient des marchands ambulants qui transportaient souvent leurs marchandises dans des  » balles  » en bois d’où l’appellation de  » porte-balle « . Le mot  » colporteur  » vient du latin comportare, en français  » transporter « , qui est à rapprocher du verbe  » coltiner  » : porter un lourd fardeau sur le cou, les épaules, la tête étant protégée par un  » coltin  » qui est une coiffure prolongée d’une pièce de cuir protégeant le col et les épaules.

Le terme s’impose dans la seconde moitié du XVIIIe siècle remplaçant la forme ancienne contreporteur (ou contre-porteur) et les variantes de mercier (petit mercier, marchand mercier) et coexiste avec l’appellation  » marchand forain « . Cependant, le terme forain perdure, et les foires de village ou de quartier, les fêtes foraines saisonnières, sont souvent l’occasion pour certains types de marchands ambulants (se déplaçant en camionnette ou autre et non rattachés à un espace de vente sédentaire) de proposer leurs produits et services (parapluie, rémouleur vendeur de couteaux et ciseaux, rempailleur de chaises, etc.).

D’autres expressions étaient déjà considérées comme désuètes vers 1750 : fripier, revendeuse, coureur, mercelot, ou brocanteur ; en revanche, certaines expressions modernes parfois familières peuvent être regardées comme synonymes :  » le vendeur à la criée « , le démarchage  » porte-à-porte « .

Définition du colporteur selon l’Encyclopédie, 1ére édition, de Diderot et d’Alembert, 1751

(Orthographe d’origine)

 » Colporteurs, c’étoit anciennement des gens de mauvaise foi qui rodoient de ville en ville, vendant & achetant de la vaisselle de cuivre, d’étain, & autres semblables marchandises, qu’on ne doit vendre qu’en plein marché. C’est en ce sens que ce mot est employé dans des reglemens de la vingt-cinquieme année d’Henri VIII. chap. vj. & par d’autres de la trente-troisieme année du regne du même prince, chap. jv. C’est ce qu’on appelle en France porte-balles, coureurs, mercelots, ou brocanteurs.

Nous nommons aujourd’hui colporteurs, des gens qui font métier de porter dans les maisons des marchandises, comme étoffes, pommades, linge, &c.

Ou de petits marchands qui les crient dans les rues ; on les appelle ainsi, parce qu’ils portent & étalent ce qu’ils ont à vendre dans une petite manne ou cassette pendue à leur cou, avec une large courroie de cuir, ou une sangle.

Ou des gens qui font métier de porter des livres dans les maisons, ou de vendre des papiers publics dans les rues. Comme ce sont pour l’ordinaire ces sortes de gens qui font le commerce des livres ou papiers volans non autorisés, leur état à Paris a attiré l’attention du gouvernement : leur nombre est fixé ; leurs noms doivent être enregistrés à la chambre royale & syndicale de la Librairie. .

Colporteurs, dans les anciennes ordonnances sont nommés comporteurs, quia secum portant les choses qu’ils vendent par la ville. On trouve plusieurs ordonnances qui les mettent dans la même classe que les menu-fenestriers, c’est-à-dire les petits marchands qui exposent des denrées à vendre seulement sur une fenêtre. Le commerce des uns & des autres étant peu considérable, ils étoient exempts de certaines impositions. Les lettres de Philippe VI. du 17 Février 1349, disent que menus fenestriers, petits comporteurs aval la ville de Paris, ne seront tenus de rien payer de l’imposition qui étoit établie sur les marchandises & denrées qui se vendent à Paris, s’ils ne vendent en un jour dix sous de denrées ; que s’ils les vendent, ils seront tenus de payer ; & que s’ils vendent au-dessous, ils ne seront tenus de rien payer. Les lettres du Roi, du 3 Mai 1751, portent la même chose, à l’occasion d’une nouvelle aide ou imposition accordée au Roi par la ville de Paris.

Les revendeuses, petits-merciers, & autres qui portent dans les rues des marchandises vieilles ou neuves à vendre, étoient autrefois tous compris sous ce terme de colporteurs.

En tems de contagion, les colporteurs & revendeuses ne peuvent vendre ni porter par la ville aucunes hardes, habits, linges, ni autres meubles, sur peine de la hart. Il est défendu à toutes personnes, même aux Fripiers, d’en acheter sur peine d’amende & de punition corporelle. Ordonnance de police du 30 Octobre 1596. Tr. de la police, tome I. pag. 659.

Les colporteurs qui vendent des livres dans les maisons, & les imprimés qui se crient dans les rues, tels que les ordonnances, édits, déclarations, arrêts de réglemens, sentences de police, condamnations à mort, & autres choses qui doivent être rendues publiques, vendent aussi d’autres imprimés qui ne sont faits que pour amuser le peuple : ceux qui s’adonnent à ce métier, ont pour cet effet une attache de la police, & portent à leur habit une piece de cuivre qui annonce leur état. L’arrêt du conseil du 4 Mai 1669, fait défense à tous colporteurs de vendre, ni colporter ou afficher aucunes feuilles & placards, sans permission du lieutenant de police ; & l’ordonnance de police du 17 Mai 1680, leur réitere les mêmes défenses par rapport aux affiches. Voyez le tr. de la police, tom. I. pag. 283. & 284.

On permet quelquefois aux colporteurs de vendre certaines pieces, qu’on leur défend néanmoins de crier pour éviter le grand éclat qu’elles pourroient faire parmi le bas peuple. Il ne leur est pas permis d’annoncer les pieces qu’ils vendent sous un autre titre que celui qu’elles portent, ou de la maniere qui leur est prescrite ; & ils doivent se conformer en tout aux ordres de la police.

Extrait de Tableaux de Paris de Louis-Sébastien Mercier, 1783.

 » Les mouchards font surtout la guerre aux colporteurs, espèce d’hommes qui font trafic des seuls bons livres qu’on puisse encore lire en France, et conséquemment prohibés. On les maltraite horriblement ; tous les limiers de la police poursuivent ces malheureux qui ignorent ce qu’ils vendent, et qui cacheraient la Bible sous leurs manteaux si le lieutenant de police s’avisait de défendre la Bible. On les met à la Bastille pour de futiles brochures qui seront oubliées le lendemain, quelquefois au carcan.(…) Souvent les préposés de la police, chargés d’arrêter ces pamphlets, en font le commerce en grand, les distribuent à des personnes choisies, et gagnent à eux seuls plus que trente colporteurs. « 

Sous Philippe VI, les lettres patentes du 17 février 1349, précisent que  » menus fenestriers, petits comporteurs aval la ville de Paris, ne seront tenus de rien payer de l’imposition qui étoit établie sur les marchandises et denrées qui se vendent à Paris, s’ils ne vendent en un jour dix sous de denrées ; que s’ils les vendent, ils seront tenus de payer ; et que s’ils vendent au-dessous, ils ne seront tenus de rien payer « .

Une ordonnance du roi de France Henri II, du 27 juin 1551, stipule que les porte-balles ou porte-paniers qui  » sous couleur de vendre quelques marchandises, portent secrètement des livres venant de Genève et autres lieux mal famés « , il leur est purement et simplement interdit de se substituer aux vrais libraires, même pour proposer au chaland des almanachs, des abécédaires ou des livres d’heures. En cas d’infraction, les objets seront saisis sans discrimination, aussi bien les livres que toutes autres marchandises et les contrevenants déférés à la justice. La peine encourue pour la première infraction est celle du fouet. Les foudres royales s’exerçaient sur tous ouvrages imprimés, vendus, exposés ou distribués s’ils étaient de nature à attenter à la religion, au service du Roi, au bien de l’État, à la pureté des mœurs, à l’honneur et à la réputation des familles et des particuliers.

En France, en 1611, on dénombre 46 colporteurs autorisés à transiter et à vendre dans certaines villes et régions. Leur nombre passe à 3 500 en 1848, date qui constitue l’apogée du métier.

En 1618, un arrêt fut pris selon lequel  » les colporteurs ne pourraient tenir apprentis, magasins, ni boutiques, ni imprimeries, ni faire imprimer en leurs noms mais ils porteront au col dans une balle, pour les vendre, des almanachs, édits et petits livres qui ne passeront pas huit feuilles, brochés ou reliés à la corde, et imprimer par un libraire ou par un maître imprimeur de cette ville de Paris, auquel sera son nom, son adresse, sa marque et la permission ; le tout à peine de confiscation et de dix écus d’amende. « 

L’arrêt du Conseil d’État du 2 octobre 1643  » défend à tous colporteurs de vendre ni débiter aucuns livres ou discours imprimés, où le nom de l’auteur, du libraire et la marque ne soient mis ; en cas de contravention, veut qu’il soit procédé extraordinairement contre eux, et qu’ils soient châtiés par les peines qu’ils méritent selon la qualité des livres. « 

L’arrêt du Conseil du 4 mai 1669, fait  » défense à tous colporteurs de vendre, ni colporter ou afficher aucunes feuilles et placards, sans permission du lieutenant de police  » ; l’ordonnance de police du 17 mai 1680, leur réitère  » les mêmes défenses par rapport aux affiches « .

De nouvelles précisions dans un édit du mois d’août 1686 définit :  » ils seront tenus de porter une marque ou écusson de cuivre au-devant de leur pourpoint où sera écrit le mot  » colporteur « , et rappelle les dispositions de l’édit de 1618. En 1689, les sanctions pour désobéissance sont aggravées : à l’amende prévue pour par les précédents décrets s’ajoutent la peine de prison, la confiscation et la punition corporelle.

À la fin du règne de Louis XIV,  » il est défendu au contre-porteur de vendre par la ville des ouvrages & marchandises qui sont réservées aux maîtres des corps de métiers érigés en jurande, sous peine de confiscation & d’amende « .

Au début du XVIIe siècle, en France, la  » bibliothèque bleue « , que l’on qualifierait aujourd’hui de littérature de gare, reposaient en partie sur le colporteur qui assurait sa diffusion sur le territoire. En 1727, les colporteurs de presse doivent obligatoirement savoir lire et écrire, qu’ils soient inscrits sur un registre de la généralité du lieu, et qu’ils portent une plaque distinctive ; mais la plupart des colporteurs, aussi analphabètes que peu enclins à payer les taxes liées à leur profession, sont inscrits comme  » trafiquants  » dans les actes notariés et paroissiaux.

Mais les autorités se méfiaient de lui car il était susceptible de diffuser des pamphlets outrageant le pouvoir en place et la pratique de ce métier fut assez sévèrement encadrée.

En 1757, un édit les punit de la peine de mort s’ils diffusent de manière clandestine des livres n’ayant reçu aucun privilège ou frappés d’interdits, et, en 1793, la Convention nationale les place sous une stricte surveillance.

La profession de colporteur a connu un essor grandissant depuis le XVIIe siècle jusqu’à la fin du XIXe siècle. L’apogée du colportage se situe sous le règne de Louis-Philippe bien que les contrôles qui en limitent l’exercice aient continué à se multiplier pendant cette période.

En 1834, une loi oblige le colporteur à demander une autorisation municipale pour exercer son commerce. En 1849 c’est à l ‘autorité préfectorale qu’il doit se référer et en 1852, une commission de surveillance rend obligatoire sur les livrets et les images, l’estampille « colportage », avec le nom du département et l’année et, le port d’un passeport spécial par tous les colporteurs, ce qui correspond à une  » patente « . Ces contraintes ne furent levées qu’à partir de 1880, c’est-à-dire à l’époque ou le colportage déclina et où tend à disparaître la littérature populaire qu’il permettait de diffuser et à laquelle est resté attaché le nom de « Bibliothèque bleue ». Sous ce vocable sont rangés quantités de livrets de petit format, facilement transportable dans une « balle » de colporteur, et caractérisés par une présentation peu soignée, une impression défectueuse et un brochage fragile. Ils comportent des romans, des contes, des recettes de médecine ou d’art vétérinaire, des textes de cantique ou de catéchisme mais aussi, bien sûr, toutes sortes de récits d’événements remarquables et extraordinaires, d’histoires de brigands, de crimes, de phénomènes et de curiosités de la nature. L’information diffusée par les colporteurs avait l’inconvénient d’être extrêmement irrégulière et les livrets, en fait d’actualité, rapportaient des événements qui pouvaient s’être produits des années avant, quand ils n ‘étaient pas totalement imaginaires.

L’apparition des bibliothèques de gare françaises copiées par Louis Hachette sur les Anglais vers 1840, marque progressivement la fin des colporteurs de livres.

Le colportage

 

Au temps où les boutiquiers étaient moins nombreux dans nos campagnes, et où les voyages à la ville étaient toute une affaire, le colporteur régnait.

À une époque où la population était très majoritairement rurale, les métiers ambulants sont vite devenus une nécessité dans les régions les plus difficiles.

Pour les paysans-colporteurs d’origine, les départs temporaires peuvent parfois devenir définitifs. Et ces hommes rudes, rompus aux longues marches, deviennent alors colporteurs à part entière.

Parti de ses montagnes, ils s’en venaient tous les hivers, le bâton à la main, la balle au dos, offrir aux mères de familles les marchandises les plus variées. Ils avaient sa région déterminée, parcouraient toujours le même rayon et retrouvaient dans chaque village une clientèle assurée et fidèle.

Généralement vêtu d’une veste de velours brun, le colporteur arrivait à pied, avec dans le dos une grosse balle de marchandises, enveloppées de cuir, ou parfois une caisse en bois

Presque dans chaque maison il vendait pour quelques sous, l’un ou l’autre de ces objets. Pourtant le pauvre homme ne réalisait que de bien maigres profits car il acceptait bien volontiers l’assiette de soupe, de boire un verre de vin qu’on lui offrait et le gîte dans la grange ou l’écurie selon la saison.

Il fallait que ces hommes, qui étaient sans doute très forts puisqu’ils faisaient un métier dur, aient fortement le goût du voyage, de l’aventure, pour se contenter d’un travail si peu lucratif plutôt que de se stabiliser.

Tout en rangeant ses boites, le colporteur faisait la causette. Il parlait de sa tournée, des pays où il avait déjà passé, donnait des nouvelles des connaissances.

Les colporteurs proposaient un large éventail de produits dans lesquels parfois ils se spécialisaient : des livres, des bulletins, des journaux, du tissu et du linge, de la toile et des rubans, de la mercerie, des images d’Épinal, des estampes, des fleurs artificielles, des objets en fer blanc, des remèdes, pommades et potions, la bonne aventure, la coutellerie, des colifichets et des jouets, des objets exotiques, etc. . Que de richesses sur les rayons ! Mais aussi, le Messager boiteux ! On ne l’a jamais retrouvé depuis que le dernier colporteur n’est plus revenu. C’est pourtant lui qui enseignait les divisions du temps, les heures capricieuses du lever et du coucher du soleil, les phases de la lune, les douze signes du zodiaque, la liste des travaux auxquels doit se livrer un bon cultivateur, tant aux champs qu’à la ferme, pendant chacun des douze mois de l’année.

L’image du colporteur

 

Du colporteur, on a souvent l’image d’un semi-vagabond, passant de maison en maison pour proposer ses rubans et autres colifichets, n’hésitant pas à chaparder quelque poule quand la vente n’a pas été bonne

Le colporteur, même connu par ses visites successives, était vu comme un étranger. Cette particularité permettait de lui attribuer faute de mieux la responsabilité de certains méfaits. Ainsi, jusqu’à une certaine époque en Bretagne, les registres de déclaration de grossesse hors mariage les désignent souvent comme auteur de l’enfant.

Dans les années 1830, apparaît en France l’usage du nom  » romanichel(-le)  » pour désigner le  » tzigane nomade  » puis vers 1900 le  » vagabond, individu sans résidence fixe et au métier flottant « .

Les colporteurs se sont recrutés, très tôt, parmi les petits paysans ou les journaliers qui recherchaient par cette activité saisonnière, compatible avec le travail de la terre, un complément de ressources durant la morte saison. Étant issus du milieu rural, les colporteurs touchaient avant tout une clientèle de paysans dont ils connaissaient bien les goûts. Les colporteurs se sont recrutés, très tôt, parmi les petits paysans ou les journaliers qui recherchaient par cette activité saisonnière, compatible avec le travail de la terre, un complément de ressources durant la morte saison. Si, de tous temps, il s’est trouvé sur les routes de pauvres gens qui cherchaient autre part une fortune qu’ils ne pouvaient trouver dans leur village, d’autres marchands ambulants avaient une activité bien plus structurée qu’on ne l’imagine.

Au cours du XIXe siècle, plusieurs communautés montagnardes, avaient organisé un véritable réseau de colportage et avaient la main mise sur les circuits de distribution de la littérature populaire.

On distingue plusieurs types de circuits de colportage selon qu’il s’exerçait dans un département, dans un arrondissement, ou dans le cadre plus vaste de l’ensemble du territoire. Ces circuits étaient toujours pré-déterminés, obéissant à un ordre bien défini et revenant à des périodes fixes de l’année suivant un calendrier connu des acheteurs potentiels. Cette activité était très organisée : à la fois par les colporteurs eux-mêmes qui se distribuaient des territoires de vente en fonction des saisons et par les autorités qui, par le biais de la loi, tentaient de l’encadrer. Les colporteurs n’avaient donc rien à voir avec des vagabonds se déplaçant au hasard des chemins.

Cette idée préconçue de l’inorganisation du système de colportage, très répandue, même au XIXe siècle, explique en partie les mesures de rigueur prises à son égard.

Aujourd’hui encore, le colportage, associé au démarchage, est parfois mentionné comme  » non désiré  » dans les entrées d’immeubles de grandes villes.

Dans la hotte des colporteurs

 

A partir des années 1600, et pendant près de trois siècles, les colporteurs ont sillonné la France, distribuant dans les hameaux les plus reculés une grande variété de produits comme des tissus, de la mercerie, des couteaux et des rasoirs, des petits ustensiles ménagers, ou de la bijouterie.

C’est surtout dans les zones de montagne que le métier de colporteur fait le plus d’adeptes. L’hiver, les activités agricoles et pastorales tournant au ralenti, l’un des membres de la famille peut ainsi prendre la route, caisse en bandoulière, pour diffuser toutes sortes de produits achetés en gros à la ville la plus proche. À l’origine, c’est d’ailleurs grâce aux colporteurs savoyards qui exhibent une marmotte dans une boîte en bois que ce terme apparaît pour désigner la mallette contenant les articles destinés à la vente.

Les tissus pour l’ameublement ou pour l’ habillement, en une époque où la confection n’avait pas le quasi monopole de maintenant, constituaient le négoce majeur de nombreux colporteurs. Bien entendu, ceux-ci ne transportaient pas le stock de marchandises nécessaires à toute leur saison.
Ils se réapprovisionnaient dans les fabriques des régions visitées.

La sociologie du temps révèle que c’est avec les domestiques que les colporteurs réalisaient, de demeure en demeure, leur plus grand nombre d’affaires. Sans doute parce qu’ils ne vendaient qu’à crédit, sans même faire signer de papier.

Ils n’encaissaient qu’au cours de la tournée de l’année suivante. Mais, pour rafraîchir la mémoire aux débiteurs oublieux, qu’on ne soupçonnait jamais de malhonnêteté, ils notaient sur leur calepin des détails concrets de la vente, le nom d’un ou deux témoins, des circonstances typiques. « Essayez de bien vous rappeler », disait Jean Eymard, de Clavans, à une cliente. « On était chez Gautier, l’auberge. Vous nous avez dit que c’était pour faire un pantalon au petit. » (Extrait d’un article sur les colporteurs des Alpes dans Alpes Loisirs n°14 1997)

Mais ils ont également joué un rôle important dans la diffusion de l’information et des idées en vendant dans les campagnes, des livres, des almanachs, des images et les feuilles d’actualité.

Avec les livrets de la Bibliothèque bleue et les occasionnels, le calendrier est un des articles les plus courants que les colporteurs apportent aux habitants des campagnes. Il a un usage surtout pratique mais, pour susciter l’attention de sa clientèle, le fabricant n ‘hésite pas à l’enrichir d’un récit illustré racontant un événement susceptible de toucher l’intérêt du public.

Les  » canards  » ( imprimé banal crié dans la rue comme nouvelle importante ) sont généralement illustrés d’images gravées sur bois de fil et imprimés simplement à l’encre noire. C’est la plus simple de toutes les techniques permettant la multiplication des images; celle qu’utilisaient traditionnellement les graveurs populaires. Elle présentait l’avantage, pour les artisans modestes qu’étaient les canardiers, de nécessiter un matériel très réduit: un canif, quelques gouges; à la limite, la presse typographique n’est pas absolument indispensable au tirage. Pour répondre à l’attente de la clientèle et exploiter les événements « à chaud, le canard doit être gravé, composé et tiré très vite. De là vient sa facture souvent sommaire et l’imperfection de ses tirages mais aussi, peut-être, le caractère expressif qui fait le charme de ses illustrations. Contrairement aux images populaires qui, à partir du milieu du XIXe siècle, subissent l’influence de plus en plus affadissante de l’art savant, le canard garde généralement un style brutal et franc qui perpétue les meilleures traditions de la gravure populaire

À la fin du XIXe siècle, les hommes vendent plutôt des lunettes, des dés à coudre, des ciseaux, des bagues fantaisie ou des alliances en cuivre, des almanachs (pratiquement l’un des seuls écrits diffusés dans les campagnes avec la Bible), tandis que, de leur côté, les femmes proposent des foulards, des rubans, de la dentelle, du fil à coudre et à broder et des aiguilles.
Selon les ressources locales, certains marchands ambulants exportent des pierres à aiguiser, ployant sous leur lourde charge, tandis que d’autres vendent des articles de religion.


Avec ces hottes le colporteur pouvait transporter jusqu’à une quarantaine de kilos

On peut bien sûr associer aux colporteurs tous les autres métiers ambulants qui sont légion jusqu’au début du XXe siècle.

Le diseur de prières

 

En voilà un qui n’est pas toujours accueilli favorablement. Mais, en bon commerçant, il sait se constituer au fil des ans son réseau de maisons amies. Lui, ne transporte qu’un petit autel dépliant et quelques statuettes minuscules. Il s’installe dans un coin de la maison, béret bas, et met une demi-heure environ à réciter à voix basse les sept psaumes de la Pénitence, chargés de conjurer le mauvais sort et de protéger tous ceux, bêtes et gens, qui vivent sous le même toit. Pour tout paiement, on lui donne le gîte (une brassée de paille dans la grange) et le couvert, le plus souvent un peu de lard et un morceau de pain. Certains clients aussi dévots que généreux lui octroient une piécette. Parfois, il vend aussi quelques images pieuses. L’activité de diseur de prières est généralement pratiquée par les hommes.

Les « Caïffa », colporteurs de café

 

 


La société  » Au Planteur de Caïffa  » est fondée en 1890 par Michel Cahen et sa femme. avaient acheté la cargaison d’un bateau au Havre, bateau qui, à la suite d’un coup de mer, avait eu son fret en partie noyé, donc en partie invendable. Cahen avait tout acheté : il avait séché et fait griller le café, l’avait enfin vendu à la petite semaine par colportage Initialement uniquement torréfacteur, vendant toute une gamme de café dans son magasin, Michel Cahen tout en restant spécialiste du café, transforme son magasin en épicerie. Il ouvre alors un deuxième puis un troisième magasin et de nombreux autres en province. Grâce à deux idées très nouvelles pour l’époque, sa société connaît rapidement une très forte expansion.

Dans la France encore très majoritairement rurale de la fin du XIXe siècle et du début du 20e, il est important d’aller chez l’habitant. De nombreuses succursales sont créées (on en comptera plus de 400 juste avant la Seconde Guerre mondiale) dans toutes les villes et les gros bourgs. Ces magasins servent à irriguer les campagnes. De nombreux colporteurs iront de ferme en ferme proposer les produits de la société. À pied avec des poussettes à bras, à vélo en triporteur, avec des voiturettes tirées par des chiens, un cheval ou un âne, ces milliers de colporteurs font très vite partie du paysage rural français. Le  » Caïffa  » comme on l’appelle, avec son uniforme vert-bouteille et sa casquette portant le nom de la maison devient aussi populaire que le facteur. Le caisson qu’il trimbale d’environ 1/2 mètre cube aux roues cerclées de fer qui tintent sur les pavés disjoints est peint aux armes du « Planteur de Caïffa ». . Ce triporteur à bras de couleur vert foncé peint aux armes du « Planteur de Caïffa » est une espèce de brouette à trois roues qui supporte une grande caisse contenant la marchandise. Les ménagères se voient proposer café, épices, levures, farines et différentes spécialités vendues directement sous la marque « Caïffa ». L’éventail se compose aussi de sardines en boîte, de pâtes, de gâteaux secs, de chocolat à croquer, de crèmes instantanées, d’huile et de vinaigre, de sucre, de savon et de lessive, de poivre, l’ensemble habituel de l’épicerie courante.

Pour fidéliser ses clients, le « Planteur de Caïffa » invente les timbres fidélité que les paysannes collent méticuleusement dans un petit carnet et qui une fois rempli, s’échange contre quelques objets peu onéreux (assiettes, serviettes etc..). Le carnet de timbres est généralement conservé comme un objet précieux ou un livret d’épargne.

Le métier de colporteur, rémunéré en fonction des ventes, est peu rentable et épuisant. Souvent exténué, parcourant les chemins quel que soit le temps, il trouve souvent refuge le soir chez un fermier généreux et apitoyé qui l’héberge dans sa grange.

Sources :

    • Extrait de  »  Les métiers d’autrefois « , de Marie-Odile Mergnac, Claire Lanaspre, Baptiste Bertrand et Max Déjean, Archives et Culture.

    • http://www.genealogie.com

    • http://www.mheu.org/fr/rue/colporteurs.htm

 

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