Les grandes pandémies

Les grandes pandémies qui ont marqué l’histoire

 

 

 

Les épidémies n’ont pas attendu la mondialisation ni la crise du coronavirus pour s’étendre à l’ensemble du globe. Dès l’Antiquité, les maladies ont décimé des populations entières en l’espace de quelques mois voire quelques jours, déclenchant la terreur des habitants face à un mal inconnu.

Une épidémie (du grec epi qui signifie au-dessus, et demos, peuple) est la propagation rapide d’une maladie infectieuse à un grand nombre de personnes, le plus souvent par contagion. Si elle reste contenue dans une zone bien définie du globe, on ne parle pas de pandémie. Concernant les maladies touchant des groupes d’animaux, le terme exact est épizootie.

Version globalisée de l’épidémie, la pandémie (du grec pan, qui signifie tous)se caractérise par une propagation rapide et un taux de mortalité élevé. Transmises par des virus ou bactéries inconnus à leur époque, ces pandémies ont tué des millions de personnes et marqué l’histoire de l’humanité. Seule l’OMS peut déclarer une pandémie.

Ces grands fléaux sanitaires qui ont frappé l’humanité depuis l’Antiquité, provoquant la mort de millions d’individus.

La première pandémie de l’Histoire remonte, elle, au Ve siècle avant Jésus-Christ.

La peste d’Athènes (-430 à -426 avant J.C)

La peste d’Athènes, au Ve siècle avant Jésus-Christ, marque le déclin de l’âge d’or athénien.Première pandémie documentée de l’histoire, la peste d’Athènes est en réalité probablement due à une fièvre typhoïde. Décrite par l’historien Thucydide, lui-même touché par la maladie, la maladie se manifeste par des fièvres intenses, des diarrhées, des rougeurs et des convulsions. Venue d’Éthiopie, elle frappe ensuite l’Égypte et la Libye, puis arrive à Athènes au moment de siège de ville de Sparte, lors de la guerre du Péloponnèse. On estime qu’un tiers de la ville, soit 200.000 habitants, vont périr lors de cette épidémie qui marquera le début du déclin d’Athènes.

La peste Antonine (165-166)

Là encore, cette pandémie n’est pas due à la peste mais à la variole. Elle tient son nom de la dynastie des Antonins, dont est issu l’empereur Marc-Aurèle, qui régnait alors sur l’empire romain. La pandémie débute à la fin de l’année 165 en Mésopotamie, durant la guerre de Vérus contre les Parthes et atteint Rome en moins d’un an. La pandémie durera au moins jusqu’à la mort de Marc-Aurèle en 180, et sans doute pendant la première partie du règne de Commode. Selon les estimations, elle aurait causé 10 millions de morts entre 166 et 189, affaiblissant considérablement la population romaine. La variole, causée par un virus et caractérisée par des croûtes rougeâtres, des diarrhées et vomissements, a été déclarée éradiquée en 1980.

La peste de Justinien

La peste de Justinien, entre les VIe et VIIIe siècles, dite aussi « pestis inguinaria » ou « pestis glandularia » en latin, est la première pandémie connue de peste (les « pestes » précédentes restent incertaines quant à leur nature exacte). Entre les VIe et VIIIe siècle, l’Europe et l’Asie sont en proie à la peste bubonique. La grande puissance du moment est alors l’empire byzantin romain d’Orient avec à sa tête, l’empereur Justinien, l’une des principales figures de l’Antiquité tardive. La pandémie atteint son paroxysme lors de la deuxième partie du VIe siècle. Elle restera cependant présente encore deux cents ans, arrivant par vagues (on en comptera une petite vingtaine). Grégoire de Tours l’appelait la « Maladie des aines », les bubons ayant une propension à se développer sur cette partie de l’anatomie humaine.

Pour certains, cette épidémie est partie d’Égypte. Pour d’autres, elle serait venue d’Asie centrale et aurait été propagée via la Route de la Soie. Quelle que soit son origine exacte, elle a été véhiculée par les premiers échanges commerciaux. Les estimations des victimes varient de 25 à 100 millions de morts. Soit un tiers à la moitié de la population de l’époque. Avec 10 000 morts par jour, Constantinople aurait ainsi perdu, en un été, 40 % de sa population. Au début du fléau, l’Empire romain d’Orient jouissait d’une puissance militaire et économique considérable. Son impact l’affaiblira et l’empêchera de refonder un empire romain unifié.

La peste noire (1347-1353)

L’Europe est victime de la peste noire au Moyen-Âge, de 1347 à 1353
« La grande peste » du Moyen-Age est restée, en Occident, profondément ancrée dans la mémoire collective. En quelques années, de 1347 à 1353, cette infection bubonique, une bactérie qui se transmet à l’homme via la puce, aurait tué de 25 à 34 millions de personnes dans une Europe en plein essor, démographique, agraire et économique (40 % de la population).

Une fois de plus, les facteurs de propagation sont la guerre puis le commerce. Le foyer serait venu d’Inde ou de Chine. Arrivés sur les bords de la Mer Noire, les cavaliers Mongols auraient amené le bacille avec eux à travers les steppes asiatiques. À Caffa (Théodosie), en Crimée, ils attaquent les Génois, qui ont des comptoirs commerciaux. Constantinople, Messine, Gênes, Venise et en France, Marseille : en un an, les riches cités portuaires du tour du bassin méditerranéens, alors prospères, sont touchées les unes après les autres. C’est à cette époque que fut instaurée la mise en « quarantaine ».

Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la peste fera son grand retour et resurgira sur les hauts plateaux chinois. D’Asie, elle se répandra ensuite en Orient, principalement sur le pourtour de la mer Rouge. Les ports seront des cibles de choix, d’où des mises en quarantaine de villes, principalement portuaires, jusqu’au milieu du XXe siècle, comme Marseille en 1902… La dernière en Europe sera mise en place à Ajaccio, en Corse, en 1945.

L’expansion de la pandémie de peste noire en Europe au 14e siècle. © Wikipedia

La fièvre jaune sévit à plusieurs reprises, au XVIIe, XVIIIe et début du XIXe siècle

La fièvre jaune, appelée aussi « vomito negro » (« vomi noir ») ou peste américaine, est une maladie hémorragique virale aiguë transmise par des moustiques infectés. Le terme « jaune » fait référence à la jaunisse présentée par certains patients. Contrairement à l’idée reçue, le mal serait né non pas en Asie (continent qu’il n’a jamais touché), mais dans les régions tropicales des Amériques où une grande épidémie touche le Yucatan au Mexique, en 1648. La fièvre jaune affectera en grand nombre les Européens, mettent un frein à une colonisation qui aurait pu être encore plus rapide.

D’autres vagues suivront à travers le temps. Ainsi à la fin du XVIIIe siècle, la maladie tue 10 % de la population de la ville Philadelphie. En 1821, un bateau parti de Cuba ravage Barcelone, faisant 20 000 morts. Les Français durent souvent faire face à la fièvre jaune qu’ils appelèrent « typhus amaril » quand ils y furent confrontés en Guyane en 1763. Les quelques rescapés de l’épidémie se réfugièrent sur les îles du Diable, devenues pour l’occasion les îles du Salut. La fièvre jaune provoqua également un désastre dans le corps expéditionnaire français envoyé en 1802 à Saint-Domingue pour mater le soulèvement des autochtones conduits par Toussaint Louverture. Selon l’OMS, la fièvre jaune frappe encore à l’heure actuelle, en Amérique du Sud (notamment le Venezuela) et en Afrique subsaharienne (Angola).

La deuxième pandémie de choléra sème la panique en France, en 1832

Vers 1826, le choléra-morbus fait son apparition en Inde, gagne Moscou et la Russie en 1830, y provoquant des émeutes, et de là la Pologne et la Finlande. Ce mal meurtrier et jusque-là inconnu, atteint Berlin en 1831, les îles Britanniques en février 1832 (provoquant également des émeutes) et la France en mars de la même année, semant la panique. À Paris, le premier cas de choléra est attesté le 26 mars 1832. En six mois, l’épidémie de choléra fera plus de 100 000 morts, au premier rang desquels Casimir Périer, le vigilant ministre de l’Intérieur qui avait pris des dispositions de prévention dès la fin 1830.

Arrivée au Québec avec des immigrants irlandais, toujours en 1832, la maladie tue 1 200 personnes à Montréal et 1 000 dans le reste de la province, puis s’étend en Ontario et en Nouvelle-Écosse. Des passagers la font entrer aux États-Unis par Détroit et New York. La pandémie atteint l’Amérique du Sud en 1833 et perdure jusqu’en 1848, faisant 52 000 victimes en deux ans.

Actuellement, l’OMS estime « à près de 3 millions le nombre de cas et à plus de 95 000 le nombre de décès dus à cette maladie chaque année dans le monde ».

La grippe espagnole (1918-1919)

La grippe espagnole fait des ravages, à la fin de la Première Guerre mondiale, en 1918.La pandémie de grippe espagnole, causée par un virus de type AH1N1 particulièrement virulent, est en réalité d’origine asiatique, apparue à la fin de la Première guerre mondiale, peut-être dès 1916-1917, aura touché entre un quart et un tiers de la population mondiale. Lorsqu’elle s’éteint, en avril 1919,la grippe espagnole a tué 20 à 30 millions de personnes en Europe et jusqu’à jusqu’à 50 millions à l’échelle mondiale, n’épargnant pratiquement aucune région du globe. On estime qu’un tiers de la pollution mondiale a été infecté. Elle a marqué l’inconscient collectif au point d’incarner l’essence du fléau épidémique, au même titre que la peste. L’agent infectieux serait né d’une souche humaine et de gènes aviaires. Importée vraisemblablement de Boston par les soldats américains, elle sera surnommée « grippe espagnole » parce que l’Espagne, non concernée par le secret militaire parce que non impliquée dans le conflit mondial, sera la première à la mentionner publiquement.

La pandémie la plus dévastatrice de l’histoire touchera quasiment tout le globe. Malgré un taux de mortalité de « seulement » 2 à 4 %, elle fera des dizaines de millions de morts, dont 165 000 en France. La plupart des victimes mouraient de surinfection bactérienne, qui se déclarait au bout de 4-5 jours et conduisait au décès une dizaine de jours après les premiers symptômes grippaux, en l’absence, à l’époque, d’antibiotiques.

La grippe asiatique (1956-1957)

La grippe asiatique : le H2N2 débarque en juin 1956. Ce nouveau virus grippal (H2N2) apparaît au Japon et se répand en Asie. Cette pandémie, qui a frappé en deux vagues virulentes, est à l’origine de la mort d’environ 4 millions de personnes. Le virus apparaît dans une province méridionale de la Chine, en février 1957. Il a fallu plusieurs mois avant qu’il n’atteigne l’Amérique (70 000 morts aux Etats-Unis) et l’Europe. Elle causera deux à trois millions de morts dans le monde, dont 100.000 dans l’Hexagone, soit 20 fois plus qu’une grippe saisonnière classique.

La grippe de Hong-Kong déferle autour du monde de 1968 à 1970

La souche de la grippe asiatique a malheureusement évolué provoquant une nouvelle pandémie meurtrière : la grippe de Hong Kong. Le virus H3N2 se déclare à Hong-Kong. Il va provoquer une nouvelle pandémie en 1968-1969, surnommée «grippe de Hong-Kong». . Il traverse d’abord l’Asie puis, fin 68, les États-Unis, et déferle sur l’Europe fin 69, tuant cette fois autour du monde environ million de personnes, selon le bilan de l’OMS. Considérée comme la première pandémie de l’ère moderne, la maladie suscite une forte mobilisation internationale, coordonnée par l’OMS. Dès novembre 1968 des vaccins efficaces sont mis au point.

Le sida (1981-aujourd’hui)

Originaire de Kinshasa (République démocratique du Congo), le virus du sida apparaît au grand jour en 1981, lorsque l’agence épidémiologique d’Atlanta, aux États-Unis, alerte sur des cas inhabituels de pneumocystose (une pneumonie rare présente chez les patients immuno-déprimés). Le VIH n’est identifié que deux ans plus tard, en 1983, par une équipe de chercheurs de l’Institut Pasteur dirigée par Luc Montagnier. Au plus fort de l’épidémie, dans les années 2000, deux millions de personnes succombent chaque année du virus. 36,9 millions de patients vivent aujourd’hui avec le VIH , mais les traitements antirétroviraux ont permis de réduire considérablement la mortalité

Et maintenant le Covid, la variole du singe….

Sources :

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