Le siège de Livron en 1574

Le siège de Livron en 1574

 

 

Livron passe à la Réforme dès 1562. En 1574, le roi Henri III rassemble une armée censée soumettre les protestants du Dauphiné. Commandée par le gouverneur de la province, la troupe vient camper devant les murailles de Livron le 23 juin.

À l’intérieur, quatre cents protestants en armes, soutenus par toute la population. En quelques jours, la ville reçoit 600 coups de canons qui ouvrent une large brèche dans les fortifications. Début juillet, les assiégeants sont prêts pour l’assaut quand le gouverneur apprend que des renforts protestants se dirigent sur Livron. Craignant d’être encerclé et jugeant sa position peu sûre, il préfère lever le camp sans tarder. L’armée royale se retire le 3 juillet, les Livronnais remontent leurs murailles.

Même scénario l’hiver suivant, mais cette fois, c’est une armée de 8 000 hommes qui vient camper devant le bourg le 19 décembre, après avoir pris Le Pouzin, Loriol et Grâne. Derrière les murs de la ville, la garnison livronnaise n’est toujours composée que de 400 soldats. Pendant six jours l’artillerie royale pilonne le bourg et ouvre une brèche de près de 500 mètres aux murailles. L’assaut général est donné le 26 décembre à 14 heures : « Estant au combat, eussiez vu gens tomber comme grêle, repoussés à coups d’arquebusades, à coups de piques, de pierres et autres armes, les soldats de dedans estant entremeslés de femmes qui jetoient pierres à grande abondance. » Le combat dure jusqu’au soir mais les assiégés ne cèdent pas. Dans le camp royal, la déception est énorme. Qu’une telle armée échoue devant une si petite place forte est tout bonnement incroyable ! La canonnade reprend donc les jours suivants, jusqu’au deuxième assaut général, le 8 janvier, qui est lui aussi repoussé par les assiégés. Accablés par la défaite, les soldats de l’armée royale commencent à déserter. De leur côté, les Livronnais narguent leurs ennemis et se permettent même de faire de l’humour : « on vit une femme filant sa quenouille sur la brèche aussi tranquillement que si la ville n’eût pas été assiégée ». D’autres envoient un rébus au maréchal de Bellegarde qui commande l’armée royale : c’est, suspendu à une pique, un fer à cheval, un chat et une paire de moufles. Traduction : « Maréchal, on ne prend pas un tel chat sans prendre des moufles ». Double injure aux assaillants car Henri III se sent mal dès qu’il voit un chat Après un mois de siège, deux assauts généraux et trois mille coups de canon, Livron tient toujours. Le 13 janvier, le roi vient en personne sous les murs de la ville pour remonter le moral de ses troupes. Mais à sa vue, la population de Livron se précipite aux murailles et décharge sa bile en insultes au roi et à son armée : « Hau ! massacreurs, vous ne nous poignarderez pas dans nos lits comme vous avez fait l’amiral (Coligny). Amenez-nous ces mignons godronnés et parfumés, et ils apprendront à leurs dépens qu’il n’est pas si aisé qu’ils pensent de ravir l’honneur de nos femmes ! » Dans la nuit du 14 au 15, comptant sur un violent Mistral qui couvrait tous les bruits, un commando tenta encore une attaque surprise, qui échoua une nouvelle fois… C’en était trop pour l’armée royale qui leva le camp le 20 janvier, alors qu’un épais brouillard recouvrait la plaine. Les combats et les maladies avaient fait un millier de victimes du côté royal, et deux à trois cents chez les Livronnais victorieux, mais épuisés et affamés dans leur ville en ruine.

        Roger Ier de Saint-Lary, seigneur de Bellegarde

     Henri III

Cinq ans plus tard, alors qu’un calme relatif était revenu dans la région, le roi envoya une nouvelle armée de 8 000 hommes pour en finir avec les protestants du Dauphiné. Mais cette fois, les chefs réformés choisirent la paix. C’est donc sans combattre que Mayenne, qui commandait les troupes royales, pénétra dans Livron. II ordonna immédiatement le rétablissement de la messe ainsi que la démolition des murailles qui furent rasées « rez-pied-les-terre » en 1582. La destruction des fortifications fut complétée par un deuxième chantier de démolition de l’enceinte de la vieille ville en 1585. Mais les Livronnais, têtus et prudents, relevèrent les murailles puis le château de 1588 à 1591.

L’Édit de Nantes signé par Henri IV en 1598 fit de Livron une des douze places accordées aux protestants en Dauphiné. Après une période de calme relatif, les murailles de la ville furent à nouveau abattues sur ordre de Louis XIII en 1623 ; dix ans plus tard, la citadelle était à son tour démolie. La carrière de place forte de Livron était terminée.