Mémoire de papetier : 1685-2011

Mémoire de papetier : 1685-2011

 

 
 1910 – Au premier plan la papeterie

 Activité  liée au foulage des draps déjà présente vers 1600, la fabrication du papier était une industrie aoustoise depuis, au minimum, 1685. Divers documents  attestent son importance. 

L’évêque de Die note, en 1729, dans une requête au juge mage de Die, l’existence d’une papeterie construite par Jacques Brun, celle-ci « joue par le moyen de l’eau de Sye ». En 1733, l’évêque de Valence autorise le sieur Achard à établir une papeterie sur le canal « depuis la prise en Gervanne » ; un désaccord avec Me Marguerite Buisson «  femme de Domiliers Ecuyer de la Motte » se soldera par « une rente annuelle de 60 livres et 2 rames de papier couronne et la possibilité de faire une deuxième papeterie et foulons à drap » (1).

Un siècle plus tard,  en 1832, le papetier Henri Peloux fait partie des cinq  personnes les plus aisées de la commune ; celles-ci payent le plus d’impôts ! (2) il était alors propriétaire de deux usines : La Pialle, route de Cobonne  (future papeterie Auldra  qui fermera vers 1960) et Aouste.  La fabrication du papier se fait par feuilles séchées sur des fils en séchoirs ventilés. Les usines sont vendues en 1882 à la société Filliat Frères, une famille de papetiers installée à Blacons depuis 1817. La famille Latune, très célèbre au XIXe siècle pour la qualité de ses papiers, avait aussi une propriété à Aouste. Au début du XXe siècle, le papier  d’excellente qualité «  Registre Aouste » était  recherché pour l’impression des ouvrages d’art  (imprimerie Audin Lyon) (3). En 1911 l’usine d’Aouste – village – est détruite par un incendie, reconstruite et rénovée, elle appartient à la société Filliat et Nadal.

 
Les « piles »

Le XXe siècle assistera à un changement complet des procédés de fabrication. Ainsi 1928, voit le démarrage de la fabrication de sacs grande contenance par la Société Anonyme des Papeteries d’Aouste à Fontagnal – Brevet Fisch – (utilisation d’une tubeuse améliorée, encollage des feuilles papier pour le fond de sacs et découpe de valve pour le remplissage automatique.) M. Alibaux en est le propriétaire depuis 1920, M. Lacombe, ingénieur civil en est le directeur depuis 1925 (4). L’année suivante,: M. Paul Fisch, gendre de M. Alibaux nomme M.Rafin directeur, M. Henri Buisson responsable de la fabrication. M. Aimé Allibe, mécanicien participe avec M. Fisch à des travaux sur une tubeuse Fischer et Krecke (Ire tubeuse à Aouste). Les premières études du sac papier Kraft fabriqué à partir de la pâte de pins scandinaves ont eu lieu à Novéant en Moselle.

En 1927 Aouste est le berceau de la société SACNA, fabrication de papier et sacherie. Jean Reymond est conseiller technique auprès de M. Fisch ; il est assisté d’Aimé Allibe et Henri Buisson, aidés au secrétariat par Marguerite Bellier. Le ciment était auparavant transporté en sacs de jute ; le sac papier révolutionne le conditionnement donc le transport. La fabrication de sacs cousus et agrafés à la main emploie une main-d’œuvre importante (3). Puis ce sera le début de mécanisation et M. Reymond insiste toujours sur la qualité de la main d‘œuvre locale. La SACNA est alors un « solide poumon d’Aouste et ses environs » (3).

M. Jean Reymond, ingénieur de l’école Française de Papeterie de Grenoble, est nommé en 1929, directeur de l’usine d’Aouste : « c’est la fabrication d’un papier kraft d’excellente qualité utilisant la pâte de pins aux fibres longues et raffinées dans une pile à fonctionnement lent d’où une grande porosité à l’air et une bonne résistance mécanique » (5).

La papeterie Fox de la Pialle cesse ses activités en 1960. Une partie des locaux sera occupée par une entreprise de dépoussiérage des sacs papier pour le recyclage.

La SACNA est vendue à la société des ciments Lafarge en 1956 ; 1957 voit le départ en retraite de retraite de Paul Fisch ; En 1965 SACNA – fabrication de sacs papiers grande contenance – s’intègre au groupe Lafarge Emballage ; l’usine d’Aouste fournit tous les sacs papiers employés par la ville de Marseille.

Suite à des difficultés d’agrandissement du site d’Aouste, ouverture de l’usine de l’Homme d’Armes (Savasse), Jacques Raymond est directeur technique, mais maintient l’usine d’Aouste pour la fabrication de sacs moyenne contenance, du sac-cabas et de la haute qualité d’impression en insistant sur l’idée qu’une « usine a une responsabilité dans l’emploi de la population locale ».

1971 est aussi une année importante car elle voit la démolition de la papeterie suivie du regroupement sur un seul niveau et modernisation des machines. Dix ans plus tard, c’est l’entrée dans le groupe Cellulose du Pin et naissance de Lembacel, filiale de Saint-Gobain, (13 usines dans le Monde, 9405 employés), société nationalisée en 1982 et privatisée en 1986).

L’usine d’Aouste emploie trente-quatre hommes et cinq femmes. Elle produit environ vingt-trois millions de sacs moyenne contenance par an destinés principalement à l’ensachage de l’alimentation animale et humaine, la vente par correspondance, les matériaux de construction, les ordures, les semences, les produits minéraux et produits chimiques. Mille six cents tonnes de papier Kraft sont utilisées chaque année Lembacel devient numéro 1 du sac papier en France (6).

Une innovation technique importante se déroule en 1985 avec l’installation d’une machine « Colorado Howe » permettant l’impression en sept couleurs associée au procédé « Lembacolor » technique propre à Lembacel, ceci répondant aux besoins les plus pointus de la grande distribution. Un an de mise au point sera nécessaire pour la conduite de la machine ! En 1986, c’est une nouvelle production suite à l’achat d’un nouvel équipement ; on assiste au lancement du modèle breveté de « Sacs Fenêtre ». Lembacel obtiendra de 1988 à 1993 de nombreux oscars pour l’innovation tant en France qu’à l’étranger. trente millions de sacs sont confectionnés en 1991 ; l’effectif de l’entreprise est alors de cinquante-deux personnes, l’usine est certifiée ISO 9002 dès 1993 (6).

 
La « bobineuse »

Smurfit (groupe irlandais) rachète Lembacel en 1994 et ferme le site de Novéant (57). 2005 voit la fusion des deux groupes internationaux Smurfit et Kappa.

En avril 2010 : Smurfit, dans le cadre d’opérations financières internationales, vend Lembacel à Mondi : Mondi est une multinationale autrichienne née en Afrique du Sud  (secteur minier essentiellement, 100 usines, 30 000 employés, CA plus de 3 milliards d’euros ; bénéfice semestriel en 2009 : 322 millions d’euros, en progression de 61% ; progression des dividendes 2009 : + 40%, avec meilleure progression en Europe) (7). Malgré une longue absence d’investissement machine, l’usine d’Aouste était, en 2009, bénéficiaire ; elle fonctionne en continu, le rachat de Lembacel donne à Mondi le contrôle du marché des sacs papier.

Mondi annonce, en juillet 2010, la fermeture des sites d’Aouste et Savasse : ce sont trente-neuf licenciements à Aouste, quatre-vingt à Savasse, en France, cent quatre-vingt-onze emplois supprimés sur trois cent quatre-vingt-quatre. Les machines seront transférées en Afrique du Nord pour les plus anciennes ou vers la région de Reims (Betheniville) et Bordeaux (Saint-Jean-d’Illac et  ce site sera fermé en 2013) pour les plus performantes. 2011 marque alors le « début du deuil » de plus de 320 ans d’activités papetières à Aouste.

 

(1)       Annexe du document Histoire du canal des mines d’Aouste, canal de la Gervanne : usines  Rey, copie transmise par René Planchon

(2)       A C, Liste électorale Aouste 1832 1K1

(3)       Lettre de Jacques Reymond au maire d’Aouste 14 mai 2009

(4)       Document de J Haentjens transmis à André Le Corre Aouste: La Cité, l’usine Lafarge Emballage –  juillet 1973

(5)      Lettre de Roland Fisch à Claude Béranger –  6 sept 2011

(6)       Copie dossiers sur La sacherie d’Aouste-sur-Sye  1984 et 1995 : André Le Corre

(7)       Le Crestois –  20 août 2010.

A lire aussi l’histoire de la famille Latune, une famille exemplaire de patrons sociaux protestants qui a, pendant de longues années, aussi  marqué les esprits, l’économie et la vie sociale des communes avoisinant Mirabel-et-Blacons : Papeterie de Blacons, papeterie Latune Mirabel-et- Blacons – Historique et Témoignages, éd : conseil municipal de Mirabel-et-Blacons sept 1996

René Descours

 
  Papeterie Auldra (usine de la Piale en 1910)

Usine SACNA en 1960 (Photo Jacques Reymond)

Usine Sacna-Lembacel en 1980

Info : Consulter aussi  le livre édité par Histoire et Patrimoine Aoustois –  » Aouste sur Sye … au fil du temps « – réédition de 2019

Renseignements mail : histoire.patrimoine.aoustois@orange.fr