Le sabotier et les sabots

 

Le sabotier et les sabots

 

 

Un sabot est à l’origine une chaussure réalisée en creusant et allégeant un morceau de bois pour que le pied puisse s’y glisser.

Dans ses conceptions modernes, bien des matériaux remplacent en partie ou en totalité le bois, avec une grande variété de sabots, des plus luxueux aux plus simples, des plus esthétiques par leurs formes ou leurs dessins aux plus spécifiques et pratiques dans certains usages.

 

 

Le sabot est apparu entre 1480 et 1520 et a connu un développement rapide dans les populations de la France du Nord, de l’Ouest, de l’Est, en Bretagne, en Flandre et aux Pays-Bas, dans les pays rhénans et mosellans, dans les Alpes occidentales (Vallée d’Aoste), se diffusant sur la façade du nord-ouest de l’Empire romain germanique jusqu’au Danemark.

François Villon est le premier à utiliser le terme sabot, en 1512, dans sa Ballade de la Grosse Margot, qui parle d’un quartier mal famé de Paris, dans la Cité. Un peu plus tard, Rabelais cite cette nouvelle chaussure dans Pantagruel : Panurge, le professeur de Pantagruel, décrit les sabots portés par la dame de ses pensées. Et Anne de Bretagne, épouse successive de Charles VIII et Louis XII témoigne de ce premier essor populaire par son sobriquet. Cette reine de France, était surnommée par les impertinents Parisiens « la duchesse en sabots ». Son emploi comme chaussure populaire n’a pris un réel essor que du temps d’Anne de Bretagne.

Selon certains chercheurs médiévistes, le sabot proprement dit ne fut pas porté avant le début du XVIe siècle ; la chaussure tout en bois, donc le sabot au sens moderne, pourrait être connue comme une curiosité de danseur ou limité à des emplois discrets, dans des contrées disposant du savoir-faire de fabrication depuis une probable invention technique au XIIe siècle.

Au XVIIIeme siècle, comme les charbonniers, les sabotiers vivaient et travaillaient au sein des forêts à proximité des coupes et vivent dans des huttes ou loges où sont installés leurs modestes ateliers. Ces cabanes rudimentaires disposent d’ouvertures au sommet pour l’évacuation de la fumée. La difficulté de transport du bois obligeait le sabotier à s’installer aux abords de ces forêts, souvent avec toute sa famille. On ne connaît pas précisément l’histoire des compagnons sabotiers sous l’Ancien Régime. Des descriptions semi-légendaires mentionnent une organisation compagnonique semi-tribale, dans les loges au sein des bois, lieu de la principale matière première. Le réseau de solidarité aurait été plus ou moins maintenu après la dispersion vers les lieux habités.

Au début du XIXe siècle, pour éviter le « sabotage » – fabrication des sabots avec le bois des résineux – le métier fut réglementé et les ateliers durent être situés à une distance d’au moins une demi-lieue des forêts. Puis cette industrie forestière disparaît progressivement avec le désenclavement routier : les sabotiers abandonnent alors la forêt et s’installent dans les villages voisins ou migrent vers les villes. Au XIXe siècle, lorsque l’usage du sabot se généralisa, chaque village eu besoin de son propre sabotier et celui-ci s’installa alors dans le village. Un ouvrier consommait alors cinq à six paires de sabots par an et l’ouvrage ne manquait pas. Le sabotier achetait son bois sur pied et le faisait transporter jusqu’à son échoppe.

Sabots Premier Empire (France)

 

À partir de 1854, le terme de saboterie s’impose à la place de sabotage pour désigner les modes de fabrications artisanales ou industrielles des sabots. Les sabotiers se répartissaient en deux catégories, les planeurs qui façonnaient l’extérieur du sabot et les creuseurs qui réalisaient l’intérieur.

Puis, à la fin du XIXe, le sabot est utilisé comme un symbole révolutionnaire. C’est d’ailleurs pour cela que son nom donnera naissance au terme sabotage.

Dès le XIXe siècle, la saboterie va voir l’apparition de machines qui permettront une fabrication plus rapide et une augmentation de la production, les sabotiers ont fait appel, comme d’autres professionnels, à la machine : « tailleuse » et « creuseuse » entrent alors dans les ateliers. Elles donnent au bout de bois la forme de sabot.

Avec la «tailleuse», outil pouvant tourner à 5000 tours par minute, elle reproduit, à l’aide d’une fraise, par l’entremise d’un palpeur (ou gabarit) prenant appui sur un sabot modèle, la réplique exacte de ce dernier. Le sabotier façonne l’extérieur de deux sabots à la fois. Les deux pièces ne tournant pas dans le même sens, sont symétriques : une pour le pied droit et l’autre pour le pied gauche. Elle met 4 minutes pour faire une paire de sabots .

Tailleuse fonctionnant avec un gabarit

 

 » La creuseuse « , s’occupe de la forme intérieure, tandis que le paroir sert aux finitions. Il existe trois principaux sabots : les sabots de bois et les sabots à bride de cuir, pour les hommes, et les sabots claque à brides en travers, pour les femmes. Les pointures vont du 14 au 32, avec les demi-pointures, concernant ces petites tailles, il s’agit de la longueur intérieure, en centimètres. Ainsi, le 30 correspond au 45 !

 

 

La creuseuse

 

Cette machine est entraînée par une courroie, mue par une poulie de tracteur (ou ici par une locomobile). Une pièce de bois est placée dans une partie de la machine et juste à côté un sabot de bois, grâce au système ingénieux de reproduction, le sabot est copié à l’aide d’une façonneuse et d’une creuseuse. Il ne reste plus au sabotier qu’à terminer à la main le sabot, avec les gouges

 

 

Le sabot connaîtra une période faste jusqu’à la Grande Guerre. La mécanisation des saboteries intervient après la Grande Guerre. Jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, le déclin commence à s’amorcer. En 1950, la généralisation de l’usage du tracteur pour lequel les bottes sont plus pratiques que les sabots, donnera le coup de grâce aux sabotiers.

Après avoir longtemps été stigmatisée comme la chaussure du pauvre paysan dans les zones rurales, le sabot connaît ses heures de gloire dans les années 60-70. Remis au goût du jour, il deviendra paradoxalement une chaussure « fashion « .

Il existe encore une dizaine d’artisans qui pratiquent ce métier en France.

La fabrication portait autrefois le nom de sabotage.

 

 

 

sabotier sur le marché de Ponsas (26)

 

 

 

En outre, le verbe saboter en ancien français tardif du XIIIe siècle signifie « heurter ». Il prend d’ailleurs le sens de secouer en français entre le XVIe et le XVIIIe siècle. L’occitan sabar, qui veut dire frapper sur le bois pour en détacher des morceaux, vient du mot saba, « sève », car le sens premier est frapper sur le bois à la montée de la sève pour en détacher l’écorce. (une comptine très répandue accompagnait cette opération, pratiquée par les enfants pour fabriquer des « trompettes » en écorce). Le verbe est très proche de l’ancien français. Dès 1838, saboter prend son sens actuel, saboteur étant employé depuis deux ans. Un heurt violent ou un secouement par une poigne violente peut disloquer une partie d’installation industrielle. Le vieux sens de saboter en ancien français explique l’altération du matériel. Comme le mot sabot est devenu péjoratif, un ouvrier sabot(eur) est un mauvais ouvrier. Mais ces mauvais ouvriers en sabots comme la plupart des autres, tant décriés, savaient utiliser un vieux sabot, parfois bourré de ferrailles, pour le glisser dans la machines en fonctionnement et ainsi la bloquer dans ses parties internes. Ils pouvait en résulter la destruction des machines. Cette efficace forme de protestation et non les énervements ou les négligences précédemment citées, expliquent plus facilement ce nouveau sens fort du verbe saboter. Il est évoqué aussi la forme de contestation qui consistait à frapper le sol du pied en sabot lorsque le patron parlait . Le mot sabotage qui n’apparaît qu’en 1842 est vulgarisé par le dictionnaire de Pierre Larousse après 1880. Le sabot deviendra le symbole des anarchistes. D’après la tradition des typographes, le mot sabotage viendrait du fait qu’un vieux sabot était accroché dans les ateliers d’imprimerie, et on y jetait les caractères de plomb déformés ou inutilisables pour une raison ou pour une autre.

 

 

Le choix du bois

 

Le sabotier abattait et débitait lui-même son bois. Il choisissait le bois en fonction de l’utilisation future du sabot, des habitudes régionales et de la résistance et la qualité recherchée du sabot . Chaque essence a ses défauts et ses qualités. Presque partout dans les plaines de la France, on utilisait le bouleau, le peuplier noir, mais aussi le hêtre dur et solide comme dans les pays montagnards ou dans l’est de la France. parfois de l’orme, du hêtre ou de l’acacia. Les bateliers de la Loire, en particulier, préféraient les sabots en peuplier ou en saule réputés moins glissants. Ils pouvaient aussi placer des chevilles d’acacias sur la semelle dans le même but. Le chêne et le frêne étaient proscrits, car beaucoup trop pesants.

En Ardenne belge, pour éviter que les sabots n’aient un poids excessif en raison de l’utilisation de cette essence, on réalisait des sabots ouverts (cou-de-pied découvert) et taillés assez fins, par opposition aux sabots couverts en peuplier fabriqués en France. Ces sabots de peupliers, bois tendre et léger, étaient assez sensibles à l’usure et étaient donc parfois ferrés. L’orme, dont les surfaces étaient moins glissantes que les autres essences, le frêne, ou le pin sylvestre dans les Vosges étaient également fréquemment utilisés.

Sabots ardennais ouverts

 

 

Le bois de saule, léger et mou, pouvait par sa tendresse incruster dès un premier usage de fins gravillons formant ainsi une semelle antidérapante, on pouvait ainsi marcher sur la glace sans glissade ! La grande légèreté des sabots d’aulnes et de saule n’effaçait pas leur capacité d’absorber l’eau ainsi qu’à la garder. Le bouleau, léger, bon marché, était recherché pour sa solidité et sa résistance ; il était un peu froid en hiver et frais en été, ce qui en faisait de bons sabots d’intérieur.L’érable et son bois léger permet aussi la réalisation de  » sabotines « , sabots légers.

En Bretagne, surtout dans les régions forestières, le sabot chaussait de la majorité de la population ; les personnes riches portaient des galoches et des chaussures. Ils étaient fabriqués en hêtre, mais aussi en frêne, merisier ou peuplier. Le frêne donnait des sabots résistants et le merisier des sabots vernis pour les dames.

 

 

 

 

 

Les outils du sabotier

 

 

 

 

Une fois les bûches débitées, le sabotier utilise :

  • La hache de sabotier ou doloire, a un seul coté biseauté pour dégrossir la bûche, son manche est déporté vers l’extérieur et permet ainsi d’éviter à la main de toucher le bois pendant le travail. Elle a un manche très court terminé par une boule pour contrebalancer le poids du tranchant, pour alléger l’effort du poignet.

  • L’herminette sert ensuite à dégager le talon et donne la forme du sabot, entre autre, la cambrure et le talon.

  • Le paroir : sorte de lame tranchante de 80 cm, en forme de sabre et muni d’un crochet à son extrémité que l’on engage dans un anneau fixé au billot, pour donner la forme extérieure définitive au sabot ; on le manie comme un levier.

  • Les vrilles et tarières pour percer des trous avant de travailler l’intérieur du sabot. Le creusage s’amorçe à la tarière, sorte de vrille de 40 cm, puis se finit à la cuiller ou cuillère.

  • Les gouges et cuillères de sabotier pour creuser l’intérieur du sabot en augmentant progressivement de tailles de cuillère jusqu’à obtenir un espace correspondant à un pied. Cet outil tranchant, qui ressemble à une cuillère comme son nom l’indique, peut avoir plusieurs gabarits.

  • Le boutoir et la rouanne (ou langue de chat) – lame a la forme d’une feuille dont la pointe est recourbée – permettent d’accéder au fond du sabot pour la finition, d’aplanir la semelle intérieure, de polir et de finir l’intérieur du sabot jusqu’à la place des orteils.

  • Les rainettes de sabotier pour sculpter l’ornementation du sabot.

  • Les percettes de sabotier pour percer un trou sur le coté de chaque sabot qui permet de les relier ensemble.

 

Comment travaillait cet artisan ?

Le sabotier choisit les parties des troncs allant jusqu’aux premières branches. Celles-ci sont coupées en portions cylindriques, de façon que la hauteur corresponde à une longueur ou pointure de sabots, soit 20-35 cm. Ces blocs ou rondelles sont mesurés en pouces ou en fractions de pouces, puis classés. Les blocs sont divisés en quartiers avec des coins larges de 12 à 15 cm et de faible épaisseur et une masse. Le cœur du bois est évité pour que le sabot ne se fende pas en séchant. Le sabotier a deux établis qui se font face dans sa loge. Cette loge ou atelier à son domicile villageois est éclairée et toujours chauffée par un feu de bois de copeaux afin de fumer les sabots. Le premier établi sert à ébaucher et à parer l’extérieur du sabot, le second établi permet de l’immobiliser pendant le creusage.

Trois temps, celui du tailleur, du creuseur et du pareur, représentés ici par le même artisan, pour la fabrication des lourds sabots couverts, à coussins ou à brides couvrantes se distinguent traditionnellement :

D’abord la taille :  » bûcher  » consiste à donner à la bûche l’apparence d’un sabot. En neuf coups de doloire sur un billot de bois très épais et massif, avec les gestes mesurés d’un maître sabotier, l’extérieur est dégrossi et la semelle relevée. La forme se dégage de façon grossière car la doloire a un taillant large. L’emploi de l’herminette ou assot à lame courbe et à tranchant perpendiculaire à l’axe du manche,donne une ébauche aux contours réguliers. L’herminette permet de réaliser les premières incisions sur la semelle, elle préfigure le talon, et amorce la cavité sur le dos.

Ensuite la  » creuse « , étape toujours délicate : le sabot ébauché est fixé à la creuse du second établi évidé en son milieu. Il est possible d’y coincer avec des coins de chêne les deux sabots ébauchés. Le sabot droit se place à gauche, le sabot gauche à droite. La vrille débute le trou dans la partie découverte. Puis un trou oblique est percée dans la partie couverte. Les parties supérieures de l’ébauche sont creusées en deux endroits avec la tarière. Les trous sont agrandis avec la gouge ou cuillère. La percée vers l’avant est réalisée avec la tarière, puis les deux cavités sont agrandies par des cuillères tranchantes de calibres différents, puis réunies en faisant éclater le bois des interstices. Le creusement de l’avant du sabot est réalisée avec la tarière jusqu’atteindre le pointure à un pouce en retrait. La cavité arrière est creusée puis façonnée avec un outil adapté le boutoir. La rouanne, lame métallique courte et recourbée, encastrée dans un manche en bois, assure la première finition par un raclage de l’intérieur du sabot.

Enfin le  » parage « . le façonnage externe est réalisée ensuite au paroir, qui est un sabre ou une grande lame coupante fixée à une extrémité par un anneau sur l’établi nommé la chèvre et muni à l’autre extrémité d’une poignée de manœuvre. Les arêtes vives sont rabattues au débordoir, véritable double rasoir, parfois confectionné de bric et de broc avec deux vieux rasoirs. L’extérieur est lissé au racloir, qui n’est souvent qu’un morceau d’une vieille faux. La finition gomme les aspérités extérieures au paroir, intérieures à la rouanne, puis un arrondissement des angles encore saillants est mené au dégageoir.

Une paire de sabot est assemblée et marquée d’un même signe identifiant. Des couteaux aux tailles variées permettent de rajouter des fioritures décoratives. La décoration peut être sommaire, avec un marqueur identitaire enjolivé, pour des sabots d’usage quotidien ou compliquée à l’envi. Les sabots légers du dimanche ou de mariage sont plus souvent confectionnés par des spécialistes minutieux. Chaque paire de sabot est unie par un bout de fil de fer car chaque sabot est percé sur le côté interne d’un petit trou à l’aide d’une percette.

Paire de sabots décorés Bressan de 1896

 

 

Le sabot terminé était séché. La durée du séchage à l’abri du vent, des courants d’air ou des chocs thermiques dans la loge perpétuellement chauffée est estimée entre trois à cinq mois. Des sabots peuvent perdre la moitié de leur masse et réduire en volume et en dimension. mais cette perte dimensionnelle est estimée préalablement par le maître sabotier. Les sabots secs sont rangés dans un appentis puis vendus par paires aux marchands, aux colporteurs, plus souvent qu’à une clientèle locale. Certains sabots sont noircis avec du noir à sabots. Un bon sabot tapoté sur la semelle fait ressortir une belle sonorité à l’oreille placée sur la cavité.

 

 

Usages et utilités

 

 

L’utilisation des sabots est bien souvent associée aux contrées paysannes, les pays essentiellement ruraux avant 1880.

Un sabot n’était pas porté à même le pied, mais il était garni de foin à armature de paille tressée en hiver, aéré par de la fougère en été, voire parfumé de fleurs et de substances végétales odorantes. Les matières de rembourrage ont très vite remplacé les végétaux. Pour un meilleur confort, on pouvait utiliser des chaussons spécialement adaptés, faits de feutre, de laine foulée, de peaux de moutons avec laine préservée. On pouvait chausser sans prendre froid le sabot adapté à une tâche précise. Une fois cette tâche achevée, les pieds, toujours dans les mêmes chaussons, préservent une douce impression de confort radicalement différente des contraintes de contact ou de resserrement lors de l’enfilage de bottes ou le port de chaussures.

Le bois et l’essentiel des matières rêches ou douces et aérées qui entourent le pied dans le sabot sont des isolants thermiques idéaux. Le bois est aussi un isolant électrique. Le sabot épais protège ainsi des chocs, des courts-circuits, des brûlures, des surfaces humides et froides. C’est pour ces motifs que les sociétés sidérurgiques belges achetaient de grandes quantités de sabots pour leurs ouvriers. Ils constituaient en quelque sorte les premières chaussures de sécurité. Les prisonniers de guerre, comme les déportés vers les camps de travail nazis, marchaient en sabot dans la boue parfois putride. Le sabotier alsacien Jean Fuhrer, affecté au 33eme centre de guerre et dépendant du centre militaire du bois de guerre, repartit à son atelier honorer la commande gigantesque de fournir une fraction des sabots-bottes pour les soldats des casemates de la ligne Maginot dont le fond du sol était en béton humide, parsemé de conducteurs électrique. Les autorités militaires allemandes réaffectèrent en 1940 sa commande pour les mines de charbon de Haute Silésie. Alors qu’il avait été contraint de fermer sa saboterie ruinée au cours des affres de la reconstruction par l’invasion des bottes en caoutchouc américaines venues dès la Libération, il a reçu de façon presqu’ironique après la Seconde Guerre Mondiale la visite amicale d’anciens soldats de la ligne Maginot et de prisonniers de guerre de Silésie qui venaient le remercier de la bonne facture de ses sabots. Ces visiteurs anciens prisonniers, parfois par simple curiosité de découvrir atelier dont l’adresse réelle de figuraient sur l’estampille du bois protecteur, avaient gardé un souvenir ému, parfois quelques décennies après, de glisser leur botte ou leurs pieds emmitouflés de paille dans ces gros sabots. Le sabot tient le pied à l’abri de l’eau à faible hauteur, de la boue, du fumier ou de la neige en faible couche.

Si les sabots usagés ou grossiers sont quotidiennement portés dans les dépendances de la ferme ou dans la maison, pour le nourrissage des animaux, l’entretien des lieux ou la sortie vers le jardin et les communs, le beau sabot sert à marcher au propre en dehors du domaine ou à se rendre en ville ou un lieu proche à l’extérieur de chez soi. Les vieux souliers étaient préférés pour le labour, car les terres argileuses collent à la semelle de bois. Les souliers s’imposaient pour les marches longues et rapides.

Il est commun d’estimer qu’un campagnard usait trois paires de sabots par année, c’est pourquoi une famille prévoyante en avait plusieurs paires d’avance. Comme un sabotier artisanal pouvait assurer 6 à 7 paires par jour, exceptionnellement dix, sa production ne pouvait pas dépasser 50 à 60 paires par semaine. On jetait négligemment sur une pile croissante les sabots usés que lui laissaient ses clients repartant chaussés de neuf et contents. Le recyclage en bois de chauffage était alors une banalité.

Pour éviter une usure trop rapide de la semelle, les sabots étaient parfois ferrés ou garnis de clous, cette dernière technique éliminant du même coup le risque de glissade. On bridait certains sabots, en recouvrant le cou-de-pied par une bande de cuir clouée qui assurait une fixité du pied à la chaussure de bois. Pour les sabots courants, ces brides étaient grossières et provenaient souvent de morceaux de cuir récupérés ça ou là, mais pour les sabots d’apparat, elles pouvaient être finement ouvragées.

Les sabots pouvaient être munis de divers accessoires. On fabriquait des sabots-bottes avec montants en toile de voile huilée en Bretagne pour les marins, ou à montants métalliques en Lorraine, pour travailler dans la sidérurgie. Pour marcher dans la neige, dans certaines régions, on y fixait des patins. Certains sabots de vignerons, notamment en Champagne ou dans le Roussillon, étaient munis de crochets plante-échalas, pour ficher en terre les tuteurs des vignes. D’autres étaient garnis de crochets pour grimper sur les arbres, en vue de cueillir ou d’élaguer. Pour travailler dans les potagers, on clouait souvent une planchette sur la semelle.

Les sabots pouvaient être munis de divers accessoires. On fabriquait des sabots-bottes avec montants en toile de voile huilée en Bretagne pour les marins, ou à montants métalliques en Lorraine, pour travailler dans la sidérurgie. Pour marcher dans la neige, dans certaines régions, on y fixait des patins. Certains sabots de vignerons, notamment en Champagne ou dans le Roussillon, étaient munis de crochets plante-échalas, pour ficher en terre les tuteurs des vignes. D’autres étaient garnis de crochets pour grimper sur les arbres, en vue de cueillir ou d’élaguer. Pour travailler dans les potagers, on clouait souvent une planchette sur la semelle.

sabot plante-échalas

 

 

 

 

Les anecdotes autour du sabot

 

 

Selon la légende, le premier sabotier aurait été saint René. Cet évêque d’Angers se serait retiré dans la solitude de Sorrente en Italie, vers l’an 440, pour façonner des sabots. Il deviendra, en France, le saint patron des sabotiers.

Le sabot a laissé d’innombrables souvenirs, contes et histoires, car il n’est nullement oublié lors des rituels spécifiques des multiples mondes paysans.

 

 

La légende des sabots de Bethmale : (article paru dans « L’Ariégeois »)

Les maures envahirent le Midi de la France et surtout les Pyrénées au IXème siècle. Ils occupèrent la vallée de Bethmale sous la conduite de leur chef « Boabdjl ». Le fils du chef s’éprit de la plus jolie fille du val. Elle s’appelait « Esclarlys », ce qui signifie « teint de lys sur fond de lumière ». Esclarlys était déjà fiancée au pâtre chasseur d’isard « Darnert ». Ce dernier s’était retranché dans la montagne avec ses compagnons pour organiser une vengeance. Il déracina deux noyers dont la base formait un angle droit avec les racines ; à l’aide d’une hache et d’un couteau, il tailla et creusa une paire de sabots (esclops) ayant la forme d’un croissant de lune avec une longue pointe effilée comme un dard. Puis un jour, les pâtres, Darnert à leur tête, firent retentir les « Hillets » et livrèrent un rude combat d’où ils sortirent vainqueurs. Puis ils défilèrent dans le village. Darnert chaussant ses sabots à longues pointes, avait accroché le cœur de la bethmalaise infidèle à gauche et celui du Maure à droite. Depuis ce temps-là, le soir de Noël, le fiancé offre à se fiancée une paire de sabots à longues pointes, habillés de cuir et richement décorés de clous dorés dessinant un cœur. Il offre aussi une quenouille rouge et un fuseau, le tout fabriqué avec tout son amour – Plus la pointe des sabots est longue, plus l’amour est ardent -. En retour, la fiancée lui offre un tricot de laine brodé de velours et une bourse empanachée de rubans, de paillettes ou de jais.

 

 

La Révolte des sabotiers

Une page de l’histoire de France sur la dernière grande révolte rurale sous le règne de Louis XIV

Après les énormes dépenses engendrées par la guerre franco-espagnole et la Fronde, (1659), le cardinal Mazarin eut recours à des manipulations monétaires. Ceci causa en province des agitations dont la plus connue est la révolte des « Sabotiers » en Sologne. Les paysans misérables se soulevèrent (avril – juillet 1658) contre le retrait des liards, lesquels constituaient leurs maigres réserves monétaires. Certains gentilshommes menacés par la décision de Mazarin de révoquer les anoblissements récents se joignirent au mouvement.

La révolte matée, quelques paysans furent pendus et un des meneurs, le marquis de Bonesson fut décapité le 13 décembre 1659.

 

 

En Armagnac, hier encore, on offrait aux promises de fins sabots de mariage, noirs, jaunes ou bleus, vernis au fer et décorés de fleurs emblématiques.

On l’essayait en grande pompe la veille des épousailles. Assise entre ses parents, entourée des donzellons et des donzelles, la fiancée tendait son pied. La première donzelle apportait le sabot, le premier donzellon en chaussait la promise. Et alors, à genoux, le marteau à la main, le fiancé clouait la troisse à la mesure du cou-de-pied, en frappant gaiement sur les petites pointes bleues. Et, tandis que la fiancée court-vêtue rougissait, les donzelles demandaient en chantant aux donzellons :

–  » Dis-nous, dis-nous, donzellon, combien t’ont coûté les beaux sabots ?

Et les donzellons répondaient :

– Cinq sous de bois, cinq sous de trousse, cinq sous de pointes, comme ils sont tout neufs « .


En Normandie,
autrefois, on mettait en vente la chaussure de la mariée. Plus près de nous, c’est la jarretière de la mariée qui est vendue aux enchères.

 

 

 

Sources :

      • http://autrefois-les-sabots.e-monsite.com/

      • http://metiers.free.fr

      • https://fr.wikipedia.org/wiki/Sabot_(chaussure)

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