Les procès d’animaux annexe 1

Annexe I

 

L’ extrait suivant donne l’époque des procès et jugements prononcés dans les affaires les plus singulières, le nom des animaux, le motif qui les fait traduire en justice, ainsi que la date de plusieurs anathèmes ecclésiastiques.

1120 – Mulots et chenilles excommuniées par l’évêque de Laon (Sainte-Foix.)

1121 – Truie mutilée à la jambe, à la tête, et pendu, pour avoir déchiré et tué un enfant, suivant sentence du juge de Falaise. (Statistique de Falaise.)

1122 – Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la paroisse de Roumaigne, j’ai compté de Mortaing. (Sentence manuscrite).

1123 – Coq condamné à être brûlé, par sentence du magistrat de Bâle, pour avoir fait un œuf. (Promenade à Bâle.)

1124 – Becmares (sorte de charançons) : les grands vicaires d’Autin mandent au curé des paroisses

[p. 35 – conne 2] environnantes de leur enjoindre, pendant les offices et les processions, de cesser leurs ravages, et de les excommunier. (Chassanée).

1125 – Taureau condamné à la potence par jugement du bailliage de l’abbaye de Beaupré (Beauvais), pour avoir, en fureur, aussi un jeune garçon. (DD. Durand et Martenne).

Commencement du XVIe siècle. – Sentence de l’Official contre les becmares et les sauterelles qui désolaient le territoire de Millière (Cotentin). (Théoph. Raynaud).

1154 – Sangsues excommuniées par l’évêque de Lausanne, parce qu’elle détruisait les poissons. (Aldrovande.)

1266 – Pourceau brûlé à Fontenay-aux-Roses, près Paris, pour avoir dévoré un enfant

1274 – En avril est exécute à Torcy  un porc coupable d’avoir tué un porcher habitant le village voisin.

1277 – Excommunication des anguilles du lac Léman « Les anguilles, malgré l’ordre donné [de quitter le lac Léman], restèrent. Il fallut sévir: l’évêque les convoqua devant son tribunal mais elles ne vinrent pas se présenter. Il fut donc obligé de les reléguer en un endroit du lac, d’où elles n’osèrent plus sortir… »

1314 – Les juges du comté de Valois firent le procès à un taureau qui avait tué un homme à coups de cornes, et le condamnèrent, sur la déposition des témoins, à être pendu.

1356 – Sur le compte du bailli de Caen, on trouve ce singulier article :  «  pour les dépens et salaires du bourrol, pour ardoir un porc le IIIe jour de juing MCCCLVJ qu avoit estranglé un enfant à Douvre, pour ce, V sous. Pour une somme de genest à ardoir iceli VI sous. »

De 1317 à 1332 – Ttrois sentences de condamnation à mort sont rendues par la justice de Saint-Martin des Champs à Paris. Les deux premières concernent des truies qui s’étaient attaquées à plusieurs enfants. Les bêtes furent attachées aux fourches patibulaires du prieuré. Le troisième fait est très curieux. Un cheval tua quelqu’un sur le territoire de Bondy, relevant de Saint-Martin des Champs. Le propriétaire, espérant échapper aux poursuites, s’empressa de conduire la bête en dehors du territoire sur lequel s’étendait la juridiction du prieuré. L’homme put cependant être saisi, et comme les religieux tenaient à affirmer leurs droits, il dut payer la valeur de l’animal coupable, et fournir « une figure de cheval» , qui fut pendue, comme un criminel ordinaire, aux fourches de Saint-Martin.

1394 – Porc pendu pour avoir meurtri et tué un enfant, en la province de Roumaigne, vicomté de Mortain

1403 – à Meulan, le 15 mars : « Pour dépense faicte par la truye dedans la geole, six sols parisis. Item au maître des haultes œuvres qui vint de Paris à Meullent faire la dicte exécution par le commandement et ordonnance de nostre dit maistre le Bailli et du Procureur du Roi, cinquante quatre sols parisis. Item pour la voiture qui amena la dicte truye à la justice, sics sols parisis. Item pour gans, deux deniers parisis. » Ces gants étaient destinés à garantir le bourreau de tout rapport avec la bête brute. Un chroniqueur anonyme voit là « un trait où toute l’honnêteté de notre Moyen Âge se retrouve »

1404 – Trois porcs suppliciés à Rouvres, en Bourgogne, pour avoir tué un enfant dans son berceau.

1405 – A Gisors, un bœuf fut exécuté pour avoir fait de ses cornes un usage meurtrier.

17 juillet 1408 – Porc pendu par les jarrets à Vaudreuil pour un fait de même nature, « à un des posts de la justice du Vaudreuil, à quoy il avoit esté condempné pour ledit cas par le bailli de Rouen et les consseulx ès assises du Pont-de-l’Archepar luy tenues le XIIIe jour dudit mois de juillet pour ce que icellui porc avoit muldry et tué un pettit enfant »,  conformément à la sentence du bailly de Rouen et des consuls, prononcée aux assises de Pont-de-l’Arche tenues le 13 du même mois. On remarque à propos de cette exécution que le reçu du géôlier des prisons du Pont-de-l’Arche porte la même somme pour la nourriture des hommes détenus dans la prison que pour celle du porc condamné.

24 décembre 1414 – Petit pourceau traîné et pendu par les jambes de derrière, pour meurtre d’un enfant, suivant sentence du mayeur et des échevins d’Abbeville.

14 février 1418 – Autre pourceau coupable du même fait et pendu de la même manière, en vertu d’une sentence du mayeur et des échevins d’Abbeville.

Vers 1456 – Porc pendu en Bourgogne pour une cause semblable.

10 janvier 1457 – Truie pendue à Savigny pour meurtre d’un enfant âgé de cinq ans. (voir annexe II)

1457 – une truie qui, aidée de six petits cochons,  « avait commis et perpétré meurtre et homicide en la personne de Jehan Martin, en aaige de cinq ans, fils de Jehan Martin, fut condamnée par le juge seigneurial de Savigny à estre confisquée à la justice pour estre mise à justice et au dernier supplice, et estre pendue par les pieds derrière à ung arbre. » Mais ce qui est important dans cette affaire, c’est ce qui fut décidé pour les petits pourceaux :« Pour ce qui n’appert aucunement que iceuls coichons ayant mangiés dudit Jehan Martin, combien que aient estés trovés ensanglantés, l’on remet la cause d’iceulx coichons aux autres jours, et avec ce l’on est content de les rendre et baillier audit Jehan Bailli (leur propriétaire) en baillant caution de les rendre s’il est trové qu’ils aient mangiers dudit Jehan Martin…».

1460 – Des insectes occasionnèrent de si grands ravages dans les vignes, que pour y remédier il fut décidé avec les gens d’Église à Dijon, qu’on ferait une procession générale le 25 mars; que chacun se confesserait, et que défense serait faite de jurer, sous rigoureuses peines. Cela fut encore réglé en 1540.

1473 – Pourceau pendu à Beaune par jugement du prévôt de cette ville, pour avoir mangé un enfant dans son berceau.

1479 – Pourceau également condamné pour meurtre d’un enfant fut conduit au supplice dans une charrette.

1479 – Un coq, convaincu d’avoir pondu un œuf, fut condamné à être brûlé vifpar sentence d’un magistrat de Bâle

1481- L’évêque de Lausanne, à l’occasion d’un procès intenté à des sangsues, ordonna au curé de Berne de se procurer quelques-unes de ces délinquantes et de les présenter au magistrat pour lui permettre de trancher le litige en toute équité

10 avril 1490 – Pourceau pendu pour avoir meurdri (tué) ung enffant en son bers (berceau). Le Livre rouge d’Abbeville, qui mentionne ce fait, ajoute que la sentence du maire d’Abbeville fut prononcée par ce magistrat sur les plombs de l’eschevinage, au son des cloches, le 10me jour d’avril 1490.

14 juin 1494 – Sentence du grand mayeur de Saint-Martin de Laon qui condamne un pourceau à être pendu pour avoir « défacié » et étranglé un jeune enfant dans son berceau. Cette sentence se termine ainsi: «Nous, en detestation et horreur du dit cas, et afin d’exemplaire et gardé justice, avons dit, jugé, sentencié, prononcé et appointé que le dit pourceaulz estant détenu prisonnier et enfermé en la dicte abbaye, sera, par le maistre des hautes œuvres, pendu et estranglé en une fourche de bois, auprès et joignant des fourches patibulaires et hautes justices des dits religieux estant auprès de leur cense d’Avin; En temoing de ce, nous avons scellé la présente de nostre scel. — Ce fut fait le 14e jour de juing, l’an 1494, et scellé en cire rouge; et sur le dos est écrit: Sentence pour ung pourceaulz exécuté par justice, admené en la cense de Clermont et estranglé en une fourche lez gibez d’Avin. »

1497 – Truie condamnée à être assommée pour avoir mangé le menton d’un enfant du village de Charonne. La sentence ordonna en outre que les chairs de cette truie seraient coupées et jetées aux chiens ; que le propriétaire et sa femme feraient le pèlerinage de Notre-Dame de Pontoise, où étant le jour de la Pentecôte, ils crieraient : Merci ! de quoi ils rapportèrent un certificat.

18 avril 1499 – Sentence qui condamne un porc à être pendu, à Sèves, près Chartres, pour avoir donné la mort à un jeune enfant.

1499 – A Beauvais, un taureau fut condamné à la pendaison pour avoir « par furiosité occis » un jeune homme de 15 ans.

1499 – Corroy, seigneurie dépendant de l’abbaye de Beaupré, un taureau ayant tué le jeune garçon commis à sa garde, enquête et information furent faites, et l’arrêt rendu ordonna que « pour raison de l’homicide ci-dessus, ledit thorreau sera pendu à une fourche ou potence et exécuté jusques à mort inclusivement. »

1499 – Un certificat du bailli de Fresnes-l’Archevêque contient de curieux renseignements sur l’exécution d’un pourceau pendu sur les terres du cardinal d’Amboise, archevêque de Rouen. On paya 10 livres tournois au charpentier qui tint la fourche, l’échelle et trouva le bois, 12 sous à un compagnon, « passant d’aventure », qui pendit le pourceau et 8 sous tournois au sergent qui avait vaqué trois jours à l’effet de chercher le dit compagnon pour procéder à l’exécution et faire faire la potence.

1527 – Un cheval rétif, coupable d’avoir cassé une jambe à un manant de Brionne, fut condamné à la peine de mort

1540 – Pourceau pendu à Brochon, en Bourgogne, pour un fait semblable, suivant sentence rendue en la justice des chartreux de Dijon et à Meaux (Seine et Marne) une chienne est livrée au bourreau

1543 – Procès contre des limaces

1550 – Le Parlement de Paris condamne une vache

1554 – Des sangsues mises en interdit par l’évêque de Lausanne pour s’être nourries des poissons de l’étang

1555 – Le grand-vicaire de Valence fait citer les chenilles devant lui, leur donne un procureur pour se défendre, et finalement les condamne à quitter le diocèse. (Chorier.) (Annexe IV)

1556 – En Auvergne, le juge d’un canton nomme aux chenilles à curateur ; la cause est contradictoirement plaidée. Il leur est enjoint de se retirer dans un petit terrain (indiqué par l’arrêt) pour y finir leur misérable vie. (Description de la France.)

1557 – À Saint-Quentin, le 6 décembre , un pourceau fut condamné à « être enfoui tout vif dans une fosse pour avoir dévoré ung petit enfant en l’hostel de la Couronne. »

1567 – Le 27 mars, à Senlis, une truie dévore un enfant. Elle expie ce forfait par la mort. Voici un extrait de la sentence : « Les informations faictes pour raison du dict cas interrogatoire des dicts Louis Mathieu et sa femme, avec la visitation faicte de la dicte truye, à l’instant du dict cas advenu et tout considéré en conseil, il a été conclu et advisé par justice que pour la cruauté et férocité commise par la dicte truye, elle sera exterminée par mort et pour ce faire sera pendue par l’exécuteur de la haulte justice en ung arbre estans dedans les fins et mottes de la dicte justice, sur le grand chemin rendant de Saint-Firmin au dict Senlis. »

20 mai 1572 – Sentence du maire et des échevins de Nancy qui condamne un porc à être étranglé et pendu pour avoir dévoré un enfant à Moyen-Moutier. Dans le procès-verbal de la remise du porc. On y lit dans le entre autres détails que le porc « a été prins et mis en prison; que cet animal, lié d’une corde, a été conduit près d’une croix au delà du cimetière; que de toute ancienneté, la justice du seigneur (l’abbé de Moyen-Moutier) a coutume de délivrer au prévôt de Saint-Diez, près de cette croix, les condamnés tous nus, pour en faire faire l’exécution et ad cause que le dict porc est une beste brute, les Maire et Justice le delibvrent en ce dict lieu et laissent le dict porc lié d’icelle corde de grace speciale et sans préjudice du droit qui appartient au seigneur de délivrer les criminels tous nus. »

1596 – Le port de Marseille fut obstrué par une quantité prodigieuse de dauphins. Le cardinal légat Acquaviva, qui habitait Avignon, délégua l’évêque de Cavaillon pour les exorciser. Le prélat partit sur-le-champ pour Marseille, se rendit au port et procéda à l’exorcisme en présence des magistrats et d’une foule énorme de curieux. Défense fut faite aux dauphins de rester dans le port. Les poissons se le tinrent pour dit et ne reparurent plus.

1601 – Dans la Brie, une peine sévère est infligée contre un chien et contre une jument à Provins

1609 – Condamnation d’une vache à Paris et d’une jument à Montmorency. Une jument est condamnée a Paris en 1647, une autre à Chartres en 1650, une autre à Fourches, près de Provins, en

1680. Un trentaine de procès similaires ont eu lieu au XVIIe siècle.

1613/1623 – Deux sentences, notamment, furent infirmées en 1613 et en 1623, qui avaient condamnée une ânesse et une truie à être pendues. Ces criminelles bénéficièrent d’un adoucissement de peine et furent simplement assommées

1735 – Un âne fut arquebusé par sentence du magistrat de Clermont en Picardie pour avoir mordu sa nouvelle maîtresse.

1767 – Un curé de Besançon manqua d’exorciser des papillons qui, au vue de leur nombre formaient des nuages. Le curé voyait en eux de véritables diables incarnés. Il essaya de les exorciser mais le nuage s’épaissit au dessus de lui. Ses convictions furent renforcées : « ces démons ailés avaient voulu rendre impossible la lecture des terribles paroles qui devaient les foudroyer. »

1782 – A Clisson, le curé a exorcisé toutes les vaches de la contrée non pas pour obtenir leur destruction ou leur départ de la contrée mais pour es guérir d’un mal mystérieux présumé d’essence diabolique ou pour les immuniser contre ce mal. Les vaches ont défilé à la porte de l’église et le curé, revêtu de l’étole les aspergea d’eau bénite et suspendit à leur cou un sachet de sel qui avait été rendu actif dans la lutte contre l’esprit du mal par certaines incantations mystiques.

1793, le 17 novembre, le Tribunal révolutionnaire condamna à  mort, en même temps qu’un invalide son maître, un chien  après qu’il ait été établi que l’animal avait été dressé à « aboyer contre les habits bleus ( la garde nationale), et qu’il avoit plusieurs fois mordu un porteur de billets de garde ». On a retrouvé aux Archives nationales le procès-verbal de l’exécution du chien, qui fut assommé en présence d’un inspecteur de police.

1799, le 3 janvier dans les Vosges jugement pour l’exécution d’un cochon